Hôpitaux engorgés, taux de mortalité élevé... L'Europe centrale frappée par un regain très virulent de l'épidémie
La Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie sont frappées par un regain épidémique très virulent. La Hongrie enregistre le plus fort taux de mortalité en Europe. Les hôpitaux sont engorgés.
- Publié le 12-03-2021 à 07h54

Ont-ils péché par excès de confiance ? En tout cas il semble loin, le temps où les dirigeants du Groupe de Visegrad, le "V4", s'autoproclamaient champions européens de la lutte contre le coronavirus. "Bes t in Covid" , lançait même à la presse étrangère Andrej Babis, le chef du gouvernement tchèque. C'était à la fin du mois d'août et l'Europe centrale était sortie presque indemne de la première "vague" de l'épidémie : la Tchéquie cumulait à peine plus de 400 décès, la Hongrie 600, la Pologne 2 000 et en Slovaquie ils ne se comptaient qu'en dizaines.
Six mois plus tard, l'heure n'est plus aux auto-satisfecits et la formule de M. Babis sonne comme une mauvaise blague. Avec plus de 22 000 morts pour 10 millions d'habitants, la Tchéquie connaît le taux de mortalité le plus élevé en Europe et donc au monde.
Il ne reste que 13 % de lits disponibles en soins intensifs, mais le ministre de l'Intérieur et chef de la cellule de crise Jan Hamacek veut rassurer : l'épidémie montre des signes de ralentissement, le sommet de la vague est en vue et les évacuations sanitaires envisagées, vers l'Allemagne voisine qui a proposé son aide, ne seront peut-être pas nécessaires. "Le nombre de patients dans les hôpitaux augmentera pendant huit à dix jours. Je pense que nous allons gérer cette situation" , a-t-il déclaré aux médias publics. "Nous demandons à la partie allemande de maintenir une réserve de lits jusqu'à vendredi" , a-t-il toutefois tempéré.
Chez les voisins slovaques, le nombre d'infections a brusquement augmenté en début d'année et la situation n'est guère plus favorable. Face à l'engorgement des services de réanimation, une poignée de patients ont été transférés vers la Pologne et l'Allemagne, mais la Slovaquie compte surtout sur l'envoi de personnels médicaux. Deux médecins et une infirmière seront envoyés par la Belgique pour prêter main-forte à l'unité de soins intensifs de l'hôpital de Banska Bystrica, rapporte Dennik N . Tenu pour responsable par ses partenaires de coalition, le Premier ministre Igor Matovic, qui s'était fait fort d'être le premier de la classe européenne l'an dernier, n'a sauvé son poste qu'au terme de tractations de la dernière chance mercredi soir.
Relâchement avant Noël
Comment ces deux nations sœurs ont-elles pu se retrouver dans de tels draps ? "Les deux Républiques [tchèque et slovaque] sont entre les mains de populistes indisciplinés et sans idéologie, tellement convaincus de leur caractère exceptionnel qu'ils voient le système politique comme un obstacle à leur expansion, et nient la raison, la responsabilité et la compétence" , s'enflamme un éditorialiste du journal slovaque Dennik N .
Le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, offre une explication plus terre à terre : dans un acte de contrition peu commun, il a reconnu ses multiples erreurs, décidant par exemple de relâcher la vigilance et les mesures de restrictions à des moments clés, comme avant les fêtes de Noël.
La Hongrie inquiète
Quand la Tchéquie et la Slovaquie entrevoient une faible lumière au bout du tunnel, la Hongrie s'y engouffre vitesse grand V et tous les voyants sont au rouge écarlate. De l'aveu du recteur de l'Université de médecine Semmelweis, Bela Merkely, le pays dispose d'un millier de lits pour les malades du Covid-19 en soins intensifs, et ils sont déjà occupés à 91 %. La fermeture des écoles, depuis lundi et jusqu'à Pâques, pourrait ne pas ralentir suffisamment la progression galopante des infections, dont 80-90 % relèveraient du "variant britannique".
Les modélisations des chercheurs de l'institut de statistiques médicales rattaché à l'Université de l'État de Washington (IHME) ont fait frémir les médias cette semaine : la Hongrie, qui compte 16 000 décès pour 9,7 millions d'habitants, pourrait en déplorer 40 000 d'ici l'été. Pour compliquer encore les choses, une réforme du statut des personnels médicaux est entrée en vigueur au 1er mars, soulevant une fronde et causant des promesses de démissions en série dans les hôpitaux.