La reconnaissance française de l'État de Palestine réaffirme la primauté de la solution à deux États
La France deviendra en septembre le seul pays du G7 à reconnaître, en pratique, le droit des Palestiniens à avoir un État souverain et à s'autodéterminer.

- Publié le 25-07-2025 à 20h02

Cette fois, le président français a pris les devants, tout en assurant ses arrières. Se retrouvant dans l'impossibilité de proclamer la reconnaissance de l'État de Palestine par la France lors d'une conférence onusienne avortée en juin en raison de la guerre éclair entre Israël et l'Iran, Emmanuel Macron a déclaré qu'il en ferait "l'annonce solennelle à l'Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre prochain".
Avec ce message publié jeudi soir sur les réseaux X et Instagram, le chef de l'État français anticipe une réunion ministérielle prévue la semaine prochaine à New York. Et, puisque l'assemblée annuelle de l'Onu est prévue du 9 au 23 septembre, il laisse un mois et demi de réflexion à d'autres États qui voudraient rejoindre la dynamique de reconnaissance. Son annonce ne pourrait alors que gagner en retentissement.
Une évolution dans la continuité
Devant le désastre humanitaire et la dévastation toujours à l'œuvre dans la bande de Gaza, la France affirme qu'une telle démarche est a minima une manière de faire pression sur Israël pour arrêter la guerre. Elle rappelle surtout l'importance cruciale de garder le cap sur la solution à deux États vivant en paix et en sécurité côte à côte, et de réenclencher une dynamique favorable à la mise en œuvre d'un processus de paix. L'annonce du président Macron traduit en cela une évolution notable de la position française correspondant aux circonstances exceptionnelles auxquelles font face les Territoires palestiniens et aux menaces qui pèsent désormais sur l'établissement d'une Palestine souveraine et indépendante.
Jusqu'ici, Paris affirmait que la reconnaissance d'un État palestinien était subordonnée à l'existence d'une solution politique à la question palestinienne. Or l'effondrement de Gaza, les velléités d'annexion de la Cisjordanie, la négation même de l'idée d'un État de Palestine, de même que le règne de la loi du plus fort dans la région, le tout sous la férule d'Israël, ont remis en cause ce préalable. En effet, ces facteurs sapent toute possibilité de mise en œuvre d'un processus de paix devant aboutir à la proclamation d'un État palestinien, voire les conditions mêmes de l'existence d'un tel État.
Un petit supplément d'espoir
L'annonce française est tactique sur le plan diplomatique. La France espère peser de tout son poids de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu – dont elle sera le troisième sur cinq (après la Chine et la Russie) – pour déclencher une nouvelle salve de reconnaissances de la Palestine, en particulier au niveau européen, après celles de l'Irlande, de l'Espagne et de la Norvège l'an dernier. La Grande-Bretagne pourrait être l'un des suivants à franchir ce pas, le Premier ministre Keir Starmer étant d'ailleurs soumis à une pression accentuée des Travaillistes, son propre parti.
Une reconnaissance par l'Allemagne paraît improbable eu égard à ses liens indéfectibles avec Israël et à sa responsabilité historique dans l'histoire des Juifs d'Europe. Quant à l'Italie, bien que favorable à la solution à deux États, elle n'est pas encline à ce stade à reconnaître l'État palestinien. Son chef de la diplomatie, Antonio Tajani, s'est borné à déclarer en écho aux propos de la Première ministre Giorgia Meloni : "Nous ne pouvons plus accepter les massacres et la famine (dans la bande de Gaza). Le moment est venu de parvenir à un cessez-le-feu immédiat".
Quoi qu'il en soit, sur le terrain, la reconnaissance de la Palestine en tant qu'État n'a aucun effet. Tout au plus donne-t-elle un petit supplément d'espoir aux Palestiniens qui veulent y croire. "La reconnaissance ne suffit pas, il faut trois autres choses. Tout d'abord, la fin totale de l'occupation, qui doit être exigée, pas négociée. Ensuite, le retrait des colonies illégales, selon la résolution du Conseil de sécurité de l'Onu. Enfin, des actions immédiates pour arrêter le génocide, ce qui signifie imposer des sanctions à Israël. Ce serait une reconnaissance avec des dents", nous confiait il y a deux mois à Bruxelles Mustapha Barghouti, le fondateur de l'Initiative nationale palestinienne, mouvement politique concurrent à l'OLP du président palestinien Mahmoud Abbas.
Des paroles de peu de poids
Avec cet engagement, la France s'affirme comme le premier pays du G7 à reconnaître, en pratique, le droit à l'autodétermination du peuple palestinien. Jusqu'ici, quelque 145 pays dans le monde reconnaissent l'État de Palestine, soit plus de trois quarts des pays membres des Nations unies. Mais, tant que les États-Unis resteront le seul pays du Conseil de sécurité à s'opposer à une telle reconnaissance, il est vraisemblable que quelques États supplémentaires en faveur de celle-ci ne produisent pas l'effet recherché, à savoir l'établissement d'une Palestine indépendante et souveraine, membre à part entière des Nations unies. Donald Trump a d'ailleurs minimisé les déclarations d'Emmanuel Macron : "Ce qu'il dit importe peu. C'est quelqu'un de très bien, je l'apprécie, mais cette déclaration n'a pas beaucoup de poids", a-t-il affirmé vendredi à la presse à la Maison-Blanche.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a réagi de son côté à l'annonce française en déclarant que cette reconnaissance était "une récompense à la terreur", se référant à l'action du Hamas palestinien. Une position que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a récusée en affirmant dans un message posté sur le réseau X que "le Hamas a toujours refusé la solution à deux États". "En reconnaissant la Palestine, la France donne tort à ce mouvement terroriste. Elle donne raison au camp de la paix contre celui de la guerre", a encore estimé le chef de la diplomatie française.