Deux ans de guerre en Ukraine : L'Europe adopte un grand paquet de sanctions, mais épargne toujours certains secteurs fructueux pour la Russie
Les Vingt-sept ont trouvé un accord politique sur un treizième paquet de mesures visant Moscou.

- Publié le 21-02-2024 à 19h28

Il fallait marquer le coup, avant ce 24 février, date anniversaire du début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. Mercredi matin, les représentants permanents des États membres auprès de l'Union européenne ont trouvé un accord politique sur un treizième paquet de sanctions contre la Russie, qui entrera en vigueur d'ici à samedi. Sur papier, "c'est l'un des plus vastes approuvés par l'UE", s'est réjouie la Belgique, qui assure la présidence du Conseil de l'UE et pilotait donc les négociations. Après avoir intégré, non sans peine, une enveloppe de 50 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine dans le budget européen 2021-2027, les Vingt-sept envoient ainsi un nouveau gage de soutien à Kiev. Même si dans les faits certains secteurs qui lient toujours les Européens à la Russie restent épargnés, tels que le gaz ou l'aluminium.
Concrètement, près de 200 individus et entreprises, qui soutiennent l'effort de guerre russe, sont ciblés : leurs avoirs dans l'UE seront donc gelés et les personnes impliquées seront, en plus, interdites d'entrée sur le territoire européen. Ces noms – qui seront dévoilés une fois que les sanctions seront publiées dans le Journal officiel de l'UE – viendront s'ajouter à une liste qui en compte déjà presque 2000 (le président russe Vladimir Poutine, des membres de son gouvernement ou du Parlement, des politiciens locaux, des militaires, des oligarques, des propagandistes pro-Kremlin, des banques, des partis politiques, des fabricants d'armes, des compagnies d'aviation…). Ces mesures ont un impact indéniable sur les plus riches – pensez aux yachts russes saisis dans des ports européens – et les entreprises actives en Europe. Mais pour d'autres cela n'a qu'un effet limité sur leur quotidien.
À ces sanctions individuelles s'ajoutent des nouvelles mesures axées sur les drones. Objectif : s'assurer que la Russie ne se dote plus de composants occidentaux nécessaires à la fabrication de ces armes télécommandées.
Des nouvelles entreprises de pays tiers ciblées
Un enjeu fondamental, devenu presque plus crucial que l'adoption de mesures en tant que telles, est celui d'éviter leur contournement, via des pays tiers. Un envoyé spécial pour les sanctions, David O'Sullivan, a été chargé, dès fin 2022, d'œuvrer à convaincre les usual suspects (Turquie, Chine, Arménie, Kazakhstan…) de ne pas s'adonner à ce jeu. L'Union s'est ensuite dotée l'été dernier d'un outil pour interdire l'exportation de technologies occidentales vers des États qui les redirigent systématiquement vers la Russie. L'adoption de ce mécanisme est censée servir de mise en garde, et l'UE rechigne à s'en servir. Elle s'en tient pour l'heure à des mesures commerciales visant des entreprises à titre individuel. Ce treizième paquet de sanctions inclut donc trois sociétés de Chine continentale qui ont fourni l'armée russe, ainsi que des entités d'Inde, de Turquie ou de Serbie.
Depuis deux ans, l'UE a enchaîné les sanctions sévères et inédites contre Moscou, gelant par exemple tous les avoirs de la Banque centrale russes (plus de 330 milliards d'euros) ou visant, tout récemment, les diamants russes. Au total, 49 % des exportations de l'UE vers la Russie et 58% de ses importations (par rapport à 2021) sont désormais interdites.
Mais les Européens peinent à aller toujours plus loin. Certains flux commerciaux avec la Russie sont toujours épargnés, façon de préserver les intérêts de certaines entreprises ou pays européens. C'est le cas par exemple de l'aluminium et du combustible nucléaire. Ou encore du gaz liquéfié (LNG) russe, dont les importations vers l'UE, y compris la Belgique, ont… explosé depuis le début de la guerre, alors que Moscou a volontairement réduit les livraisons de gaz par gazoduc. Si le secteur de l'acier a bien été ciblé, certains produits sidérurgiques russes semi-finis peuvent encore être vendus en Europe jusqu'en 2028, rappelle Politico. Ce qui sert notamment les intérêts de l'entreprise belge NLMK.
Au-delà des questions économiques, l'Union se confronte désormais aussi à un problème politique grandissant, à savoir l'opposition quasi systématique de la Hongrie au soutien à l'Ukraine. Après avoir hésité, Budapest a fini par donner sa bénédiction à ce treizième paquet de sanctions, non sans répéter ne pas y voir d'intérêt…
