Quel est le juste prix pour reconstruire un sein?
Des femmes ayant eu un cancer du sein se sont plaint des suppléments esthétiques demandés pour une reconstruction mammaire. Suite à cela, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé a tenté d'établir des honoraires raisonnables. Un exercice qui a ses limites.
- Publié le 25-09-2015 à 13h51
- Mis à jour le 25-09-2015 à 13h53
Quels honoraires seraient raisonnables pour une reconstruction du sein après cancer ? C'est à cette question que le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a tenté de répondre, suite aux plaintes de patientes, estimant excessifs les "suppléments esthétiques" liés à ces interventions (surtout les reconstructions par tissus autologues), en théorie couvertes par l'assurance-maladie.
Le contexte Parmi les femmes qui ont été opérées d'un cancer du sein, entre 14 et 20 % font le choix d'une chirurgie reconstructrice. Les deux grandes approches de reconstruction, par implant et par tissus autologues (voir notre infographie), peuvent se faire de façon immédiate (un seul temps opératoire pour l'ablation de la tumeur et la reconstruction) ou différée (par exemple, après la fin des traitements de chimio et/ou radiothérapie). Ces interventions étant vues comme une atteinte profonde à l'intégrité corporelle, la chirurgie reconstructrice est considérée, en Belgique, comme faisant partie du traitement du cancer. En conséquence, elle est remboursée par l'assurance-maladie (Inami). En revanche, certains chirurgiens plasticiens demandent des "suppléments esthétiques" parfois considérables.
Les arguments des médecins Les techniques dites "autologues" - qui consistent à reconstruire le sein à l'aide de peau, de muscle et/ou tissu adipeux prélevés sur la patiente elle-même - sont des opérations longues et minutieuses; elles exigent du praticien beaucoup d'adresse et d'expérience ainsi que, pour certaines d'entre elles, une expertise spécifique en microchirurgie. Les chirurgiens plasticiens justifient les suppléments par le fait que l'honoraire prévu par l'Inami pour ce type d'interventions est jugé trop bas par rapport à leur complexité.
La méthode de calcul du KCE Comment le KCE a-t-il procédé pour arriver à une estimation chiffrée des honoraires qui seraient justifiables ? Il s'est basé sur une méthode qui consiste à mesurer très précisément les durées des différentes étapes d'une intervention puis à les multiplier par un tarif horaire pour chacun des intervenants… tout en sachant qu'il n'existe pas de tarif horaire de base qui soit généralement accepté pour la profession médicale. Dix équipes chirurgicales belges ont néanmoins accepté de mesurer durant trois mois les durées des différentes phases opératoires des reconstructions autologues et des interventions secondaires (symétrisation des seins, reconstruction du mamelon) et des éventuelles ré-interventions pour complications.
Les résultats "Les chiffres obtenus montrent d'importantes variations en fonction des scénarios suivis", indique le KCE, précisant que "les chiffres proposés ne peuvent être utilisés que comme solution temporaire, car la véritable réponse à cette question relève d'une réévaluation globale des honoraires médicaux, telle qu'elle a été proposée par le KCE dans son cadre conceptuel pour une réforme du financement des hôpitaux".
Quoiqu'il en soit, d'ici là, il ressort du rapport que, pour les reconstructions par lambeau libre de type DIEP (les plus courantes), les valeurs moyennes vont de minimum 1 125 € (ce qui est inférieur au tarif Inami actuel de 1527 €) à maximum 2 584 €. Ce montant peut encore être augmenté si l'on prend en compte des interventions secondaires éventuelles, comme un lipofilling, une liposuccion, une reconstruction du mamelon, un tatouage de l'aréole, ou encore une correction de cicatrice.

"La reconstruction, c'est le cadeau que je m'offre"
Le cri du cœur : "Depuis ma reconstruction, j'ai retrouvé mon corps, ma féminité. J'ai un sentiment de liberté, d'optimisme." Il faut dire que le parcours de Véronique, aujourd'hui âgée de 53 ans, fut particulièrement douloureux et éprouvant. A 45 ans, cette femme active, maman de deux enfants, apprend brutalement qu'elle a plusieurs tumeurs dans les deux seins. S'ensuivent une mastectomie bilatérale, des traitements de chimio et de radiothérapie. La reconstruction est prévue cinq ans plus tard. Une semaine avant la date, on lui annonce la présence de métastases dans le foie. Nouvelle et lourde opération.
L'an dernier, un de ses médecins l'encourage à faire une reconstruction mammaire. "Pour moi, cela voulait dire que je ne quitterais pas ce monde tout de suite, nous confie Véronique. J'allais passer du curatif à l'esthétique. C'était une démarche positive. Moi qui étais tout le temps dans une dynamique de combat, je voyais, dans cette reconstruction, s'ouvrir un nouveau chapitre de ma vie."
Je n'ai pas trouvé le coût du lipofilling excessif
Véronique sait ce qu'elle veut… et ce qu'elle ne veut surtout pas. En l'occurrence une reconstruction par tissus autologues. "On m'a proposé de prendre des muscles dans mon dos; j'ai refusé. J'avais déjà assez de cicatrices. Je ne voulais pas d'implants; je n'aimais pas l'idée de corps étrangers. J'ai préféré le lipofilling, qui consiste à prélever des graisses dans le ventre, par exemple, et à les ré-injecter ainsi que du sérum physiologique."
Un excellent choix, en ce qui la concerne, tant au niveau du confort de l'intervention, plutôt douce, que des résultats obtenus et des honoraires médicaux. "Je n'ai absolument pas trouvé le coût excessif. J'ai payé ce que j'estime avoir eu à payer. C'est un cadeau que je me suis offert très volontiers."
Aujourd'hui en rémission complète, malgré de grandes angoisses qui subsistent, Véronique revit, sourit, se réjouit… Sa reconstruction de la poitrine n'y est pas étrangère. "Il ne s'agit pas que d'une reconstruction physique, c'est une reconstruction au sens large. On ne s'imagine pas ce que c'est que de vivre avec tous ces stigmates de la maladie sur le corps. Il faut oublier les robes et chemisiers avec de grands décolletés. Beaucoup de vêtements m'étaient interdits. Avant, j'attendais l'hiver et les cols roulés. Maintenant, j'attends le printemps et l'été pour savourer le plaisir de m'habiller comme il me plaît."