Le port d'un masque FFP2 réduit-il le risque d'infection au Covid-19 à moins de 1% ?
Selon Jean-Luc Mélenchon, l'usage obligatoire de masques FFP2 réduirait drastiquement le risque de contamination au Covid-19 lors de ses meetings politiques. Bien que plus protecteur, ce masque ne peut pour autant constituer la seule mesure sanitaire contre le virus, et son variant Omicron.
- Publié le 04-01-2022 à 14h20
- Mis à jour le 04-01-2022 à 17h08

En pleine campagne pré-électorale, la France fait face à une 5ème vague de Covid-19. Invité sur le plateau de France Inter, ce lundi, Jean-Luc Mélenchon (LFI), candidat à l'élection présidentielle, s'exprimait sur la question délicate des meetings politiques organisés dans l'Hexagone depuis plusieurs semaines, et l'absence de jauge maximale concernant le nombre de participants lors de ses propres interventions publiques.
Au micro des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand, il a notamment affirmé que ses équipes de campagne distribueraient des masques FFP2 lors de ses meetings afin de limiter les contaminations. Solution efficace, selon lui, car ces masques "diminuent en 1 heure de présence (...) le risque de contagion et l'amène en dessous de 1%. Alors que les masques chirurgicaux donnent une contamination beaucoup plus grande dès le premier quart d'heure".
Désormais obligatoires dans certains lieux en Allemagne, en Italie, ou en Grèce, les masques "en bec de canard" ne sont, pour l'heure, pas imposés en France ni en Belgique. À tort ?
Les masques FFP2 offrent bien une plus grande protection
Pour être commercialisés sur le territoire européen, les masques FFP2 ("filtering facepiece" ou "pièce faciale filtrante") doivent filtrer au moins 94% des particules présentes dans l'air, selon la législation de l'UE. Dotés d'un double filtre (vers l'intérieur et l'extérieur), ils permettent de protéger à la fois le porteur et son entourage des aérosols de moins de 0,6 micromètre.
Cette efficacité grimpe-t-elle au-delà de 99% comme l'affirme Jean-Luc Mélenchon ? Ce pourcentage correspond à la conclusion d'un article publié en novembre 2020 dans la revue Science and Technology for the Built Environment. Selon cette étude, l'équivalent américain du masque FFP2, appelé N95, "réduit en moyenne 99% la transmission d'un aérosol respiratoire pendant la toux, la respiration et la parole, contre 59% pour un masque chirurgical et 51% pour un masque en tissu".
Des masques bien portés
Les chercheurs américains ont toutefois travaillé en laboratoire, où le cobaye humain a été remplacé par un simulateur d'aérosol de toux, et aucune indication sur la durée de l'expérience n'a été publiée. "Ces résultats ne fournissent donc pas de preuves quant à une efficacité dans d'autres contextes" avance Niko Speybroeck, professeur en épidémiologie à l'UCLouvain. "Il faut, par exemple, se poser la question de savoir comment le masque est porté".
Des chercheurs de l'Institut Max Planck de Göttingen (Allemagne) ont, de leur côté, mené une étude inédite : comparer l'efficacité des masques FFP2 à celle des masques chirurgicaux dans différentes situations. Parue début décembre 2021, leur conclusion est claire : "les masques FFP2 ne sont vraiment efficaces que s'ils sont collés aussi hermétiquement que possible au visage"."Les masques sont spécialement conçus pour filtrer les aérosols, mais s'ils ne sont pas portés de façon correcte, le résultat final ne sera pas optimal" confirme Niko Speybroeck. Un masque FFP2 mal porté pendant 20 minutes est 30 fois moins efficace que s'il est bien ajusté.
Or, "l'inconfort thermique, la résistance respiratoire, ou la gêne pour communiquer" causés par un FFP2 ont un impact sur la façon dont ces masques sont portés, peut-on lire dans un rapport de l'Institut français de recherche et de sécurité (INRS). Le garder sur une longue durée requiert "une aptitude au port du masque, ce qui n'est pas anodin. Si l'on ne serre pas la barrette nasale, par exemple, autant mettre un masque chirurgical qui sera bien plus confortable" commente Sandrine Chazelet, responsable d'études à l'INRS.
"Même si on le porte en continu et de la bonne manière, le masque FFP2 n'est pas la solution magique contre le Covid-19" indique Steven Van Gucht, responsable des maladies virales au sein de Sciensano, l'institut scientifique de santé publique. "Beaucoup d'infections se passent pendant des moments quand on ne porte pas le masque, en famille entre amis, quand on mange ou boit ensemble. Ce sont des choses que l'on ne peut pas régler avec un masque". Selon le dernier bulletin épidémiologique de Sciensano, une transmission sur cinq a eu lieu au domicile de la personne contaminée.
Quid de l'efficacité du FFP2 face au variant Omicron ?
Selon les premières hypothèses scientifiques, le variant Omicronse propagerait plus vite et survivrait plus longtemps dans l'air que le variant Delta. "Le port du masque serait encore plus utile qu'avant" souligne Niko Speybroeck. Plus protecteur, le FFP2 pourrait dès lors jouer un rôle central pour limiter les infections au variant Omicron. Il n'en demeure pas moins qu'un masque FFP2 est onéreux (environ 5 à 10 fois plus cher qu'un masque chirurgical). Ce qui limite sa généralisation au grand public. Le fournir en priorité aux voyageurs de transport en commun ou aux personnes fragiles, comme le suggérait le porte-parole interfédéral Covid 19, Yves Van Laethem, pourrait constituer une première solution.

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