Les inondations catastrophiques en Grèce et en Libye ont été amplifiées par le changement climatique : "Des solutions pratiques peuvent nous aider"
L'augmentation de la température moyenne de la Terre a rendu les fortes précipitations liées à la tempête Daniel plus probables.
- Publié le 19-09-2023 à 14h59
- Mis à jour le 19-09-2023 à 15h23

Grèce, Turquie ou encore Libye… En une dizaine de jours, début septembre, plusieurs pays ont été touchés par de fortes précipitations. Ces dernières ont été causées par la tempête Daniel, formée en Méditerranée, qui a entraîné des inondations massives dans toute la région. Quatre personnes sont décédées en Bulgarie, cinq en Espagne, sept en Turquie et dix-sept en Grèce. C'est en Libye que le bilan est le plus lourd, bien que le nombre exact de victimes ne soit pas encore clair : les autorités ont fait état de 3 300 décès, mais des milliers de personnes sont encore portées disparues.
Une analyse approfondie réalisée par une équipe internationale de scientifiques du groupe World Weather Attribution révèle que ces inondations ont été considérablement exacerbées par le changement climatique d'origine humaine. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé des données et ont réalisé des simulations à l'aide de modèles informatiques. Ils ont ainsi pu comparer le climat actuel, avec un réchauffement global d'environ 1,2 °C depuis la fin du XIXe siècle, avec le climat du passé.
"Après un été marqué par des vagues de chaleur dévastatrices et des incendies de forêt portant l'empreinte du changement climatique, la quantification de la contribution du réchauffement planétaire à ces inondations s'est avérée plus difficile, a commenté Friederike Otto, professeure au Grantham Institute for Climate Change and the Environment, à l'Imperial College de Londres. Mais il n'y a absolument aucun doute sur le fait que la réduction de la vulnérabilité et l'augmentation de la résistance à tous les types de conditions météorologiques extrêmes sont essentielles pour sauver des vies à l'avenir."
La Méditerranée sous le feu des événements climatiques extrêmes
Trois régions ont été analysées par les scientifiques : la Libye, où l'analyse s'est concentrée sur la partie nord-est du pays, qui a affronté la majeure partie des précipitations ; la Grèce, la Bulgarie et la Turquie, où l'analyse a porté sur les précipitations maximales tombées pendant quatre jours consécutifs ; et l'Espagne, où la plupart des précipitations sont tombées en quelques heures seulement.
C'est en Libye que les conséquences du changement climatique sont les plus prononcées, un événement pluvieux d'une telle ampleur ayant été rendu jusqu'à 50 fois plus probable par le changement climatique, avec jusqu'à 50 % de pluie en plus sur la période étudiée. Il s'agit cependant d'un événement extrêmement inhabituel, soulignent les chercheurs, qui précisent qu'il ne se produirait qu'environ une fois tous les 300 à 600 ans dans le climat actuel.
Pour la zone qui englobe la Grèce, la Bulgarie et la Turquie, la situation est bien différente. Selon l'analyse, le changement climatique a multiplié par 10 la probabilité d'occurrence de fortes précipitations, avec une augmentation de 40 % de la pluviométrie. De telles précipitations y sont désormais attendues environ une fois tous les dix ans. Des différences régionales sont cependant possibles : le centre de la Grèce, par exemple, ne devrait voir ce type d'événement se produire qu'une fois tous les 80 à 100 ans.
Enfin, les chercheurs ont estimé que des chutes de pluie aussi fortes sont attendues une fois tous les 40 ans en Espagne. Ils n'ont toutefois pas pu effectuer d'analyse d'attribution complète en raison des limitations des modèles climatiques, qui ne représentent pas bien les précipitations à court terme sur des zones aussi réduites.
Vers des alertes météo d'un nouveau genre ?
Les chercheurs ont également mis en lumière d'autres facteurs qui, en combinaison avec les changements climatiques, ont augmenté l'ampleur des inondations. "En Grèce, l'été a été marqué par des vagues de chaleur et des incendies extrêmes, et dans le nord-est du pays, l'un des plus grands incendies a brûlé alors que la tempête Daniel dévastait le centre du pays, mettant à rude épreuve les ressources (humaines et matérielles, NdlR) et limitant les capacités de réaction au niveau national", notent les chercheurs. Ils précisent aussi que la plupart des villes touchées dans le centre de la Grèce étaient situées dans des zones inondables.
La situation en Libye a quant à elle été aggravée par les conflits en cours et la fragilité de l'État libyen, qui ont contribué à un manque d'entretien et à la détérioration progressive des infrastructures, en particulier les barrages – la rupture de deux d'entre eux ayant entraîné la mort de milliers de personnes. Les chercheurs estiment par ailleurs que les conséquences des précipitations, annoncées plusieurs jours avant qu'elles ne se produisent, n'ont pas été comprises par la population. Ils recommandent de se tourner vers des prévisions et alertes axées sur les impacts.
Selon l'Organisation Météorologique Mondial (OMM) cette pratique consiste à associer aux prévisions des phénomènes météorologiques et hydrologiques dangereux, en fonction du lieu et du secteur d'activité concerné, des informations sur leur impact probable et les mesures pour l'atténuer. "En Libye, cela signifie qu'il faut prendre en compte le déclin à long terme des chutes de pluie moyennes et, en même temps, l'augmentation des chutes de pluie intenses comme cette forte pluie actuelle. Une perspective difficile, surtout pour un pays en proie à des crises", concluent les chercheurs.
"Cette catastrophe dévastatrice montre que les événements de chaleur extrême alimentés par le changement climatique se combinent avec les facteurs humains pour créer des impacts encore plus importants, car davantage de personnes, de biens et d'infrastructures sont exposés et vulnérables aux risques d'inondations, a ajouté Julie Arrighi, directrice du Centre climatique de la Croix-Rouge. Cependant, il existe des solutions pratiques qui peuvent nous aider à empêcher ces catastrophes de devenir routinières, telles que le renforcement de la gestion des urgences, l'amélioration des prévisions basées sur l'impact et des systèmes d'alerte, et des infrastructures conçues pour le climat futur."