"Aucun symptôme particulier ne vient prévenir la patiente que sa santé est en danger" : d'où le diagnostic souvent tardif de ce cancer
En termes d'incidence, avec environ 850 nouveaux diagnostics chaque année en Belgique, le cancer de l'ovaire (et des trompes de Fallope) se situe en deuxième position des cancers pelviens, derrière le cancer de l'endomètre (corps de l'utérus).

- Publié le 08-05-2025 à 06h39

"Le cancer de l'ovaire, c'est (le plus souvent) l'histoire de deux petits organes qui se font oublier après la ménopause… et puis brutalement, il est trop tard", explique le Dr Stéphanie Henry, oncologue médicale, Service d'onco-hématologie, radiothérapie et médecine nucléaire, au CHU UCL Namur Site de Sainte Elisabeth. Il est vrai que, par rapport aux cancers du sein, du col ou du corps de l'utérus (endomètre), celui de l'ovaire n'est certes pas le plus "populaire" – si l'on ose dire – des cancers exclusivement féminins (à l'exception du cancer du sein qui touche aussi, dans une bien moindre mesure, les hommes).
Ce manque de connaissance fait que, le plus souvent, le cancer de l'ovaire est diagnostiqué à un stade avancé. Or, on sait qu'un diagnostic précoce augmente toujours les chances de guérison. D'où l'intérêt de la campagne de sensibilisation, "HER talk today, HER hope tomorrow" lancée ce jeudi, dans le cadre de la Journée mondiale du cancer de l'ovaire, par Esperanza, un groupe de soutien pour les femmes avec et/ou après un cancer gynécologique en Wallonie et le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca.
En termes d'incidence, avec environ 850 nouveaux diagnostics chaque année en Belgique, le cancer de l'ovaire (et des trompes de Fallope) se situe en deuxième position des cancers pelviens, derrière le cancer de l'endomètre (corps de l'utérus, 1 385 nouveaux cas par an) et devant le cancer du col de l'utérus (640), suivi du cancer de la vulve (250). "Ce dernier est beaucoup plus rare alors que le cancer du col de l'utérus est en diminution suite au dépistage (frottis) et à la vaccination contre le papillomavirus (HPV)", explique le Pr Christine Gennigens, oncologue médicale au CHU de Liège, spécialisée dans les tumeurs gynécologiques pelviennes.

Pourquoi est-il important et nécessaire de sensibiliser au cancer de l'ovaire ?
Le cancer de l'ovaire est très souvent détecté tardivement et il n'y a pas de dépistage qui a prouvé être efficace, comme c'est le cas pour le cancer du col de l'utérus avec le frottis. Les nombreuses études, notamment britanniques, qui ont été réalisées sur des milliers de patientes, n'ont pas démontré un impact du dépistage sur la survie de celles-ci. Aucun symptôme particulier ne vient prévenir la patiente que sa santé est en danger. La maladie reste très longtemps asymptomatique avant de se "déclarer". Les symptômes de ce cancer sont donc relativement frustres, dans le sens où les manifestations de la maladie sont atténuées, les symptômes ne sont pas nets. Ce qui explique que, dans 75 % des cas, le cancer de l'ovaire est diagnostiqué à un stade 3 ou 4. Et plus le stade est élevé, moins bon est forcément le pronostic. Diagnostiqué à un stade précoce, ce qui est le cas pour 15 %, la survie à 5 ans est supérieure à 90 %, contre 30 % aux stades 3 et 4.
Quels sont justement les principaux symptômes qui doivent alerter ?
Souvent, quand on reprend les histoires des patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire, on s'aperçoit qu'elles ont eu un peu plus de constipation, ou de diarrhée, l'impression d'être barbouillée, des ballonnements, voire des douleurs dans le bas-ventre, une perte d'appétit, des soucis pour digérer… Bref, globalement un inconfort abdominal ou des troubles du transit qui n'ont rien de bien inquiétant de prime abord. Et cela n'aide pas à la détection de la maladie. À un stade plus avancé, l'augmentation du volume du périmètre abdominal et de l'essoufflement peuvent apparaître. Très fréquents dans les cancers de l'utérus, les saignements sont beaucoup plus rares pour l'ovaire, de même que les pertes vaginales.
Existe-t-il différents types de cancers de l'ovaire ?
Oui, mais dans la majorité des cas (environ 75 %) des cancers de l'ovaire et des trompes de Fallope, il s'agit de carcinomes séreux de haut grade, le reste étant des sous-types plus rares. De 10 à 15 % de ces tumeurs sont liées à une hérédité et à la mutation du gène BRCA 1 ou 2, la majorité étant des cancers sporadiques, dans le sens "la faute à pas de chance"…
Que peut-on dès lors dire des facteurs de risque ?
En plus de l'hérédité, pour laquelle une prévention "individualisée" est discutée avec le retrait des ovaires et des trompes vers l'âge de 40 ans, il peut y avoir également les histoires familiales, parfois sans qu'il y ait de mutation génétique. L'âge est aussi un facteur, sachant que la médiane d'apparition tourne autour de 65 ans. On sait que la pilule contraceptive prise au long cours diminue par contre le risque de cancer de l'ovaire. Dans ce sens, cette contraception s'avère un facteur plutôt protecteur. Pourquoi ? Parce que pendant ces périodes sous contraception, il n'y a pas d'ovulation, ce qui est le cas aussi lors de l'allaitement et de grossesses.

Quels sont les récents progrès réalisés dans les traitements ?
Pour le cancer de l'ovaire qui vient d'être diagnostiqué, c'est-à-dire en première ligne, outre la chirurgie et la chimiothérapie complémentaire, on donne à présent des traitements dits de "maintenance" qui sont basés et décidés sur différents paramètres, comme bien sûr l'état du patient, ses comorbidités, mais essentiellement aussi sur des données moléculaires et génétiques, à la fois du tissu qui a été prélevé et du sang. Ces thérapies "ciblées" (appelées inhibiteurs de PARP) adaptées aux profils moléculaires individuels ont révolutionné la prise en charge des 10 à 15 % de patientes présentant ces mutations génétiques mais également de celles présentant des caractéristiques moléculaires qui se rapprochent des patientes présentant une mutation. Il faut donc des traitements personnalisés (décidés de manière multidisciplinaire) mais également centralisés dans des hôpitaux de référence pour assurer une prise en charge optimale. Une vision holistique doit également être la règle.