Jean Demannez, entre jazz et politique

portrait stéphanie bocart

M es parents, mes grands-parents et mes arrières grands- parents habitaient Saint-Josse-ten-Noode", confie fièrement Jean Demannez. "Et c'est probablement un élément essentiel qui m'a conduit à m'intéresser à la commune".

Très tôt, le petit Jean, né en 1949, côtoie le monde politique. "Mon père était un homme très sérieux, de tendance chrétienne. Mais il était surtout un ami proche d'André Saint-Remy, bourgmestre PSC de Saint-Josse à l'époque", explique-t-il. Il grandit dans une famille de six enfants, "éduqués dans la stricte tradition catholique, un peu coincée" et est inscrit à l'école Saint-Louis.

Jean Demannez perd son papa très jeune, vers 7 ans. "Notre maison était toujours ouverte à tous. Maman était très tolérante, libérale. Quand mon père est décédé, on a dû se débrouiller à six. Ce ne fut pas facile".

"Saint-Louis était borné. Je voulais découvrir d'autres courants." Jean Demannez choisit alors de poursuivre ses études à l'Ecole ouvrière socialiste (EOS), "marquée politiquement", pour devenir assistant social. "Cette formation me permettait de travailler la journée et la nuit, et d'aller au cours le soir. Dès mes 18 ans, j'ai en effet été chauffeur d'ambulance en semaine, et musicien, les nuits de week-end". Car depuis sa plus tendre enfance, Jean Demannez est passionné par la musique.

En 1967, il fonde d'ailleurs son premier groupe, les "Rowdies". "Avoir perdu mon père très jeune et travaillé dans les ambulances constitue une formidable école de la vie et des atouts pour travailler en tant que politique dans une commune comme Saint-Josse", commente en outre le maïeur.

Un tournant : Guy Cudell

C'est alors que Jean Demannez croise la route de Guy Cudell, professeur d'histoire des partis politiques à l'EOS, mais aussi bourgmestre socialiste de Saint-Josse, "une personnalité passionnante qui m'intéressait, vu que mon père le détestait car il avait évincé son ami de toujours, Saint-Remy", note M. Demannez. Guy Cudell lui propose alors de devenir secrétaire des logements sociaux de Saint-Josse. Le premier pas en politique de Jean Demannez est posé.

De fil en aiguille, Jean Demannez entre au Parti socialiste en 1971 et devient échevin en 1976, "bientôt 30 ans de politique", ajoute-t-il en évoquant cette date.

Peu à peu, Jean Demannez s'impose comme le dauphin de Guy Cudell, qui finit par craindre pour sa place de bourgmestre. "Nos relations se sont quelque peu détériorées à la fin de sa carrière. Pourtant, je n'avais aucune prétention au maïorat. Il régnait en maître et fait partie de la dernière génération des grands généraux locaux".

Guy Cudell décède en 1999. En 2000, le PS, en majorité absolue, gagne 1 siège. Jean Demannez est élu bourgmestre. "Ce 8 octobre, notre liste, qui a la majorité absolue, a obtenu un gain de 4 sièges", détaille le maïeur. Et afin d'installer une confortable majorité, la liste du bourgmestre s'est alliée au CDH d'Eric Jassin.

Un amour de jazz

Parallèlement à sa vie politique, Jean Demannez est un féru de musique jazz, "un domaine où il n'y a pas d'autres politiciens et où je peux créer un réseau de relations autre", se réjouit M. Demannez, dont les petits yeux trahissent une longue nuit passée à jouer sur scène.

Membre des "Rowdies" de 1967 aux années 90, il forme par la suite le groupe de jazz-swing les "107 quater", en référence à l'article de la Constitution qui prévoyait la création de la Région bruxelloise. "Le jazz est une passion complémentaire à ma passion politique", affirme le batteur-chanteur du groupe. Et de citer la création de la Jazz station, du Festival de jazz, de l'école Diapason, etc. Car pour lui, "plus une commune est pauvre, plus elle doit investir dans le culturel". "Saint-Josse n'est pas le Bronx. Elle est riche de 153 nationalités différentes et rassemble sur 1 km2 le Botanique, le musée Charlier..."

Y renoncer, s'il le faut

Pour profiter pleinement de cette dévorante passion, M. Demannez se dit même prêt à renoncer à la politique. "Maintenant, on commence à me reconnaître comme bourgmestre quand je joue. Et cela me dérange car il est important d'avoir un environnement d'amitiés déconnecté du politique. De plus, en politique, nous ne sommes que locataires d'une fonction. Tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Il faut donc penser à l'après..."

Enfin, Jean Demannez est aussi président de Vivaqua (ex-Cibe, Compagnie intercommunale bruxelloise des eaux), un poste qui lui offre l'opportunité de voyager.

Mais il n'est pas un adepte des escapades à l'étranger. "A Saint-Josse, il y a tant de cultures différentes, que je peux m'organiser un tour du monde en 24 heures. Cette commune renferme une folle richesse de découvertes".

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