Sanae Takaishi écrit l'histoire en devenant la première femme élue Première ministre du Japon
La présidente du Parti libéral démocrate a été élue dès le premier tour des élections à la Chambre des représentants, avec 237 voix. Son gouvernement, minoritaire, a signé une alliance avec le parti régionaliste, Nippon Ishin, qui revendique un statut de "capitale secondaire" pour Osaka.

- Publié le 21-10-2025 à 07h11
- Mis à jour le 21-10-2025 à 12h02

La présidente du Parti libéral démocrate (PLD, droite), Sanae Takaichi, a été élue mardi Premier ministre par la Diète, le Parlement japonais, brisant ainsi le plafond de verre pour devenir la première femme à diriger un gouvernement nippon.
Sanae Takaichi, 64 ans, succède au Premier ministre démissionnaire Shigeru Ishiba (PLD). Elle va diriger un gouvernement soutenu par le parti Nippon Ishin no Kai. Ce Parti de l'innovation du Japon, en français, est régionaliste, implanté dans la région d'Osaka. Mais il a refusé de soumettre des noms pour des postes ministériels. Seuls des membres du PLD participeront au gouvernement.
Un gouvernement minioritaire
Sanae Takaichi, présidente du PLD, et le président de Nippon Ishin et gouverneur d'Osaka Hirofumi Yoshimura ont signé officiellement une alliance le lundi 20 octobre. Les grandes lignes en ont été négociées la semaine dernière lors de trois rencontres des responsables des deux formations. La dernière a eu lieu le 17 octobre, entre la future Première ministre et Fumitake Fujita, co-président du parti d'Ishin.
Les deux alliés sont minoritaires à la Chambre des représentants, avec un total de 231 sièges sur 465. Le nouveau gouvernement aura donc besoin de l'apport en voix d'autres partis pour l'adoption toute loi. Sanae Takaishi a été élue dès le premier tour des élections à la Chambre des représentants, avec 237 voix.
Cette minorité place d'emblée la nouvelle Première ministre dans une position précaire et la forcera à transiger, y compris au sein du PLD, composé de nombreuses nuances de la droite nippone. Les deux dirigeants expriment néanmoins l'ambition d'initier des réformes majeures afin, selon les termes de la nouvelle Première ministre "de remodeler le Japon que nous pourrons transmettre aux générations futures".
Un programme régionaliste
Selon les informations rapportées par les médias nippons, au cours des tractations, Ishin a revendiqué douze des priorités de son programme, notamment la réduction des cotisations sociales et la réduction de 10 % du nombre de membres de la Diète.
Le projet de faire d'Osaka une "capitale secondaire" a aussi été retenu. Celui-ci est officiellement destiné à suppléer Tokyo en cas de catastrophe. Troisième plus grande municipalité du Japon, Osaka constitue le centre de la conurbation dite du Keihanshin (Kyoto-Kobe-Osaka), deuxième aire métropolitaine du pays en nombre d'habitants et en PIB.
Les dirigeants des deux partis ont également discuté des dons aux formations politiques des entreprises et des organisations. Ishin souhaite leur interdiction totale alors que le PLD est plutôt favorable à une transparence accrue. PLD et Ishin ont aussi l'intention d'étendre la gratuité des frais de scolarité au niveau secondaire.
Premiers défis
La Première ministre, nationaliste assumée, souhaite aussi mettre en œuvre une réforme constitutionnelle mettant un terme au rôle strictement défensif des forces armées nippones, une des conséquences de la Seconde Guerre mondiale.
Plusieurs défis diplomatiques l'attendent d'emblée dans les prochains jours, notamment une probable rencontre avec le président américain Donald Trump. Elle doit participer à deux sommets majeurs : la réunion des dirigeants économiques de l'APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, 31 octobre) et le sommet régional de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN, 3 novembre).
Sur le plan intérieur, son gouvernement doit rapidement s'attaquer à l'inflation galopante et élaborer des mesures de relance économique pour répondre aux attentes de la population. Les salaires restent proches du niveau où ils se trouvaient il y a 30 ans. Le salaire moyen a dépassé le niveau de 1997 l'an dernier pour la première fois. La faiblesse du yen japonais, qui atteint ses taux planchers face au dollar, amplifie l'inflation dans un pays qui importe la majeure partie de ses produits de consommation.
La fin de trois mois d'incertitude
La nomination de Sanae Takaichi met un terme à trois mois d'incertitude politique suite depuis la deuxième défaite électorale de la coalition entre le PLD et le parti Komeito (centre-droit) lors des élections législatives au Sénat du 20 juillet. Sanae Takaichi est devenue présidente du PLD, lors d'une élection interne du parti le 4 octobre.
La Première ministre aurait déjà décidé de nommer l'ancien ministre de la Défense Minoru Kihara au poste clé de secrétaire général du gouvernement. Afin de fédérer le PLD autour de sa personne, elle va nommer plusieurs de ses anciens rivaux qui lui ont disputé la présidence du parti, dont l'ancien secrétaire général Toshimitsu Motegi au poste de ministre des Affaires étrangères. Shinjiro Koizumi, l'actuel et très populaire ministre de l'Agriculture, devrait obtenir le portefeuille de la Défense.
Sanae Takaichi prévoit également de nommer Satsuki Katayama, l'une des soutiens, au poste de ministre des Finances. Kimi Onoda, autre pro-Takaichi, devrait être chargé de la Sécurité économique.
Première femme à gouverner le pays, Sanae Takaichi est une figure ultraconservatrice. Elle soutient la loi salique dans la famille impériale. Elle est opposée au mariage homosexuel et à une révision du droit civil permettant aux couples mariés d'avoir des noms de famille différents, afin que les femmes ne soient pas contraintes d'abandonner le leur.