Gaza : dix jours après son entrée en vigueur, le cessez-le-feu vacille mais tient bon
À peine dix jours se sont écoulés depuis l'entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Ces dernières heures, les signes d'une nouvelle escalade sont apparus, faisant craindre un échec de la trêve si Benjamin Netanyahou ne se range pas du côté américain.
- Publié le 20-10-2025 à 13h57
- Mis à jour le 20-10-2025 à 18h21

Correspondante à Jérusalem
À Gaza, deux récits s'affrontent sur fond de fragilisation du récent cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. "Les bombardements étaient très intenses", témoigne Eyad Amawi, fondateur de l'ONG "Comité de secours de Gaza", dans un message vocal enregistré sur WhatsApp dans la nuit de dimanche à lundi. "L'occupation a tenté de justifier son agression par une histoire montée de toutes pièces d'un incident à Rafah, qu'elle exploite pour mener des attaques aléatoires contre des civils et bloquer de nouveau l'aide humanitaire", jugeait-il depuis l'enclave palestinienne.
Un peu plus tôt dans la soirée, l'armée israélienne avait annoncé dans un communiqué la fin d'une série de frappes sur des "cibles terroristes du Hamas dans la bande de Gaza". Elle justifie l'usage de 120 munitions par le fait d'avoir démantelé, en plus d'entrepôts d'armes et de postes de tirs, "six kilomètres d'infrastructures souterraines", et de répondre à l'attaque par le Hamas d'un char israélien à Rafah, dans le sud de l'enclave.
Deux soldats israéliens tués
Une version niée par l'organisation islamiste, qui réaffirmait, dimanche dans un communiqué, son "engagement total à exécuter tout ce qui a été convenu, en premier lieu le cessez-le-feu", et ne plus avoir de contacts avec ses combattants du sud ni donc de lien avec l'attaque.
Lundi dans la matinée, les médias israéliens ont confirmé la mort des soldats Yanis Kula et Itay Yavetz à Rafah, dans une zone sous contrôle de Tsahal où ils s'apprêtaient à démanteler un tunnel.
Selon la défense civile de Gaza, sous autorité de l'organisation islamiste, et plusieurs hôpitaux joints par l'Agence France-Presse, les frappes de représailles israéliennes auraient fait de leur côté au moins 45 morts dans les rangs palestiniens, dont des enfants et un journaliste, ainsi que des dizaines de blessés. "La situation reste instable, nous sommes encore aux prémices d'un accord humanitaire, et pourtant ce qu'on voit ici sur le terrain, c'est la continuation d'une politique de famine et de punition collective", déplore Eyad Amawi.
Devant cette situation "calme mais fragile", celui-ci s'inquiète, comme nombre d'employés humanitaires, d'une fin prématurée du cessez-le-feu, officiellement entré en vigueur le vendredi 10 octobre. Depuis cette date, on décompte 97 morts à Gaza.
Rapatriement des corps israéliens
Dans le même temps, en Israël, les voix de familles d'otages continuent à s'élever pour réclamer le retour des corps encore détenus à Gaza après leur capture par le Hamas en octobre 2023. "Seize familles attendent toujours de pouvoir ramener leurs proches chez elles pour un enterrement digne, leur dire au revoir et trouver la paix", a rappelé dimanche lors d'une conférence de presse Ilay David, frère d'Evyatar David, libéré lundi dernier. "Nous n'aurons de cesse que chaque famille n'ait vécu ce dernier moment et la possibilité de commencer à guérir."
Dans une analyse sous-titrée "Les raisons d'Israël pour éviter une escalade", le journaliste du quotidien de gauche Haaretz Jonathan Lis évoquait lundi la position d'équilibriste de Benjamin Netanyahou, qui "ne pouvait ignorer la mort de deux soldats de Tsahal à Gaza, mais, sous la pression américaine, il ne voulait pas non plus compromettre le climat fragile nécessaire à la mise en œuvre du plan de cessez-le-feu de Trump".
Illustration de la tenaille dans laquelle est pris le Premier ministre : dimanche, peu après la nouvelle de ces affrontements à Rafah, Bezalel Smotrich, le ministre d'extrême droite des Finances israélien, twittait : "Guerre !". Une volonté belliciste partagée par ses homologues suprémacistes du ministère de la Police, Itamar Ben Gvir, et des Implantations et des Missions nationales, Orit Strook.
Par souci de conserver le soutien américain, Benjamin Netanyahou doit bon gré mal gré se ranger du côté de Donald Trump, écrit encore Jonathan Lis. Le Président américain a en effet suggéré dans la nuit de dimanche à lundi que le Hamas dans son ensemble n'était "probablement" pas lié à la violation de la trêve vieille de 10 jours, préférant accuser "certains rebelles au sein du mouvement".
Une visite diplomatique du vice-président américain JD Vance est attendue dans la semaine ; il sera accompagné de l'émissaire Steve Witkoff, qui a supervisé l'accord de cessez-le-feu. Une nouvelle escalade mettrait en outre en danger la récupération, déjà rendue laborieuse par l'état de destruction extrême de Gaza, des 16 corps d'Israéliens kidnappés le 7 octobre 2023, qui restent la préoccupation principale de la société israélienne.

