L'ascension de l'opposant hongrois Peter Magyar oblige Viktor Orban à redescendre dans l'arène politique
Selon les sondages le libéral devance le Premier ministre d'une courte tête dans les intentions de vote.
- Publié le 04-12-2025 à 19h09

"Ils vont augmenter vos impôts pour qu'il s'offre des toilettes en or". L'image met en scène le président ukrainien Volodymyr Zelensky tenant un WC doré, dans lequel sont englouties des liasses de billets déversés par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et par Péter Magyar, le principal opposant du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Elle donne le ton de la campagne qui débouchera sur les élections législatives du 12 avril. L'image est apposée sur un camion publicitaire venu troller le contre-rassemblement du parti Tisza de M. Magyar. Ce samedi 29 novembre, le bras de fer politique entre les nationalistes du parti Fidesz de Viktor Orbán et les libéraux rangés derrière la formation Tisza de Péter Magyar s'est déplacé à Nyíregyháza, une ville de 120 000 habitants situées dans le nord-est de la Hongrie proche de la frontière ukrainienne.
Sur un grand parking au pied de tours HLM, le challenger Magyar, qui à en croire les sondages a une bonne chance de désincruster le Fidesz du pouvoir, est monté sur une petite scène pour haranguer quelques milliers de sympathisants et leur promettre que "les mensonges, l'oppression, l'incitation à la haine, les menaces, le féodalisme prédateur, c'est fini ! L'ère Orbán est révolue !".
De l'autre côté de la barricade, à quelques centaines de mètres de là, le parti de Viktor Orbán a installé son "rassemblement contre la guerre" dans la salle des sports de la ville. Comme toujours, le Fidesz n'a pas lésiné sur les moyens pour ravir les 1500 partisans qui remplissent les gradins avec un show "à l'américaine" et en point d'orgue la popstar rom Gigi Radics.
Marquage à la culotte
La même scène s'est déroulée deux semaines plus tôt à Győr et recommencera ce samedi à Kecskemét, puis dans d'autres villes chaque week-end d'ici à Noël. L'avocat Peter Magyar, qui a rompu avec le Fidesz au début de l'année 2024 marque Viktor Orbán à la culotte et, faute de réussir à obtenir un véritable débat avec lui, il organise des contre-rassemblements qu'il veut ouvert à tous. Une façon aussi de dénoncer la démesure et l'hubris de ses adversaires, qu'il désigne comme "la mafia" ou encore "le système de criminalité national".
La veille de ce nouveau round à Nyíregyháza, le Premier ministre signait de nouveaux contrats gaziers et pétroliers à Moscou aux côtés du président russe Vladimir Poutine, tandis que son adversaire intronisait, au terme d'une élection primaire, ses candidats qui défieront le Fidesz dans les 106 circonscriptions du pays au printemps.
Côté Fidesz, on loue le président américain Donald Trump, présenté comme un pacifiste, et on fustige les Européens va-t-en-guerre. "Celui qui veut la paix est avec nous !" proclame le slogan au-dessus de la scène, visible aussi sur les bracelets remis aux journalistes. "Les migrants ou les familles, la guerre ou la paix", tels sont les enjeux résumés par le ministre de la Chancellerie. Puis, en tête-à-tête avec un journaliste de la télévision locale, Viktor Orbán fait des blagues et des confidences, raconte ses rencontres avec les grands de ce monde, ses alliés, à Washington et à Moscou.

Côté Tisza, dans une ambiance de Noël avec chants et stands de nourriture, on assène qu'"on n'a pas peur", que le "changement de régime" est inéluctable et qu'il est pour bientôt. La foule est un agrégat de l'ancienne opposition de gauche et libérale, de conservateurs modérés et de déçus du Fidesz, de jeunes qui n'ont encore jamais voté… Bref, de quasi-tout ce que le pays de 9,5 millions d'habitants compte d'anti-Orbán.
Le Fidesz revient sur le terrain
Péter Magyar et son réseau revendiqué de 20 000 militants labourent le pays, avec une attention particulière accordée aux petites villes et aux villages, où la chape de plomb du pouvoir pèse le plus lourd, et où se joueront sans doute les élections. La plupart des sondeurs donnent le parti Tisza en tête depuis un peu plus d'un an et, selon un sondage de l'institut de sociologie de l'université Loránd Eötvös, il devance aujourd'hui le Fidesz d'une courte tête (32 % contre 29 %).
Pour contrer cette nouvelle concurrence, Viktor Orbán redescend dans l'arène, s'ouvre (un tout petit peu) aux médias hors de l'orbite du Fidesz, fais la tournée des podcasts, multiplie les capsules vidéo où il tâche de se montrer souriant et bienveillant. Quand le numéro deux du gouvernement, János Lázár, tient des réunions publiques directement inspirées de celles de l'adversaire. En clair, le Fidesz qui a les pleins pouvoirs depuis 2010 essaie de retrouver une proximité avec le terrain et une spontanéité avec le peuple qu'il a perdues depuis longtemps.
Et il déploie pour cela les grands moyens : 50 des 70 communes où viennent d'être annoncés des projets de développement de l'État ont été visitées récemment par Péter Magyar. À chaque fois, le Premier ministre passe derrière son rival pour s'attribuer les lauriers des projets à venir. Il reste quatre mois de campagne et encore de nombreux rounds à venir.