Benjamin Netanyahou arrêté lors de l'AG de l'Onu à New York ? "Ce coup politique de Zohran Mamdani met une pression énorme"
Le maire démocrate demande au gouvernement américain d'exécuter le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale à l'encontre du Premier ministre israélien.
- Publié le 24-07-2026 à 15h02
- Mis à jour le 27-07-2026 à 12h25

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le maire de New York, Zohran Mamdani, demande au gouvernement des États-Unis d'arrêter le Premier ministre israélien : "Benjamin Netanyahou est un criminel de guerre, l'architecte d'un horrible génocide contre le peuple palestinien. Il devrait être arrêté et jugé pour ses crimes", assène-t-il face caméra.
Le Démocrate fait référence aux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le Premier ministre israélien, émis en 2024 pour crimes de guerre et contre l'humanité dans la bande de Gaza.
Zohran Mamdani déplore de ne pas personnellement disposer des compétences pour interpeller Benjamin Netanyahou si celui-ci vient à New York en septembre pour assister à l'Assemblée générale des Nations unies. "Je tiens à être très clair : Benjamin Netanyahou n'est pas le bienvenu dans la ville de New York, comme tout autre criminel de guerre", conclut l'étoile montante du camp démocrate.
La réplique du président américain Donald Trump, proche du Premier ministre israélien, ne s'est pas fait attendre : "Benjamin Netanyahou ne sera pas arrêté, sous quelque forme que ce soit, tant qu'il se trouve aux États-Unis d'Amérique."
Remettre le sujet à l'agenda
Les déclarations de Zohran Mamdani n'ont en fait rien de surprenant. Lors de la campagne électorale de 2025 qui l'a vu accéder à la mairie de la ville, celui-ci avait indiqué vouloir faire arrêter le Premier ministre israélien en cas de venue à New York.
Selon Jérôme Jamin, professeur de sciences politiques à l'Université de Liège, il est néanmoins peu probable qu'une arrestation de Benjamin Netanyahou se produise en septembre prochain. Lors de telles visites, les dirigeants bénéficient de l'immunité diplomatique, protection qui empêche toute arrestation, sauf exceptions.
Pour autant, ce spécialiste des États-Unis voit la vidéo de l'élu démocrate comme "un coup politique" qui peut faire bouger les lignes. "En remettant le sujet à l'agenda, il oblige tout un tas d'acteurs à réfléchir au cadre légal entourant la venue de Netanyahou aux États-Unis. Sa prise de position rappelle que cette visite n'est pas anodine et amène à se positionner par rapport au Premier ministre israélien et aux crimes de guerre perpétrés à Gaza", juge-t-il.
Séduire les Juifs new-yorkais ?
Jérôme Jamin rappelle aussi que la cote de popularité de Benjamin Netanyahou est en chute libre : "C'est un personnage qui commence à sentir le soufre. Beaucoup, même au sein du camp israélien, se disent qu'il est temps de tourner la page."
Ce serait notamment le cas au sein de la communauté juive de New York, importante numériquement, qui estime que le Premier ministre hébreu "mène Israël à sa perte et ruine sa crédibilité sur la scène internationale", ajoute notre interlocuteur.
Pourquoi les mandats d'arrêt internationaux restent importants
Les États-Unis ne font pas partie des 125 pays signataires du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI) datant de 1998. Le bien-fondé de l'institution, basée à La Haye, n'a jamais convaincu le gouvernement américain, qui s'est toujours montré hostile à son égard.
En 2002, une loi fédérale (American Service-Members' Protection Act, ASPA) a ainsi entériné la protection du personnel militaire américain contre les poursuites de la CPI. Et, en juillet dernier, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a relancé une campagne diplomatique visant à démanteler la CPI "brique par brique". Les velléités du gouvernement américain n'étonnent pas Jérôme Jamin. "Pour Trump, cette institution symbolise le droit international, qui consacre le dialogue et l'équité. Alors qu'à ses yeux, la scène diplomatique est faite de grandes puissances qui se mettent d'accord, avant d'être suivies par les plus petits."
Le "double standard" du mandat d'arrêt
Un mandat d'arrêt émis par la CPI contraint les 125 États parties – ce qui n'est pas le cas des États-Unis – à arrêter la personne visée si elle traverse leur territoire. Voilà pour la théorie, mais la pratique s'avère plus compliquée.
En avril 2025, Viktor Orban, alors Premier ministre hongrois, a d'ailleurs accueilli son homologue israélien pour une visite d'État officielle. La rencontre des deux hommes avait suscité la polémique dans le reste de l'Union européenne. Quelques mois plus tard, Benjamin Netanyahou survolait l'espace aérien français sans être davantage inquiété par les autorités. "Ces deux exemples démontrent que la Cour pénale internationale, qui n'a pas de force de police propre, dépend de la coopération des États pour l'exécution des mandats d'arrêt", commente Kheda Djanaralieva, chercheuse en droit international à l'Université Libre de Bruxelles (ULB).
Mais aux yeux de cette dernière, les mandats d'arrêt, malgré le fait qu'ils ne soient pas toujours exécutés par les pays, conservent leur importance. "Malgré une situation de double standard qu'on constate parfois, certains mandats d'arrêt empêchent ou restreignent les déplacements des dirigeants qui sont visés". Ces instruments juridiques conservent en outre une portée symbolique : "Pour un État partie, commercer avec un pays dont l'un des dirigeants est accusé de crimes contre l'humanité ne fait pas bon genre."
