Une hausse du niveau marin de trois mètres à la Côte belge, "il faut savoir que c'est une possibilité"
La hausse du niveau des océans s'accélère depuis les années 1990. Un processus qui est lié à la fonte des calottes polaires, qui s'accélère, elle aussi. De nombreux pays se préparent, dont la Belgique.

- Publié le 17-11-2024 à 13h32
- Mis à jour le 17-11-2024 à 13h35

Si beaucoup de scientifiques pensent que la hausse des températures est en train de prendre de la vitesse, il ne fait pas de doute que la hausse du niveau des mers s'accélère, elle aussi. "On observe exactement les mêmes tendances que pour la hausse des températures sur le niveau des océans. On mesure celui-ci de manière très précise depuis le début des satellites asymétriques, les instruments mesurant les hauteurs d'eau, affirme Estelle Obligis, responsable des applications marines d'Eumetsat, organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques. Dans les années 1990, la hausse était plutôt autour de 2 mm par an et aujourd'hui, elle tourne plutôt autour de 4 ou 5 mm par an. C'est une accélération qu'on voit à peu près partout. L'augmentation des niveaux de la mer est liée principalement à deux phénomènes. Le premier est l'expansion thermique : plus l'océan est chaud, plus il a de volume et plus le niveau de l'eau est élevé. C'est un impact très important. Le deuxième impact est encore plus significatif, il s'agit de la fonte des glaces au niveau des pôles. Le réchauffement climatique induit directement une augmentation du niveau de l'eau à travers ces deux phénomènes."
Vingt centimètres en plus
Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté de 20 cm. Depuis les années 1990, c'est la fonte des glaciers qui domine la hausse. Comme cette fonte s'accélère, la hausse du niveau des océans s'accélère également. En Belgique, "l'élévation du niveau de la mer sur la Côte belge suit la tendance mondiale", selon les autorités flamandes. En sept décennies, le niveau de la mer s'est élevé de 16 cm. Et "une accélération est en cours". Les valeurs mesurées sur la Côte belge montrent que le niveau moyen annuel de la mer en 2022 est sensiblement plus élevé qu'au début des mesures. À Ostende, le niveau de la mer a augmenté de 162 mm entre 1951 et 2022. Avec près de 6 mm par an, le taux d'élévation y est actuellement le plus élevé depuis le début des mesures.
Dans un scénario du laisser-faire (on ne change rien à nos pratiques), l'élévation du niveau de la mer serait de 80 cm à 1 mètre d'ici à 2100 et de 30 à 60 cm pour 2050, au niveau mondial. Avec quelles conséquences pratiques ? "Par exemple, l'intrusion d'eau salée dans les terres (via les nappes phréatiques ou par submersion), ce qui entraîne des problèmes de cultures, car il est très difficile de faire pousser quelque chose sur un sol qui a subi le passage du sel. Une eau qui devient saumâtre est impropre à la consommation humaine mais est aussi un problème pour l'élevage, l'industrie…, détaille Mélanie Becker, chercheuse au CNRS (La Rochelle). Il y a aussi les inondations permanentes et chroniques. Dans les régions deltaïques comme le Bangladesh, une partie du territoire est déjà grignotée par l'élévation du niveau de la mer. Des endroits ne sont plus accessibles, l'eau recouvre désormais les lieux en permanence. Pour les inondations chroniques, avec un plan d'eau plus élevé, les marées vont déborder de plus en plus. Avec cette élévation du plan d'eau, des tempêtes vont aussi se nourrir et se propager de manière plus importante. Il y a également l'érosion des côtes, liée à ces vagues plus hautes, plus fortes, ces tempêtes…"
À cela s'ajoute le fait qu'en certains endroits du monde, le sol s'affaisse davantage, comme dans le golfe du Mexique ou au Niger, "où il y a eu énormément de pompages d'hydrocarbures", ce qui crée des dépressions du sol.
Un panel de solutions
Au rayon des solutions, certains pays construisent sur la mer comme aux Maldives ou à Dubaï. D'autres misent sur la protection, avec des digues et des enrochements comme aux Pays-Bas et dans le delta du Mississipi où, après l'ouragan Katrina, des milliards de dollars ont été investis dans des défenses en dur. Des pays comme le Vietnam ont déjà pour leur part développé une culture de l'adaptation, avec la construction de maisons sur pilotis ou la surélévation des routes par des ponts. "Une autre pratique est l'atténuation, en rendant des terres à la nature. Des recherches se font sur certains types de végétation qui ralentiraient la propagation des inondations par des différences de rugosité et qui peuvent protéger ce qui est derrière", relève Mélanie Becker. "Il n'y a pas de solution magique, juge encore la chercheuse. Cela dépend vraiment des endroits. Le mieux sera en général de combiner les différentes solutions."
Le scénario extrême
À la Côte belge, le plan "Vision côtière" prévoit de construire des défenses en dur, tels des barrages anti-inondations mais aussi d'utiliser des solutions basées sur la nature comme l'élargissement de dunes. Le plan est déclinable en fonction de différentes élévations. Jusqu'à 3 mètres… En effet, relève Mélanie Becker, "il existe des scénarios extrêmes dans lesquels, par exemple, toutes les calottes polaires fondent beaucoup plus rapidement que ce qu'on avait pu anticiper dans les modèles précédents. On pourrait alors facilement passer à 2 à 3 mètres d'élévation du niveau de la mer d'ici à 2100. Un scénario crédible ? On est vraiment surpris par la rapidité de la fonte observée des calottes depuis les années 1990. Il n'y a pas de doute qu'on assiste actuellement à une accélération de cette fonte. Est-ce que cela va continuer à accélérer ? C'est tout un domaine de recherche. Mais il faut savoir que c'est une possibilité."