De plus en plus d'Américains sont favorables au soutien à l'Ukraine, mais seulement une minorité a confiance en Trump pour mettre fin à la guerre
La politique d'apaisement recherchée par Donald Trump avec la Russie n'est pas en phase avec le sentiment d'une majorité d'Américains – et de Républicains – à en juger par plusieurs sondages concordants.

- Publié le 20-08-2025 à 21h13
- Mis à jour le 21-08-2025 à 06h38

Les Républicains avaient coutume de reprocher à Joe Biden de manquer de vision dans sa gestion du conflit ukrainien. Que doivent-ils penser maintenant qu'une enquête du très respecté Pew Research Center révèle que 59 % des Américains ne font pas confiance à Donald Trump pour mettre fin à la guerre ? Encore ses résultats ont-ils été publiés le 14 août, à la veille de la rencontre avec Vladimir Poutine en Alaska, qui n'a pu que renforcer dans leur opinion les 33 % de sondés enclins à croire que leur Président avantage trop volontiers son homologue russe.
Donald Trump est manifestement sorti ébranlé de ce sommet. Certes, son profil bas, tellement inhabituel, lors de la conférence de presse, pouvait être imputé à la fatigue – on comprend mal, au demeurant, pourquoi un homme de 79 ans a mené une négociation si importante dans la foulée d'un vol de huit heures (même dans le confort d'Air Force One) et avec quatre heures de décalage horaire. La rapide mobilisation des dirigeants européens, aux allures d'un appel à l'aide lui aussi inhabituel, suggère plus nettement que le président américain est rentré d'Anchorage non seulement dépité, mais aussi désorienté.
Soutenir l'Ukraine "aussi longtemps qu'il le faudra"
Pour ajouter à ses tourments, il semble que Donald Trump ne soit pas sur la même longueur d'onde que ses compatriotes, ni même qu'une majorité d'électeurs républicains. Il est légitime de vouloir imposer au plus vite la paix pour mettre fin aux souffrances du peuple ukrainien, mais sans doute pas à n'importe quel prix. C'est ce qui ressort d'un sondage mené par l'Université du Maryland du 29 juillet au 7 août. Il fait apparaître une majorité d'Américains (54 %) favorables à la poursuite de l'aide à l'Ukraine "aussi longtemps qu'il le faudra". C'est la première fois depuis que la question est posée ; la proportion était de 48 % il y a un an et de 38 % au printemps 2023.
La progression sur ce point précis est, certes, imputable à une évolution de l'opinion démocrate. Cependant, sur la dimension plus générale du soutien à la cause ukrainienne, le même sondage montre une hausse de 59 à 64 % par rapport à mars 2025. Or la différence s'explique, cette fois, par une adhésion plus grande des Républicains : plus 10 % (de 45 à 55 %) !
Cette évolution est corroborée par une autre enquête, réalisée par le Chicago Council on Global Affairs (CCGA) du 18 au 30 juillet. Tandis que, toutes tendances politiques confondues, les Américains sont désormais 61 % à approuver une aide économique à l'Ukraine (contre 52 % en mars) et 62 % à appuyer une aide militaire (contre 52 % en mars), c'est chez les Républicains que le changement est le plus spectaculaire. Ils sont désormais 41 % à valider l'octroi d'une aide économique (contre 32 % en mars) et 51 % à soutenir la fourniture d'une aide militaire (contre 30 % en mars).
On peut, certes, faire valoir que les Républicains favorables à la poursuite d'une assistance militaire à Kiev sont à peine plus nombreux que ceux qui y sont aujourd'hui hostiles (ils sont 48 %, contre 68 % en mars). Le glissement est pourtant remarquable, et d'autant plus qu'il survient quelques mois après l'humiliation de Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale. La perception du président ukrainien par les Américains reste, il est vrai, toujours positive (pour 60 % d'entre eux, selon le CCGA) et – fait de nouveau remarquable – son capital de sympathie a également augmenté auprès des Républicains, passant de 28 % en mars à 41 % à présent.
Dans l'esprit de Ronald Reagan
Cette évolution des mentalités, dans le camp républicain, fait écho à la doctrine de Ronald Reagan qui a inspiré le parti précisément face à Moscou durant la guerre froide : "peace through strength" ("la paix par la force"). Paradoxalement, alors que Donald Trump en a abandonné l'idée après le sommet d'Anchorage, les Américains sont plus nombreux que jamais à souhaiter un renforcement des sanctions, économiques et diplomatiques, à l'égard du Kremlin (73 % contre 66 % en mars, toujours selon le CCGA). Le positionnement est identique chez les Démocrates (77 %) et les Républicains (74 %), y compris – ce qui est digne d'intérêt – chez ceux qui se réclament du mouvement Maga ("Make America Great Again") de Donald Trump. Ils sont 75 % à l'envisager, quand bien même plusieurs ténors du mouvement ne font pas mystère de leur russophilie, voire de leur poutinophilie.
Dans sa précédente enquête de mars 2025, le CCGA notait que beaucoup des Américains interrogés reconnaissaient ne pas en savoir assez sur le dossier ukrainien pour se prononcer valablement sur ce que devraient être les conditions d'une paix juste et durable. C'est pourquoi les réponses étaient mitigées sur l'avenir de la Crimée (38 % s'accommodaient de son annexion par la Russie, tandis que 31 % la condamnaient). En revanche, les opinions étaient nettement plus tranchées sur la possibilité, pour Moscou, de revendiquer d'autres territoires, notamment ceux qui ont été occupés depuis l'invasion de février 2022. Alors que 19 % des sondés en estimaient la cession "acceptable" en mars dernier, pour 58 %, elle était, au contraire," inacceptable".
Les jeunes moins déterminés que leurs aînés
Si, à en juger par divers sondages, le soutien à la cause ukrainienne n'a jamais été aussi fort aux États-Unis depuis le début de 2023, l'enquête de l'Université du Maryland relève un bémol : les jeunes (18-34 ans) sont moins bien disposés que leurs aînés envers l'Ukraine. Le niveau d'engagement est, parmi eux, de 53 %, tous partis confondus, contre 69 % chez les 35 ans et plus.
De manière comparable, si, parmi les élus républicains, la solidarité inconditionnelle avec l'Ukraine est surtout le fait de ce qu'on pourrait appeler la vieille garde "internationaliste", emmenée notamment par l'ancien chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell, l'opposition à la poursuite de l'aide est principalement exprimée par de nouveaux venus. Sept des onze sénateurs républicains qui avaient refusé de voter de nouveaux crédits pour Kiev au printemps, ont obtenu leur siège lors des deux dernières élections législatives. De quoi faire du dossier ukrainien un enjeu complexe dans la campagne électorale de la mi-mandat qui est sur le point de commencer.
