Peter Magyar, le renégat en croisade contre Viktor Orban
Cet ancien rouage du Fidesz, le parti du Premier ministre, s'est imposé en trois mois comme le principal opposant au Viktor Orban. Il l'a défié dimanche sur les terres conservatrices de l'est du pays, à Debrecen.
- Publié le 06-05-2024 à 15h53

Lors de la fête nationale du 15 mars, à l'applaudimètre, il a mis une raclée au Premier ministre Viktor Orban. Le 6 avril, il a rassemblé entre cent et deux cent mille personnes devant le Parlement hongrois. Dans chaque ville où il passe, à Debrecen, Pecs ou Veszprem, il lui suffit d'une publication sur Facebook pour lever les foules. Déboussolés, les sondeurs peinent à suivre et à mesurer le phénomène, certains plaçant son parti Tisza (Respect et liberté) jusqu'à 25 % des intentions de vote pour les élections européennes du 9 juin. En à peine trois mois, Peter Magyar, le golden-boy du Fidesz devenu renégat, semble s'imposer comme le premier adversaire de l'indéboulonnable Viktor Orban.
Dimanche après-midi, c'est dans la place forte du protestantisme hongrois et un bastion du Fidesz que Peter Magyar est venu défier le pouvoir : à Debrecen, la seconde ville du pays, située dans sa partie orientale, non loin de la Roumanie. Sur la place centrale dominée par l'église calviniste, vingt mille personnes sont venues l'écouter dénoncer la corruption, les mensonges et la propagande qui le salissent et manipulent les électeurs. "Nous n'avons pas besoin d'un ministère de la propagande, mais d'un ministère de l'Éducation, de la Santé et de l'Environnement", a-t-il lancé au cours d'un discours de plus d'une heure.
Un produit de l'élite conservatrice
Le novice a vite appris et sait déjà haranguer la foule, avec un charisme certain. Novice ? Pas tout à fait. Peter Magyar, quarante-trois ans, ne vient en effet pas de nulle part. Il est issu d'une famille de juristes et de l'élite conservatrice budapestoise. Sa grand-mère maternelle était la sœur du président de la République Ferenc Madl, son grand-père juge à la Cour suprême, et sa mère occupe une fonction élevée dans l'appareil judiciaire. Il a été successivement avocat d'affaires, diplomate au service du gouvernement Fidesz auprès de l'Union européenne et haut fonctionnaire.
Son "ni de droite ni de gauche, simplement hongrois" et ses promesses de mettre un terme à la guerre culturelle qui a scindé le pays en deux séduisent une société brutalisée. "Ce pays est totalement coupé en deux. Les familles, les amis, sont divisés", témoignent Gerda, architecte, et son père Gyula, ingénieur à la retraite, venus en train de la capitale. Peter Magyar représente aussi une planche de salut pour eux qui ont perdu tout espoir dans les partis d'opposition. "La société a sombré dans l'apathie. Nous ne croyons plus dans les partis d'opposition, ils ont trop échoué. En réalité, ils sont devenus l'autre face du système. Magyar, lui, a la capacité de faire bouger les gens, donc nous allons le soutenir pour montrer notre mécontentement et aussi parce qu'avec lui, on peut gagner", espèrent-ils.
L'opposition sens dessus dessous
C'est à ce stade la limite du phénomène. Pour l'heure, l'irruption de Peter Magyar redistribue les cartes dans l'opposition, mais ne semble pas atteindre le cœur électoral du Fidesz, pourtant en perte de vitesse. Mis au défi par cet adversaire inattendu, le gouvernement redouble d'ardeur à diaboliser ses opposants, injectant des sommes considérables en publicités sur les réseaux sociaux et en affichage public. "Ils les ont achetés au kilo !", proclament des affiches d'une organisation liée au Fidesz, à propos des figures de l'opposition supposément au service d'intérêts étrangers. Une autre salve les présente, ainsi que Peter Magyar, en laquais de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, prêts à servir au peuple hongrois un menu composé de migration, de troisième guerre mondiale, et de théorie du genre. Une déclinaison du triptyque de campagne de Viktor Orban énoncé en hongrois et en anglais : "No migration, no gender, no war".
À Debrecen, loin des obsessions du gouvernement national populiste, les manifestants s'inquiètent bien davantage des conséquences sanitaires et environnementales de la méga-usine chinoise de batteries électriques qui pousse en périphérie de la ville. Viktor Orban ne les entendra probablement pas. Il se prépare à recevoir trois jours le président chinois Xi Jinping.
