Israël concède une "pause tactique" à Gaza où "470 000 personnes vivent dans des conditions proches de la famine"
Sous la pression internationale, Israël laisse désormais entrer l'aide humanitaire à Gaza.

- Publié le 27-07-2025 à 19h02
- Mis à jour le 28-07-2025 à 10h57

Israël a annoncé dimanche matin la mise en place d'une "pause tactique" de ses combats à Gaza pour laisser entrer l'aide humanitaire et son acheminement dans les zones de l'enclave où l'armée "n'opère pas". "Une pause tactique locale dans les activités militaires aura lieu à des fins humanitaires de 10 heures à 20 heures, à compter d'aujourd'hui", indique le communiqué publié par l'armée israélienne. "La pause commencera dans les zones où l'armée israélienne n'opère pas : Al Mawasi, Deir al Balah et la ville de Gaza, tous les jours jusqu'à nouvel ordre." "Des itinéraires sécurisés désignés seront en outre mis en place de manière permanente de 6 heures à 23 heures afin de permettre le passage en toute sécurité des convois de l'Onu et des organisations humanitaires qui acheminent et distribuent de la nourriture et des médicaments à la population dans toute la bande de Gaza", précise l'armée. Dans la nuit de samedi à dimanche, Tsahal avait déjà annoncé le parachutage de colis d'aide alimentaire sur la bande de Gaza. Technique controversée, critiquée et jugée largement insuffisante, compte tenu de la situation sanitaire sur place.
Risque de famine généralisée
Dimanche, en début de matinée, la Jordanie voisine annonçait cependant que "d'énormes convois de secours" se dirigeaient désormais vers Gaza. Côté égyptien, des sources confirmaient également l'entrée de camions chargés d'aide, soit "plus de 100 camions transportant plus de 1 200 tonnes de nourriture, environ 840 tonnes de farine et 450 tonnes de paniers alimentaires variés", selon le Croissant-Rouge égyptien. Ces camions n'entraient toutefois pas directement dans l'enclave via le poste-frontière de Rafah, fermé depuis plus d'un an, mais devaient d'abord parcourir quelques kilomètres jusqu'au point de passage israélien de Kerem Shalom pour y être inspectés.
"Le rêve de ma vie est devenu de manger un morceau de pain et de pouvoir en donner à mes enfants. Chaque jour, mon mari part à l'aube pour essayer de trouver de la farine […] mais il revient sans rien", témoignait dimanche, auprès d'un journaliste local de l'Agence France-Presse, Suad Ishtaywi, une femme de 30 ans vivant sous une tente à Tal al Hawa, dans la ville de Gaza. "Nous avons entendu aux informations que des camions transportant de la farine et de la nourriture allaient entrer à Gaza. Nous espérons que s'ils entrent, ils parviendront jusqu'à nous", a-t-elle ajouté.
Blocus hermétique
Israël, qui assiège la bande de Gaza depuis le début de la guerre contre le Hamas le 7 octobre 2023, avait imposé début mars un blocus hermétique au territoire, très partiellement assoupli fin mai, qui a entraîné de très graves pénuries de nourriture et de biens de première nécessité. Depuis de longues semaines, la totalité des ONG actives sur place, plusieurs États européens dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, et les Nations unies dénonçaient la famine volontairement provoquée par l'État hébreu, accroissant progressivement la pression diplomatique sur Benjamin Netanyahou pour que son gouvernement cesse de bloquer l'aide internationale à ses frontières ou aux points de passage vers l'enclave, ravagée par 21 mois de guerre.
Selon le ministère de la Santé de Gaza administré par le Hamas dont les données sont jugées fiables par l'Onu, la famine aurait déjà fait 133 victimes dont 87 enfants. Le Programme alimentaire mondial (Pam) des Nations unies, lui, estime que "quelque 470 000 personnes vivent dans des conditions proches de la famine" dans la bande de Gaza, et que "90 000 femmes et enfants ont besoin d'un traitement nutritionnel d'urgence […] Le Pam dispose de suffisamment de nourriture dans la région ou en route vers celle-ci pour nourrir l'ensemble de la population de 2,1 millions de personnes pendant près de trois mois", insiste l'agence onusienne, qui plaide pour un cessez-le-feu immédiat afin que cette aide puisse être distribuée.
Les combats se poursuivent
Saluées par les Nations unies, cette "pause stratégique" et la mise en place de corridors humanitaires ne signifient pas pour autant l'arrêt des combats. Samedi, la Défense civile de la bande de Gaza avait annoncé samedi la mort de 50 personnes dans des bombardements et des tirs israéliens. Dimanche matin, au moins 13 Palestiniens ont également été tués par des tirs israéliens à proximité de points de distribution alimentaire, selon l'agence de presse palestinienne Wafa. Ce, alors que la riposte israélienne lancée après l'attaque du Hamas aurait déjà fait près de 60 000 morts, en majorité des civils.
Tel-Aviv, de son côté, a annoncé dimanche la mort de deux de ses soldats dans l'explosion de leur véhicule blindé. Selon le président français, Emmanuel Macron, la conférence organisée lundi et mardi au siège de l'Onu à New York sur l'avenir de la Palestine "doit ouvrir une nouvelle dynamique en faveur d'un règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien, sur la base des deux États, seule solution à même de garantir la paix et la sécurité pour tous dans la région". Aucun chef d'État ne devrait toutefois se rendre sur place, ce qui rend peu probable de réelles avancées sur la question.

