Vague d'inquiétude en Suède après les propos interpellants de la Défense concernant une guerre avec la Russie
L'inquiétude est montée d'un cran au sein de la population suédoise, après les propos interpellants de plusieurs membres de la Défense, qui appellent les habitants à se préparer à une guerre.

- Publié le 18-01-2024 à 15h55

Après 210 ans de non-alignement militaire, la Suède a décidé de changer son fusil d'épaule en matière de défense de son territoire, en officialisant sa candidature à l'Otan en mai 2022. Une candidature qui s'est accompagnée, petit à petit, d'autres chamboulements : la signature d'un premier accord de coopération avec les États-Unis, leur autorisant l'accès à 17 bases militaires situées en Suède, en fait notamment partie. Le gouvernement a également augmenté de 40% ses dépenses liées au secteur de la Défense.
Un basculement auquel la population assiste, non sans inquiétude. Et ce ne sont pas les récents propos du Premier ministre, du ministre de la Défense civile et du commandant en chef des armées qui ont rassuré les Suédois. Le 7 janvier dernier, lors d'une conférence annuelle sur la défense, réunissant une partie du gouvernement ainsi que des diplomates, le ministre de la Défense civile Carl-Oskar Bohlin a dit ceci : "Beaucoup l'ont dit avant moi, mais laissez-moi le dire avec la force de mon poste : il pourrait y avoir une guerre en Suède". Des propos corroborés par le commandant en chef des armées, Micael Byden, qui a parlé d'une "situation très sérieuse", puis a ajouté : "La guerre de la Russie contre l'Ukraine n'est qu'une étape. À titre individuel, vous devez vous préparer mentalement à un conflit. Plus nous serons nombreux à y avoir réfléchi et à nous être préparés, plus notre société sera forte". Même son de cloche dans le discours du Premier ministre, qui a également pris la parole au cours de la conférence : "Nous devons commencer à parler haut et fort des attentes liées à la citoyenneté suédoise. En fin de compte, il s'agit de défendre la Suède, nos valeurs et notre mode de vie les armes à la main et au péril de notre vie".
Les ventes de produits d'urgence augmentent
Tous ces propos ont été reçus avec angoisse par la population, en témoigne notamment la hausse des ventes de produits "de survie" dans de grands magasins suédois. FranceInfo rapporte entre autres que la radio portable d'urgence est devenue en quelques jours l'objet le plus acheté dans deux grandes enseignes. Les réchauds de camping ont aussi vu leurs ventes bondir, ainsi que les vivres non périssables. Des signes qui semblent montrer que les Suédois craignent l'entrée en guerre de leur pays.
Autre fait démontrant la vague de panique qu'ont provoqué les discours des autorités : l'augmentation sensible du nombre d'appels, sur la ligne d'urgence d'une ONG de défense des droits des enfants, venant de jeunes habitants préoccupés par la perspective d'une guerre.
Voyant les conséquences de ses dires, le général Micael Byden a nuancé ses propos quelques jours plus tard en affirmant que son ambition "n'était pas d'alarmer les gens, mais d'amener davantage de gens à réfléchir à leur propre situation et à leurs propres responsabilités". Mais il était déjà trop tard. Et l'opposition politique, de son côté, juge que le Premier ministre et les autres membres de la Défense ont tenu des propos alarmistes. "La situation est grave, mais il est également important de préciser que la guerre n'est pas à nos portes", a notamment déclaré l'ancienne Première ministre Magdalena Andersson. Le gouvernement est aussi accusé de détourner l'attention des vrais problèmes sociétaux de la Suède, tels ceux liés au système de Santé par exemple.
Une attaque russe en Suède, est-ce probable ?
En Russie, les craintes suédoises ont plutôt suscité les moqueries. Sur X, l'ambassade de Russie en Suède a écrit : "Peut-être les dirigeants suédois devraient-ils cesser de pousser leur peuple à la paranoïa ?". "On a parfois l'impression que certains militaires et journalistes suédois rêvent presque de la guerre", a renchéri sur Telegram Alexey Pushkov, membre de la Chambre haute du Parlement russe.
Interrogé par l'AFP, l'historien et expert britannique de la Russie, Mark Galeotti, a jugé qu'une attaque de la Russie en Suède avait peu de fondement. "Je comprends que les militaires doivent envisager les pires scénarios et la Russie a démontré qu'elle était plus agressive que ce que l'on anticipait. Mais je dois avouer que je suis sceptique quant à la probabilité d'un tel scénario", a analysé celui qui est aussi membre du think tank Royal United Services Institute. Il se demande : "Pourquoi Poutine ferait cela ?". D'autant plus que les forces russes ont été mises à mal par la guerre en Ukraine et que Poutine n'a jusqu'ici montré "aucune volonté de s'en prendre aux pays baltes".
