Critiqué en interne, le gouvernement Netanyahou "ne cédera pas" sur Gaza
Le gouvernement israélien aurait même l'intention d'initier "une nouvelle phase" militaire dans l'enclave.
- Publié le 05-08-2025 à 19h36
- Mis à jour le 06-08-2025 à 10h16

Benjamin Netanyahou avait annoncé lundi qu'il convoquerait son cabinet de sécurité dans le courant de la semaine "pour donner des instructions à l'armée sur la manière d'atteindre les trois objectifs de guerre". "Nous sommes au milieu d'une guerre intense dans laquelle nous avons obtenu des succès très importants", avait alors déclaré le Premier ministre israélien. "Nous devons continuer à rester unis et à nous battre ensemble pour atteindre les objectifs fixés : vaincre l'ennemi, libérer nos otages et garantir que Gaza ne constitue plus une menace pour Israël."
Quelques heures plus tard, les médias annonçaient que cette réunion aurait lieu mardi soir, et que Benjamin Netanyahou avait "pris la décision d'occuper entièrement la bande de Gaza, y compris d'effectuer des opérations dans les zones où des otages sont détenus". Peu d'informations ont fuité au terme de cette réunion de près de trois heures, si ce n'est que l'armée israélienne était "prête à mettre en œuvre toute décision prise par le cabinet de sécurité". Mercredi, le ministre de la Défense d'Israël, Israël Katz, a ajouté que le chef d'état-major de l'armée israélienne avait le droit "d'exprimer" son opinion sur la prochaine phase de la guerre dans la bande Gaza, mais qu'il devrait "exécuter avec détermination" les décisions politiques du gouvernement.
Si les annonces initiales devaient se confirmer, une nouvelle phase serait donc sur le point d'être inaugurée dans la guerre menée par Israël dans l'enclave. L'Autorité palestinienne, qui semble prendre ces déclarations très au sérieux, a immédiatement appelé la communauté internationale à "intervenir de toute urgence pour empêcher (la) mise en œuvre (de ces annonces), qu'il s'agisse d'une forme de pression, de ballons d'essai pour jauger les réactions internationales, ou qu'elles soient véritablement sérieuses".
Contestation interne
Un an et dix mois après l'attaque sanglante du Hamas qui a fait 1 219 morts dont 332 membres des forces de sécurité le 7 octobre 2023, et la brutale et interminable réplique israélienne qui a fait plus de 60 000 morts à Gaza, dont 18 000 enfants selon l'Unicef, l'État hébreu voit émerger un début de contestation en interne. Dans une tribune publiée dimanche dans les médias, un millier d'artistes israéliens ont appelé le gouvernement Netanyahou à "arrêter la guerre" et "libérer les otages". Propos immédiatement conspués par la ministre de la Culture et des dizaines d'autres artistes n'hésitant pas à évoquer des "fake news".
Le lendemain, près de 600 anciens hauts responsables du Mossad (renseignement extérieur), du Shin Bet (renseignement intérieur) et de l'armée publiaient à leur tour une lettre directement adressée au président américain Donald Trump, pour "mettre fin à la guerre à Gaza". "Les forces de défense israéliennes ont atteint depuis longtemps les deux objectifs qui pouvaient être remplis par la force", écrivent-ils. Soit le fait de "démanteler les formations militaires et de gouvernance du Hamas […] Le troisième, et le plus important, ne pourra être atteint que par un accord : ramener les otages à la maison […] Nous considérons, en tant que professionnels, que le Hamas ne représente plus une menace stratégique pour Israël."
Lundi soir, un député de gauche, Ofer Cassif, était quant à lui expulsé de la tribune de la Knesset (le Parlement israélien) après avoir cité les propos de l'écrivain israélien David Grossman, qui avait déclaré, dans une interview accordée le 1er août au quotidien italien La Repubblica, qu'un "génocide" était bel et bien en cours à Gaza.
Ignobles vidéos des otages
Le Hamas a toutefois fédéré tout le monde contre lui, en publiant vendredi d'abominables vidéos de deux des otages encore vivants – Evyatar David (24 ans) et Rom Braslavski (22 ans) – mettant volontairement en scène leur terrible dégradation physique et mentale. Le premier est filmé en train de creuser sa propre tombe, le second se tord de douleur au sol, et ces atrocités ont évidemment déclenché une onde de choc dans la société israélienne, ramenée aux heures les plus sombres de la Shoah.
Plus de 60 000 personnes se sont ensuite rassemblées vendredi soir à Tel Aviv pour exiger, une nouvelle fois, la fin de la guerre et la reprise des négociations pour faire libérer les vingt otages encore en vie. Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre par le Hamas, 49 restent retenues à Gaza, dont 29 sont officiellement déclarées mortes par l'armée israélienne.
Benjamin Netanyahou et ses soutiens issus de l'extrême droite messianique ont, au contraire, vu dans ces images une raison de poursuivre, voire accentuer l'offensive menée sur Gaza. "Ils (les dirigeants du Hamas) ne veulent pas d'un accord", a déclaré le Premier ministre, dimanche soir. "Ils veulent nous briser avec ces vidéos et la fausse propagande internationale. Mais nous ne céderons pas."
Israël a ensuite annoncé son intention de mettre la question des otages "au centre de l'agenda international" et initié une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur le sujet qui s'est tenue à New York mardi soir. "Il est nécessaire de vaincre totalement l'ennemi à Gaza, de libérer tous nos otages et de s'assurer que Gaza ne constituera plus une menace pour Israël", a encore rappelé Benjamin Netanyahou à quelques heures de celle-ci. "Nous n'abandonnons aucune de ces missions." Une manière on ne peut plus claire de répondre à toute contestation.

