Les jeunes Australiens seront privés de réseaux sociaux jusqu'à seize ans
L'application et les conséquences de cette mesure pour l'heure unique au monde sont diversement appréciées.

- Publié le 01-12-2025 à 19h06
- Mis à jour le 11-12-2025 à 11h39

Dès le 10 décembre, les Australiens de moins de 16 ans n'auront plus accès à dix réseaux sociaux : Facebook, Instagram, X (ex-Twitter), Snapchat, TikTok, Threads, YouTube, Reddit, Kick et Twitch. Cette mesure radicale – la première du genre dans le monde – est susceptible d'affecter un million de jeunes, privés dorénavant de la possibilité d'ouvrir ou de conserver un compte sur ces réseaux, dont la liste pourrait s'allonger pour inclure des plateformes de jeu en ligne comme Roblox et Discord.
Les autorités australiennes entendent ainsi empêcher une population particulièrement fragile d'être exposée à des contenus inadaptés, d'adopter des comportements inappropriés, ou d'être victime de cyberharcèlement. Selon une étude du gouvernement, sept adolescents sur dix ont déjà été confrontés à des contenus néfastes, la moitié à du harcèlement en ligne. Le but est aussi de réduire le temps passé devant des écrans, alors qu'en Australie, 96 % des 10-15 ans sont présents sur les réseaux sociaux.
Annoncée l'an dernier, l'interdiction irrite les entreprises concernées, et d'autant plus que c'est à elles qu'il revient de prendre toutes les dispositions pour la faire appliquer. Ce sont elles qui seront sanctionnées, lourdement (avec des amendes pouvant atteindre 28 millions d'euros), et non les jeunes utilisateurs ou leurs parents, en cas d'infraction à la loi. Certaines multinationales songent à introduire des recours en justice, mais, dans l'immédiat, toutes se sont engagées à coopérer, en particulier la seule entreprise australienne du lot, Kick.
Une efficacité à démontrer
L'intérêt de la mesure réside évidemment dans son efficacité. Pour vérifier l'âge d'un utilisateur, il est demandé aux plateformes de recourir à divers procédés, sans se contenter de réclamer une pièce d'identité. La reconnaissance faciale ou vocale est évoquée, ainsi que les technologies permettant de déduire l'âge à partir des comportements et interactions en ligne. D'aucuns n'en redoutent pas moins des fraudes – les médias australiens évoquent ainsi des masques vieillissant le visage, vendus en ligne pour une douzaine d'euros…
Là n'est, toutefois, pas la seule inquiétude. Dans un pays qui a connu, ces dernières années, plusieurs cas de piratage informatique et de vols de données, les experts en cybersécurité voient, dans ces contrôles d'identité, une aubaine pour les escrocs. Toutes les conditions seront réunies pour favoriser les arnaques : un public jeune et peu méfiant sera invité à fournir des données personnelles ; il pourra aussi être trompé par des offres malveillantes promettant de lui offrir les moyens de contourner la loi.
Médecins et psychologues redoutent aussi que la bonne intention de départ produise des effets opposés à ceux recherchés. Privés de réseaux sociaux, certains jeunes risquent de se retrouver isolés ou frustrés. L'expérience sera, quoi qu'il en soit, suivie de près, en Australie, mais aussi dans les pays, notamment en Europe, où il existe une volonté de prendre des dispositions analogues dans un avenir plus ou moins proche.