Pour le Hamas rendre les armes dans la bande de Gaza "est inimaginable"
Plusieurs États arabes ont appelé le Hamas à rendre les armes, mercredi soir, outre les nombreux appels à la reconnaissance d'un État palestinien.
- Publié le 31-07-2025 à 20h20
- Mis à jour le 01-08-2025 à 09h25

Une conférence internationale pour le règlement pacifique de la question palestinienne et la mise en œuvre de la solution à deux États s'est clôturée à New York, mercredi soir. Boycottée par Israël et les États-Unis, elle a essentiellement accouché d'une déclaration de principes – baptisée "Déclaration de New York" – qui constate qu'en "l'absence de mesures décisives en faveur de la solution à deux États et de garanties internationales solides, le conflit s'aggravera et la paix régionale restera insaisissable".
Des dizaines d'États membres des Nations unies, dont le Royaume-Uni et le Canada, y ont plaidé pour la reconnaissance d'un État palestinien. Dix-sept pays arabes dont l'Arabie saoudite, le Qatar et l'Égypte ont en outre appelé le Hamas à rendre les armes à l'autorité palestinienne, pour favoriser l'instauration d'un cessez-le-feu et la mise en place d'une solution politique.
Cette solution est-elle envisageable ? Que représente encore militairement et politiquement le Hamas dans la bande de Gaza ? Est-il soutenu par la population, alors qu'il détient encore 49 otages israéliens à Gaza, dont 27 sont considérés comme morts et que la riposte israélienne a fait 60 000 morts ? Entretien avec Leila Seurat, chercheuse au Centre arabe de recherches et d'études politiques de Paris Carep, associée au Cesdip et à Omam (ULB).
Dans quel état est le Hamas à Gaza ?
Il n'y a pas de données ni de chiffres précis sur les capacités balistiques du Hamas. Ils ont des capacités minimales, des armes a priori artisanales de construction locale et des roquettes suffisamment puissantes pour faire exploser des chars. En ce qui concerne les capacités de recrutement, en revanche, on voit que le mouvement est tout à fait opérationnel. Il y a quelques mois, déjà, le chef d'État-major de l'armée israélienne estimait que le Hamas s'était reconstitué, du nord au sud de l'enclave. Sur le terrain, on voit effectivement qu'ils ont des hommes, vu le nombre d'embuscades organisées quotidiennement un peu partout contre l'armée israélienne.
On est passé vers un mode de gouvernance décentralisé de type guérilla ?
Il y a toujours eu une discussion sur la plus ou moins grande décentralisation des brigades al-Qassam (branche militaire du Hamas, NdlR) avant cette guerre. Il y a toujours eu des bataillons locaux dans chaque région, mais on reste sur une hiérarchie de commandement pyramidale. Ce que l'on voit aujourd'hui, en revanche, c'est une coordination entre les bataillons locaux du Hamas et les brigades du Djihad islamique (second mouvement armé le plus important de Gaza, NdlR) qui mènent des embuscades conjointes avec une certaine capacité de coordination.
Qu'en est-il de "l'aile politique" du Hamas qui "dirige" depuis l'extérieur ? Que reste-t-il de son pouvoir de décision ?
Le pouvoir du Hamas a progressivement basculé vers Gaza dans les années qui ont précédé les attaques du 7 octobre. C'est d'ailleurs ce qui a permis à Gaza de garder la main sur les négociations avec Israël depuis lors, puisque ces attaques y ont été lancées sans concertation avec les autres structures. Ce qui ne veut pas dire, comme on l'entend parfois, que "l'aile politique" n'était pas sur la même longueur d'onde. L'idée d'un pôle radical à Gaza et des gens plus modérés à Doha est totalement erronée. On voit d'ailleurs des vidéos montrant Ismaël Haniyeh avec Yahya Sinouar dans les tunnels avant le 7 octobre. Les exilés n'étaient pas au courant de la date, du lieu, et de la manière dont ces attaques seraient menées, mais ils étaient en accord avec le principe. Aujourd'hui, c'est Khalil Hayya qui mène les négociations depuis l'extérieur. C'est quelqu'un qui vient de Gaza, qui est parti au Qatar juste avant le 7 octobre, et qui a donc cette légitimité de représentation aux yeux de la branche gazaouie.
Face à la force de frappe israélienne et la situation humanitaire à Gaza, le Hamas a-t-il encore réellement une capacité de négociation ?
En réalité, ils ont cédé depuis longtemps sur les demandes initiales, à savoir la fin de la guerre et le retrait des forces israéliennes de Gaza. On ne parle même plus de cessez-le-feu, on parle de trêve avec la possibilité d'atteindre un cessez-le-feu. Face à une guerre d'anéantissement et l'occupation de 85 % à 90 % du territoire par les forces israéliennes, ils n'ont pas grand-chose à négocier. Ce qui se joue, pour les Gazaouis, c'est le retour des troupes israéliennes sur les lignes définies dans l'accord diplomatique du 15 janvier 2025 (dont seule la première phase a été appliquée, NdlR). C'est ce que demande le Hamas et refuse Israël, donc ça négocie sur des pourcentages d'occupation du territoire. En réalité, tout dépend du prisme de chacun. Benjamin Netanyahou estime que le Hamas a perdu et qu'il doit capituler. Rendre les armes, aujourd'hui, est toutefois inimaginable pour le mouvement. Israël est évidemment largement supérieur militairement, mais mener une campagne d'extermination est un aveu d'échec, par rapport aux objectifs annoncés initialement.
Dix-sept pays arabes, ont pourtant appelé le Hamas à remettre ses armes à l'Autorité palestinienne…
Cela fait plus d'un an et demi que les différentes parties discutent d'un désarmement du Hamas et de l'autorité qui pourrait prendre sa place. Face à l'absence de solution sur le terrain, cela peut être vu comme une manière politique de pousser à la capitulation de toute forme de résistance à Gaza.
Dans quelle mesure la population de Gaza soutient-elle ou s'oppose-t-elle désormais au Hamas ?
Tout n'est pas unifié, il y a des clans, différents degrés d'opposition et de soutien. L'une des questions qui agite le plus fondamentalement la société gazaouie, c'est la question de l'infiltration israélienne et de la collaboration avec l'occupant. Ça fait cinquante ans que les différentes factions palestiniennes discutent de la manière dont il faut traiter la chose. C'est extrêmement complexe car il y a des notions d'honneur, de famille, de clan, et plus fondamentalement, la question de savoir comment s'organise pour lutter contre ces tentatives de déstabilisation israéliennes de l'intérieur. Le danger le plus imminent pour les Palestiniens, c'est l'expulsion. Ça s'est accéléré et visibilité après le 7 octobre, mais c'est le projet politique de l'occupant israélien depuis longtemps. Ce que l'on voit, aujourd'hui, c'est que la population gazaouie résiste. Ça ne signifie pas que les Gazaouis apprécient, cautionnent ou soutiennent politiquement le Hamas. Le mouvement rencontre beaucoup d'opposition, il n'est pas populaire en tant que tel, mais il est soutenu face à l'occupant en tant mouvement de résistance par une société qui veut exister et avoir droit à son autodétermination. C'est fondamental, et c'est précisément ce qui rend les choses difficiles pour les Israéliens, la raison pour laquelle ils s'en prennent aux civils, jugés coupables de résistance collective. Une organisation armée tient parce qu'elle est inscrite dans un tissu social, donc, du point de vue israélien, pour combattre efficacement un groupe militaire, il faut toucher son environnement.

