L'Iran et les États-Unis relancent des négociations… sans ordre du jour précis
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi et l'émissaire américain Steve Witkoff sont convenus d'entamer de nouvelles négociations dès ce vendredi matin au sultanat d'Oman.

- Publié le 06-02-2026 à 06h40
- Mis à jour le 06-02-2026 à 09h04

Dans un contexte politique et militaire délétère, l'Iran et les États-Unis sont convenus d'entamer un nouveau cycle de négociations ce vendredi matin à Mascate. La capitale du sultanat d'Oman, théâtre de médiations discrètes et historiques entre les deux pays, a finalement été préférée à Istanbul, refusée au dernier moment par l'Iran. Le lieu ne prête pourtant pas à un apaisement automatique des tensions entre les deux parties. Des négociations entamées en mai de l'an dernier n'avaient pas empêché le déclenchement, le mois suivant, d'une guerre de douze jours entre Israël et l'Iran, que des bombardements américains sur plusieurs sites nucléaires iraniens avaient lourdement ponctuée.
La perspective est d'autant plus sujette à hypothèque que l'ordre du jour reste largement indéfini. Si l'Iran campe sur l'idée que l'on n'y discutera que de son programme nucléaire, objet d'un contentieux international depuis le début du millénaire, les États-Unis s'efforcent d'y intégrer d'autres thématiques, en particulier son programme de missiles balistiques, son influence régionale à travers l'appui à des groupes armés (les fameux proxys) et ses politiques répressives à l'égard de sa population. Cette dernière thématique s'impose presque d'elle-même, surtout au lendemain d'une des pires répressions qu'a connue le pays en réponse à une contestation populaire massive, dont le bilan pourrait avoisiner les 30 000 morts.
Incertitudes et ambiguïtés
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a indiqué à cet égard mercredi que l'inclusion de ces dimensions dans les discussions était nécessaire pour mener à "quelque chose de significatif", mais qu'il restait circonspect sur les chances de "conclure un accord avec ces gars-là". L'incontournable émissaire américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, devrait ainsi avoir face à lui le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, l'ancien négociateur en chef de l'accord nucléaire de 2015. D'après ce dernier, "un accord juste et équitable garantissant (un Iran) sans armes nucléaires" doit pouvoir être atteint. Ces pourparlers pourraient, selon un responsable d'un État du Golfe, être menés sous l'égide de plusieurs pays, bien que l'Iran ait indiqué souhaiter un format bilatéral limité à Washington et Téhéran. "Si les Iraniens veulent nous rencontrer, nous sommes prêts", a même lancé Marco Rubio.
Au-delà de ces incertitudes et ambiguïtés, deux évidences méritent d'être soulignées. D'abord, puisque les États-Unis et l'Iran envisagent de négocier sur le dossier nucléaire, cela signifie qu'il est toujours question d'en limiter le développement, trois mois et demi après l'échéance de l'historique accord de Vienne, qui prévoyait de brider le programme atomique en échange d'une ouverture économique de l'Iran. Et ce, quand bien même Donald Trump a déclaré que les raids de juin 2025 avaient "anéanti" le programme atomique iranien.
Ensuite, dans la mesure où l'Iran a toujours refusé d'entamer des négociations sous la contrainte ou quelque pression que ce soit, son consentement à la discussion souligne a minima un manque de cohérence qui peut passer pour une concession, voire un aveu de faiblesse. Qu'il s'agisse de son réseau d'influence régional (Hezbollah, Hamas…) ou des épisodes de contestation à répétition (dont le mouvement Femme Vie Liberté et celui du mois dernier), le régime des mollahs a encaissé bien des coups de boutoir ces dernières années. Cette fébrilité apparente l'incline très probablement à se prêter au jeu des négociations.
Pressions militaires
C'est d'autant plus plausible que la pression subie par la théocratie installée à Téhéran est également militaire. Les États-Unis, qui avaient en janvier laissé entendre qu'ils viendraient en aide aux Iraniens, ont renforcé leur dispositif naval dans la région. Entre autres, grâce à l'arrivée du porte-avions USS Abraham Lincoln et de son groupe aéronaval en mer d'Arabie, où il s'est positionné à environ 800 kilomètres des côtes iraniennes.
La tension est montée subitement ces derniers jours. Un chasseur F-35C américain a abattu mardi un drone iranien qui approchait "de manière agressive" du porte-avions, et cela malgré les "mesures de désescalade prises par les forces américaines". Il n'est pas exclu que l'Iran ait voulu tester le dispositif américain, le drone Shahed-139 étant à la fois un drone de renseignement, de surveillance et une munition rôdeuse. Le même jour, des vedettes rapides des Gardiens de la révolution iraniens ainsi qu'un drone ont harcelé un navire marchand battant pavillon américain dans le détroit d'Ormuz, porte d'accès au Golfe. Ces deux incidents sont révélateurs des enjeux.
Si Téhéran affirme ne pas vouloir d'une guerre, les déclarations bellicistes se multiplient depuis des semaines, en réponse aux menaces à peine voilées de Donald Trump. Le guide suprême Ali Khamenei a encore promis cette semaine qu'un éventuel conflit embraserait forcément toute la région. Le chef de l'armée iranienne a pour sa part glissé ce jeudi que les bases américaines dans le Golfe sont "aisément à portée" de missiles iraniens. En première ligne, les États arabes du golfe Persique tentent de faire redescendre la tension, déterminés à éviter un conflit où ils auraient tout à perdre. Jusqu'à la perspective d'un changement de régime à Téhéran susceptible de transformer l'Iran en une puissance réellement concurrente.