"Plus unie que jamais", l'Otan a retrouvé sa raison d'être avec l'invasion russe
Démonstration d'unité des trente alliés de l'Otan, jeudi à Bruxelles. Des équipements contre les armes chimiques pour l'Ukraine et l'Otan. La Belgique a décidé d'injecter un milliard de plus dans sa Défense.
- Publié le 24-03-2022 à 21h42
- Mis à jour le 25-03-2022 à 12h40

"Nous sommes unis comme nous ne l'avons jamais été" : ce sont les mots du Premier ministre belge Alexander De Croo à l'issue du sommet extraordinaire de l'Otan sur la guerre en Ukraine qui s'est tenu jeudi matin à Bruxelles, avant un G-7 et un sommet européen, auquel était convié le président américain Joe Biden.
L'Otan, que le président Macron décrivait "en état de mort cérébrale" en novembre 2019 et qui a dû quitter précipitamment l'Afghanistan en août 2021, a en effet retrouvé sa raison d'être avec l'invasion russe.
"Poutine pariait sur une division de l'Otan […] Il a exactement l'inverse de ce qu'il souhaitait", juge M. Biden.
Trois heures de réunion et au final, un communiqué dans lequel les trente alliés n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer cette "agression" qui "a fait voler en éclats la paix qui régnait en Europe et occasionne d'immenses souffrances et d'énormes dégâts matériels".
Au-delà des mots toutefois, la réponse est calibrée. En ouverture, le président ukrainien Volodymyr Zelensky leur a demandé, dans un message vidéo, "une assistance militaire sans restriction". Dans les faits, l'Otan se refuse à adopter une attitude de belligérant et laisse à chaque État membre le soin de fournir ou non des armes à l'Ukraine.
Rompant avec leur tradition pacifique, la Suède et l'Allemagne ont annoncé la livraison à Kiev de respectivement 5 000 et 2 000 armes antichars. Le Royaume-Uni en promet 6 000 tandis que les États-Unis étudient la possibilité de fournir à l'Ukraine des missiles contre les navires de la flotte russe. La Belgique pour sa part en reste à sa récente commande de fusils d'assaut, de munitions, de gilets pare-balles et de lunettes de vision nocturne à trois firmes belges (FN de Herstal, Sioen et OIP). Le matériel devrait être livré fin mars puis être expédié vers la Pologne.
"Éviter une escalade"
"Nous sommes déterminés à faire tout ce que nous pouvons pour aider l'Ukraine, mais nous avons la responsabilité d'éviter une escalade", a déclaré le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, dont le mandat a été à nouveau prolongé d'un an, jusqu'en septembre 2023, en raison de l'invasion.
Dans leur communiqué, les alliés soulignent que l'Ukraine dispose du droit de légitime défense, en vertu de la charte des Nations unies, "exhortent le président Poutine à mettre immédiatement un terme à cette guerre" et "appellent la Biélorussie à mettre fin à sa complicité". Ils demandent à tous les États, y compris la Chine, "de respecter l'ordre international", y compris les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale, de s'abstenir de tout soutien militaire à la Russie et ne pas aider ce pays à contourner les sanctions. "Je pense que la Chine comprend que son futur économique est bien plus lié à l'Ouest qu'à la Russie", a dit à la presse le président Joe Biden après le sommet de l'Otan et du G-7.
Armes chimiques : des mesures de précaution
Inquiète de la rhétorique russe, qui n'exclut pas d'utiliser l'arme nucléaire et accuse les Ukrainiens de vouloir utiliser des armes chimiques, l'Otan a aussi décidé de fournir à Kiev des équipements de protection contre des attaques chimiques, biologiques et nucléaires. La même précaution est prise à l'égard des soldats déployés sur le flanc oriental de l'Alliance, dans une posture défensive. Près de 40 000 soldats de l'Otan sont sous le commandement du Shape, déployés aux frontières de la Russie, tandis que sont présents sur le sol européen près de 100 000 soldats américains.
L'Otan compte aussi accroître la disponibilité opérationnelle de ses dispositifs face aux menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. Mandat a été donné en ce sens au commandant du Shape, le général américain Tod Wolters.
La probabilité qu'une telle arme soit utilisée reste encore très éloignée, mais Washington tente d'écarter la menace par une déclaration préventive. "Nous répondrons s'il y a recours. La nature de la réponse dépendra de la nature de cette utilisation", a déclaré M. Biden, qui évite ainsi de parler de "ligne rouge" comme Barack Obama l'avait fait en Syrie.
