"Démocratie exécutée", "devoir d'exemplarité": l'inéligibilité de Marine Le Pen divise la classe politique
La condamnation de Marine Le Pen a déclenché une kyrielle de réactions au sein de la sphère politique.

- Publié le 31-03-2025 à 21h27

Quand une telle décision de justice tombe, les masques tombent eux aussi… Si évidemment Marine Le Pen a hurlé à "une atteinte à la démocratie" dans les heures qui ont suivi l'annonce de sa condamnation, d'autres ont aussi entamé ce refrain. À commencer par les ténors de son camp comme Jordan Bardella sur X, pour qui" aujourd'hui, ce n'est pas seulement Marine Le Pen qui est injustement condamnée : c'est la démocratie française qui est exécutée". Le RN, qui a organisé une réunion de crise lundi après-midi au siège du parti, a lancé une pétition de soutien avec le hashtag #SauvonsLaDémocratie. Sur les réseaux sociaux, Jordan Bardella a appelé à une "mobilisation populaire et pacifique", estimant que la peine d'inéligibilité est "un scandale démocratique". Même son de cloche du côté de son allié Éric Ciotti, qui croit bon de s'interroger : "La France est-elle encore une démocratie ?" sur X.
Mais, plus surprenant peut-être, plus grave sans aucun doute, ce discours insidieux de remise en cause de l'indépendance de la justice contamine une partie de la droite. Ainsi, le chef de file des députés Les Républicains Laurent Wauquiez a estimé qu'"il n'est pas sain que, dans une démocratie, une élue soit interdite de se présenter à une élection".
À l'extrême-gauche aussi, fidèle à sa rhétorique populiste et frondeuse, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que "la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple" (lui-même est soupçonné d'avoir employé les assistants parlementaires européens pour son activité politique en France).
Émeric Bréhier, directeur de l'Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès, relativise néanmoins ces réactions : "C'est une vieille tradition française de critiquer les décisions de justice. C'est un grand classique : les socialistes l'ont fait quand Henri Emmanuelli a été condamné, les républicains l'ont fait avec Alain Juppé". En revanche, dit-il, "le contexte politique n'est pas tout à fait le même et on observe là une délégitimation de la décision des juges : certains voudraient que Marine Le Pen ne soit pas condamnée au motif qu'elle pourrait obtenir 30 % des voix à la prochaine élection présidentielle mais la loi doit être la même pour tous, qu'on soit crédité de 5 % ou 30 % des suffrages".
Une "justiciable comme les autres"
Au sein de la majorité, les réactions se sont faites rares lundi. Le Premier ministre François Bayrou s'est tout de même dit "troublé par le jugement". Étonnant, aux yeux du patron du parti socialiste Olivier Faure, pour qui "le respect de la loi, l'État de droit, la séparation des pouvoirs, ne sont plus à l'ordre du jour au gouvernement". Sur BFMTV, François Hollande a assuré quant à lui que "la seule réaction" face à la condamnation de Marine Le Pen est "de respecter l'indépendance de la justice". "Ça fait partie du contrat démocratique quand on est un élu, d'être exemplaire", a complété le socialiste Jérôme Guedj. Pour Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Le Pen est une "justiciable comme les autres".
Parmi les autres réactions, on peut noter celle du Kremlin, qui a déploré le plus sérieusement du monde une "violation des normes démocratiques". Le chef du gouvernement hongrois Viktor Orban a écrit sur X : "Je suis Marine !". Et le milliardaire américain Elon Musk, qui multiplie les ingérences politiques ces derniers temps, a évoqué sur X un "abus du système juridique pour enfermer des opposants politiques".
Tout au long de la journée, certains ont évoqué, pour mieux le condamner, un supposé gouvernement des juges qui priverait des millions d'électeurs de la possibilité de choisir Marine Le Pen comme présidente. Camille Aynès, maître de conférences en droit public à l'Université Paris Nanterre, rappelle pourtant dans The Conversation qu'"opposer les urnes, c'est-à-dire le peuple, et la justice, c'est faire fi de ce que la justice est précisément rendue 'au nom du peuple français'. C'est également omettre que les juges font application de la loi adoptée par les représentants du peuple concerné"…
