Face au grand bond en avant militaire de la Chine, Donald Trump redoute d'abord les "répercussions pour l'économie américaine"
Le président américain perçoit la Chine comme une menace systémique. À raison : Xi Jinping ambitionne de faire de son pays la première superpuissance mondiale d'ici à 2049.

- Publié le 28-01-2026 à 14h34

La Stratégie de sécurité nationale 2025 (NSS), publiée par l'Administration Trump début décembre 2025, dépeint la Chine comme une menace systémique pour les États-Unis, "devenue riche et puissante" au point de développer un "avantage considérable". D'ici à 2049, qui marquera son centenaire, la République populaire de Chine ambitionne de supplanter les États-Unis au titre de première superpuissance mondiale. La "grandeur chinoise" doit être renouvelée, son unité territoriale restaurée avec le retour de Taïwan dans le giron de Pékin.
Le président chinois Xi Jinping l'a réitéré à l'occasion de son discours du Nouvel An, après avoir inauguré, début novembre, le Fujian, troisième porte-avions du pays, doté de technologies que seuls les États-Unis maîtrisaient jusqu'alors. Le nom du vaisseau n'est pas innocent : la province de Fujian fait face à Taïwan.
La menace d'un embargo
Entre Noël et Nouvel An, d'imposantes manœuvres aéronavales de la marine de l'Armée populaire de libération, autour de l'île indépendante, ont été l'occasion pour Pékin de réagir à l'annonce, par Washington, d'une vente d'armes record à Taïwan, de 11,1 milliards de dollars (9,3 milliards d'euros).
Le message de Xi, à ses homologues de Taipei et Washington est clair : la Chine peut imposer un blocus à l'île souveraine, au large de laquelle transite un tiers du trafic maritime mondial. L'opération militaire s'adressait aussi au Japon, dont la première ministre Sanae Takaichi indiquait, en novembre, qu'en cas d'agression chinoise contre Taïwan, Tokyo interviendrait.
Donald Trump a fait mine de ne pas s'inquiéter de la démonstration de force chinoise, sous prétexte qu'il entretiendrait de bonnes relations avec Xi, dont le pays "mène des exercices navals dans cette région depuis 20 ans". Une réaction qui colle à sa perception essentiellement entrepreneuriale des affaires du monde. La Stratégie de sécurité nationale énonce ainsi qu'une guerre autour de Taïwan doit être évitée, notamment en raison de ses "répercussions majeures sur l'économie américaine".
Batteries et terres rares
Si "la région indo-pacifique est déjà et restera l'un des principaux terrains d'affrontement économiques et géopolitiques du siècle prochain", lit-on encore, la priorité est de "rééquilibrer les relations économiques entre les États-Unis et la Chine", tout en accordant "une attention soutenue et constante à la dissuasion afin de prévenir toute guerre dans la région".
Tout conflit ou embargo dans cette zone aurait des répercussions dramatiques pour les puissants acteurs américains de l'économie numériques. Les gigantesques centres de données (data centers) qui doivent conférer aux États-Unis la suprématie dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) dépendent de la Chine pour une technologie essentielle : les batteries.
Comme le savent déjà les Ukrainiens et les Russes, la guerre moderne, avec ses drones et ses nouvelles technologies, consomme massivement les batteries mais aussi des composants fabriqués à partir de terres rares, sur la la chaîne d'approvisionnement desquelles la Chine dispose d'un quasi-monopole : elle en raffine quelque 90 % de la production mondiale. Pékin a déjà brandi la menace d'un embargo sur celles-ci, en 2010, lors d'un différend territorial avec le Japon, autour des îles Senkaku (Diaoyu pour la Chine).
À qui profite le deal ?
Clé de la région, Taïwan est cruciale pour les États-Unis "en raison de sa domination dans la production de semi-conducteurs". Donald Trump vient d'ailleurs d'opérer un revirement stratégique qui interpelle. Il a autorisé la vente à Pékin des puces H200 de la firme américano-taïwanaise Nvidia, leader mondial des microprocesseurs destinés à l'IA. Même si ce modèle H200 est moins performant que les Blackwell ou que les futures Rubin, l'Administration de Joe Biden a interdit leur exportation vers la Chine, par crainte de voir celle-ci les dupliquer et les utiliser, à terme, dans des armes contre les États-Unis.
Sept sénateurs démocrates se sont émus de cette décision "prise après une opération de séduction" qui aurait, selon eux, inclus "une réunion secrète, un don à la salle de bal de Trump [à la Maison-Blanche] et un lobbying personnel de la part du PDG de Nvidia, Jensen Huang". L'Administration Trump a rejeté cette accusation. Nvidia estime pour sa part que le président a "trouvé un équilibre judicieux qui est bénéfique pour l'Amérique".
Méfiant à l'égard de ce revirement et soucieux d'indépendance technologique, Pékin a demandé aux entreprises chinoises de suspendre temporairement leurs commandes de puces H200 à Nvidia. Aux yeux du gouvernement, l'industrie chinoise doit viser l'autosuffisance dans ce secteur. La Chine poursuit son grand bond en avant technologique et militaire.
