Face à la menace russe, la Finlande s'apprête à frapper à la porte de l'Otan
Le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin proposent d'adhérer à l'Otan. La Suède pourrait suivre. En attendant, les deux États sollicitent des garanties de sécurité.

- Publié le 12-05-2022 à 18h58
- Mis à jour le 13-05-2022 à 13h56

C'est un des effets collatéraux de la guerre lancée par la Russie contre l'Ukraine. "La Finlande doit se porter candidate à l'adhésion à l'Otan sans délai", ont déclaré jeudi, par voie de communiqué, le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin. "Être membre de l'Otan renforcerait la sécurité de la Finlande" et "en tant que membre de l'Otan, la Finlande renforcerait l'Alliance dans son ensemble", à commencer par le flanc baltique. La décision officielle en ce sens, qui doit être prise par le Conseil sur la sécurité et la politique étrangère, est attendue pour ce dimanche.
Pour le chef de l'État finlandais, la Russie ne peut s'en prendre qu'à elle-même. La brutalité de la guerre déclenchée le 24 février par la Russie, qui voulait mettre fin à la politique de la "porte ouverte" de l'Otan, a entraîné une réaction inverse à celle escomptée à Moscou. Trois quarts des Finlandais soutiennent désormais la perspective d'une entrée de leur pays dans l'Otan, alors qu'ils n'étaient qu'un quart l'an dernier. La plupart des partis, en attendant que les sociaux-démocrates de Mme Marin se prononcent samedi, appuient également cette nouvelle orientation stratégique.
"On doit espérer que la Suède, notre proche partenaire, fera la même conclusion et que nous pourrons introduire notre candidature ensemble", a embrayé le ministre de la Défense, Antti Kaikkonen. À Stockholm, le gouvernement et le Parlement s'apprêtent justement à publier un rapport d'analyse stratégique ce vendredi et le parti social-démocrate à donner son avis dimanche.
De plus en plus proches de l'Alliance
Depuis la chute du mur de Berlin, les deux pays se sont considérablement rapprochés des structures euro-atlantiques. Ils ont intégré l'Union européenne en 1995, ils sont engagés dans sa politique de sécurité et liés par une clause de défense mutuelle. Le traité de l'UE prévoit en effet qu'"au cas où un État membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir". Ils ont également adhéré au Partenariat pour la Paix de l'Otan en 1994, participé à certaines de ses missions (en Afghanistan et en Irak notamment) et se sont très fortement rapprochés des structures de l'Alliance.
Parallèlement, ils ont repris les investissements dans leur défense. La Finlande, qui dispose d'une armée de conscrits, a annoncé qu'elle y consacrerait 2,2 milliards d'euros sur les quatre prochaines années et vient de faire l'acquisition de chasseurs américains Lockheed Martin. La Suède, quant à elle, a rétabli le service militaire et remilitarisé l'île stratégique de Gotland.
Une conception différente de la neutralité
Au-delà de cette trajectoire commune, leur histoire et leur relation à la neutralité, puis à la non-alliance, diffèrent et pèsent dans l'analyse et la prise de décision. La Finlande, qui partage une frontière de 1 340 kilomètres avec son puissant voisin, était une composante de la Russie impériale. Devenue indépendante en 1917, elle fut opposée à l'Union soviétique lors de la guerre d'Hiver (1939-1940) puis de la guerre de Continuation (1941-1944) - qu'elle perdit toutes les deux. La Suède, pour sa part, ne partage aucune frontière avec la Russie et leur dernière guerre remonte à plus de deux cents ans.
La Finlande a vécu sa neutralité comme une contrainte, un moyen pragmatique de maintenir des relations pacifiques avec le voisin soviétique durant la guerre froide. La Suède, en revanche, a fait le choix de sa neutralité en 1814 et reste persuadée que, grâce à ce statut, elle a pu se tenir à l'écart des conflits et avoir un certain rayonnement sur la scène internationale. "Nous avons été militairement non alignés pendant deux cents ans et cela a bien servi la Suède. Cela nous a évité la guerre, donc il faut avoir de très bons arguments si on veut changer cette ligne", déclarait ainsi, au mois de mars, la première ministre Magdalena Andersson au journal Dagens Nyheter. Si la Suède franchit le pas d'une adhésion à l'Otan, elle le fera probablement moins par conviction que par crainte de se retrouver isolée.
Abandonner le non-alignement militaire marquerait, pour les deux pays nordiques, la fin d'une époque et l'accomplissement de leur intégration euro-atlantique. En attendant ce jour, à Helsinki et à Stockholm, on se prépare à des tentatives d'intimidation et des représailles de Moscou, qui voit "assurément" comme une menace le doublement de sa frontière terrestre avec l'Otan.
