Dans un été très calme, l'Horeca bruxellois attend avec impatience la formation du gouvernement
Le milieu de gamme de la restauration se meurt à Bruxelles. La fédération de l'Horeca bruxellois appelle de ses vœux un gouvernement bruxellois qui pourra lui donner de l'air.
- Publié le 19-08-2024 à 09h16

"En ce moment, je peux parfois rester assis sans bouger pendant des heures", soupire Hakim (prénom d'emprunt) aux environs de minuit, au volant de son taxi stationné devant la gare du Midi. Ses seules courses de la nuit consistent à ramener ceux qui reviennent des Jeux Olympiques de Paris en train dans leurs pénates. Le mois d'août est si calme pour le taximan qu'il a même pris une licence LVC en complément de son taxi vert, quitte à rouler presque gratis.
Ce calme olympien, sans mauvais jeu de mots, témoigne-t-il d'une Bruxelles désertée par les touristes ? "Oui, assume le président de la Fédération de l'Horeca bruxellois, Mathieu Léonard. À partir du cinq août, Bruxelles est déserte. Mais ce n'est pas nouveau." Seulement, cette année, le printemps également a posé un lapin à la capitale, lui laissant une météo pourrie qui a coûté parfois jusqu'à 65 % de chiffre d'affaires pour certains bars et cafés, un peu moins pour les restaurants qui ont pu travailler en salle. Les JO n'auront quasiment aucun impact sur le secteur à Bruxelles, à l'inverse de Tommorowland. L'inquiétude est là, elle se lit dans les yeux des restaurateurs impuissants qui scrutent les stratus en craignant de devoir à nouveau fermer la terrasse. Au mois de juin, 208 établissements Horeca ont mis la clé sous la porte dans le pays, un record.
Un empire du fast-food
"C'est la gamme du milieu qui s'éteint petit à petit, déplore Mathieu Léonard. Alors qu'elle représente 80 % de l'emploi, on parle de restos familiaux qui ont entre 0 et 15 équivalents temps plein. Des entreprises pas assez grandes pour faire de l'économie d'échelle, où le patron n'est pas un investisseur mais un mec qui turbine. Et tout cela provoque d'ailleurs aussi un sérieux déséquilibre au niveau de la santé mentale avec des mecs qui adorent leur métier mais qui ne savent plus pourquoi ils se lèvent." Avec un risque, celui de voir Bruxelles se transformer en empire du fast-food dans lequel seuls quelques restaurants réservés aux nantis subsisteront.
La Fédération de l'Horeca bruxellois a bien saisi l'enjeu du moment, et n'a pas manqué de le glisser sur la table lorsqu'il a rencontré l'équipe chargée de rédiger l'accord du futur gouvernement bruxellois. "C'est d'ailleurs lui qui détient le sésame." Plusieurs ingrédients sont sur la table, tels que le fameux shift fiscal, le saut d'index que Mathieu Léonard ne voit pas comme une solution miracle et la fusion de la TVA qui ramèneraient la taxe sur les boissons alcoolisées à 9 %. "Sur cette mesure, à court terme, on va récupérer des sous, mise Mathieu Léonard. Et on n'augmentera plus nos prix. Mais sur le long terme, ça ne tiendra pas. Le problème structurel, c'est l'emploi. Il faut que le salaire net des équipes augmente."