Des robots dans les champs pour remplacer les pesticides : l'agriculture du futur s'immisce dans nos campagnes
L'utilisation de robots s'impose progressivement comme une solution face aux défis de l'agriculture biologique
- Publié le 04-09-2024 à 10h34
- Mis à jour le 05-09-2024 à 12h24

Depuis la foire agricole qui s'est déroulée du 26 au 29 juillet dernier à Libramont, Gérald Tonglet, agriculteur et président d'Agronova, une société spécialisée dans la vente de robots, est débordé. "J'ai pris 160 contacts pendant la foire et il y a déjà plusieurs démonstrations qui s'organisent", se réjouit ce fan de nouvelles technologies. Celui qui détient également un élevage bovin y croit dur comme fer : les robots sont le futur de l'agriculture biologique.
"Je fais de la robotique depuis 2015. Quand j'ai commencé, je prêchais dans le désert. Mais depuis le Covid, d'énormes progrès techniques ont été réalisés, surtout dans le domaine de la vigne. Pour moi, les robots ont un rôle évident à jouer dans une agriculture plus écologique et respectueuse des sols", clame Gérald Tonglet.
Selon lui, une majorité d'agriculteurs seraient disposés à opter pour une gestion plus écologique s'ils en avaient la possibilité." De nombreux agriculteurs se préoccupent de l'environnement, mais ils manquent encore d'outils pour se passer des pesticides. Les produits phytosanitaires restent meilleur marché et plus faciles à utiliser que les méthodes écologiques, qui demandent beaucoup plus de main-d'œuvre et de temps. C'est là que les robots deviennent intéressants. De plus, les robots sont moins lourds que des tracteurs, il y a moins de compaction des sols ce qui signifie une meilleure santé de ceux-ci, ce qui participe à un meilleur environnement.", poursuit notre interlocuteur.
Précision redoutable
Équipés d'un système de géolocalisation, les nouveaux robots agricoles sont capables d'effectuer des parcours d'une précision redoutable "Le but du jeu est de faire correspondre le mouvement du robot avec la cartographie des cultures. Une fois qu'ils parviennent à se positionner correctement, ce qui peut prendre un peu de temps au début, les robots peuvent être équipés d'une série d'outils comme des broyeurs, des interceps (outils destinés à découper une bande de terre pour la retourner, NdlR) ou des écimeuses pour les vignes. Les plus gros robots peuvent même faire ces trois actions en même temps. De plus, ils sont entièrement autonomes car si l'agriculteur doit être présent quand son robot travaille, ça n'a plus aucun intérêt."
Néanmoins, cette autonomie est limitée dans le temps. Les modèles les plus récents ont une autonomie limitée à huit heures par jour, ce qui correspond à un maximum de six hectares. Mais le secteur table sur une amélioration prochaine des batteries. "On attend avec impatience l'évolution des batteries présentes dans les voitures électriques, parce que cela signifie qu'on pourra profiter de ces avancées."
Du conventionnel au 100 % bio
Guillaume Fastré, agriculteur bio à Assesse (province de Namur) est l'un des tout premiers agriculteurs wallons à avoir franchi le pas en s'équipant, il y a deux ans, d'un robot autonome muni de panneaux solaires. "La chimie a permis à l'agriculture de produire de la nourriture en masse, mais la technologie et les robots permettront aux agriculteurs de se passer de la chimie", affirme celui qui est passé en quelques années d'une agriculture conventionnelle à une ferme 100 % bio, notamment grâce à l'acquisition de ce robot destiné au désherbage de ses cultures de chicorée.
"D'un point de vue technologique, c'est assez simple. Le robot travaille avec un système de GPS, il sème les cultures et désherbe ensuite. Il est parfaitement adapté à la taille de ma ferme et me permet de limiter la main-d'œuvre nécessaire dans les champs, qui est de plus en plus difficile à trouver. Le robot n'est pas là pour remplacer les travailleurs, mais il me permet d'être plus serein", explique-t-il.
Malgré des avantages certains, les robots connaissent encore certaines limites potentiellement rédhibitoires. "Ce n'est pas infaillible, l'efficacité fluctue en fonction de la météo et il n'est pas efficace sur les mauvaises herbes qui poussent à deux millimètres de la chicorée. Il y a encore des challenges à remplir mais grâce au robot, je peux pratiquer une agriculture qui est plus en phase avec mes valeurs et ma vision de ce que doit être l'agriculture", admet Guillaume Fastré.
Autre frein de taille : le coût important des engins. Il faut en effet compter 50 000 euros pour un modèle de base et jusqu'à 250 000 pour un modèle plus sophistiqué.
Défi de la maintenance
Mais ces inconvénients n'empêchent pas Sébastien Weykmans, agronome de formation et manager de l'ASBL WalDigiFarm, une association qui entend favoriser l'usage du numérique dans l'agriculture, de croire à un succès croissant.
"En France, les robots sont utilisés depuis 2018. En Wallonie, on en trouve encore moins d'une dizaine (entre cinq et dix), dans le domaine du maraîchage et des cultures bio. Après Libramont, on espère que d'autres agriculteurs vont vouloir en acquérir.", avance-t-il. "Cela pose une série de défis, comme la question de la maintenance, car on manque déjà de main-d'œuvre pour la gestion de machines plus basiques. Si on veut généraliser l'usage des robots, il va falloir créer des filières de formation. La question du coût ne doit pas non plus être négligée mais les prix vont diminuer avec le temps. Et il est possible pour les agriculteurs de recourir à des systèmes de coopératives pour limiter les frais."
