Au Japon, la Première ministre Sanae Takaichi vise une victoire électorale écrasante : le "pari de sa vie politique"
Pour la troisième fois en moins de deux ans, les Japonais retournent aux urnes ce dimanche 8 février pour un scrutin au parfum de plébiscite pour la "dame de fer" japonaise.

- Publié le 07-02-2026 à 07h11

Pour la troisième fois en moins de deux ans et moins de trois mois après la prise de fonction de la Première ministre Sanae Takaichi, les Japonais retournent aux urnes ce dimanche 8 février. Au terme d'une campagne qui aura duré à peine douze jours, ils doivent choisir quels représentants occuperont les 465 sièges de la Chambre basse.
Profitant de sa popularité stratosphérique – un peu plus de 60 %, selon les sondages -, Sanae Takaichi a fait le "pari de sa vie politique", en décidant de dissoudre l'assemblée, le 23 janvier dernier. La première femme à diriger un gouvernement nippon a donné au scrutin des allures de référendum, voire de plébiscite : "Je souhaite demander directement aux électeurs de juger s'ils souhaitent me confier, à moi, Sanae Takaichi, la gouvernance de ce pays."
Obtenir un blanc-seing électoral
Arrivée au pouvoir le 21 octobre dernier, la Première ministre veut offrir à sa formation, le Parti libéral démocrate (PLD), la majorité écrasante qui lui a fait défaut jusqu'ici afin de mener à bien un ambitieux plan de relance de 21 300 milliards de yens (117 milliards d'euros), approuvé le 21 novembre alors que la population se débat avec une inflation tenace.
La "dame de fer" japonaise, qui revendique de l'influence politique de la Britannique Margaret Thatcher, doit avant tout redonner du lustre au PLD, défait lors des deux derniers scrutins, les législatives d'octobre 2024 et les sénatoriales de juillet 2025.
Ce parti qui truste le pouvoir presque sans interruption depuis 1955, a perdu le soutien de son partenaire depuis vingt-six ans, le Komeito, lors de la nomination de Mme Takaichi, jugée trop nationaliste et complaisante à l'égard d'élus de son camp compromis dans des scandales financiers à répétition.
Pour former son gouvernement, Sanae Takaichi a conclu une alliance avec Ishin no Kai, le Parti japonais de l'innovation, une formation à l'ancrage régionaliste soucieuse de rigueur budgétaire. Mais cette coalition a manqué jusqu'ici d'une majorité confortable à la Diète.
Elle a ainsi l'espoir d'obtenir de la population un blanc-seing électoral pour son programme de gouvernement, qui combine des projets d'investissements budgétaires massifs, notamment dans le domaine de la défense, des visées idéologiques de "réarmement moral" et une posture décomplexée en politique étrangère, en particulier face aux velléités hégémoniques de la Chine.
Une victoire serait à double tranchant
Selon un sondage du journal Asahi, paru le 2 février, Mme Takaichi devrait réussir son pari électoral et décrocher jusqu'à 300 sièges, soit un gain d'un peu plus de cent élus par rapport aux 198 actuels.
Pour tenter de contrer la Première ministre, le Parti démocrate constitutionnel (PDC) et le Komeito ont formé un bloc d'opposition de 172 sièges. Le système électoral japonais (289 sièges au scrutin uninominal à un tour et 176 à la proportionnelle) favorise en effet les grands blocs. Cette Alliance de réforme centriste (ARC) représente la menace la plus sérieuse pour l'hégémonie du PLD depuis 2009.
Si sa victoire écrasante devait se confirmer, la "talibane", comme on surnomme l'inflexible Sanae Takaichi, sera libre d'exécuter son onéreux programme de dépenses et de réductions d'impôts. Déjà baptisé "Sanaenomics", en référence à l'"Abenomics" de Shinzo Abe (Premier ministre de 2012 à 2020, assassiné en 2022) et mentor politique de la Première ministre, ce programme n'est pas sans risques.
Bien que toujours classée quatrième mondiale, l'économie du Japon stagne avec une croissance prévue de seulement 0,6 % pour 2026. La Première ministre entend donc repositionner le Japon avec des investissements stratégiques dans dix-sept secteurs clés, dont ceux des semi-conducteurs, de l'intelligence artificielle et de la défense. Mais le pays affiche également une dette publique colossale – de l'ordre de 230 % du PIB fin 2025 – que les "Sanaenomics" devraient creuser un peu plus.
Pression inflationniste et tensions avec la Chine
Selon les analystes, une politique de dépenses budgétaires dans une économie qui est proche du plein-emploi renforcera la pression inflationniste. Les investisseurs redoutent un "moment Truss", du nom de l'éphémère Première ministre libérale britannique, Liz Truss (49 jours de mandat en 2022), si les marchés devaient se retourner contre le yen, déjà à des niveaux planchers.
Par ailleurs, la victoire de Sanae Takaichi ne devrait pas apaiser les tensions entre Tokyo et Pékin, après les propos de la Première ministre qui a affirmé qu'une attaque de la Chine contre Taïwan serait une "menace vitale" pour le Japon. Pékin, qui revendique la souveraineté de l'île, multiplie depuis les représailles diplomatiques et économiques.
