On pouvait s'y attendre, la pipe est omniprésente dans les manifestations du centième anniversaire de la naissance de Georges Simenon.

On a déjà pu admirer les superbes pipes-poubelles réunies sur la place Saint-Lambert réalisées grâce aux compétences conjuguées du ministre de l'Environnement, Michel Foret et de celles des artistes du Centre d'Art Contemporain La Châtaigneraie, dirigée par Marie-Hélène Joiret.

La semaine dernière, c'est le député permanent, Paul-Émile Mottard qui ouvrait, au Musée de la Vie Wallonne, une exposition sur le thème : "La pipe fait un tabac ". Le Pipe-Club de Liège : "Le Perron" et la Confrérie de Jean Nicot se sont associés au Musée de la Vie Wallonne pour exposer des pipes venues de différents musées de Belgique.

Autre manifestation : le championnat de Belgique 2003 des fumeurs de pipes qui s'est déroulé dans les salons de la Société Littéraire.

Autant d'événements qui m'ont amenée à choisir dans les billets de Georges Sim à la Gazette de Liége, celui du 31 mars 1922 consacré au dilemme des fumeurs de pipes confrontés aux nouveaux modèles qui inondent régulièrement le marché:

"Combien se lamenteraient les amateurs de vins fameux, ceux qui reconnaissent les crus et les dates comme on reconnaît un ami et comme on détermine son âge avec une quasi-exactitude, combien gémiraient ceux-là, ou plutôt combien frémiraient-ils d'indignation si le commerce ne respectait pas l'austérité hautaine de l'objet de leur passion ?

Je veux dire que tous ceux qui aiment le Bourgogne seraient bien marris de voir, par exemple, le modèle des bouteilles varier chaque saison comme varie selon la mode l'ajustement du beau sexe.

Ils ne supporteraient pas, je gage, que la fantaisie se mêlât des flacons poudreux, comme elle s'ingénie à orner les carafes à liqueurs.

Bref, le vin demeure à l'abri des modes parce que le simple appareil dans lequel il se présente constitue en quelque sorte son titre de noblesse.

L'ingérence de la spéculation, du goût du jour dans un domaine jusque-là respecté, telle est cependant la calamité dont souffrent les fumeurs de pipes, aussi respectables certes, que les amateurs de vins. Chaque année, chaque six mois, chaque semestre, quelque fabricant lance sur le marché un nouveau modèle de pipe, plus ou moins original, plus ou moins pratique et savoureux.

Aussitôt, l'imitation s'en mêle; la concurrence surenchérit en originalité, et voilà les boutiques inondées, l'an dernier, de pipes-torpilles; cette année de pipes en bruyère calcinée.

Quand tous les petits jeunes gens, jouant leur universitaire, tous les élégants et les snobs sont munis des engins nouveaux, une innovation arrive à point, pour démoder les brûle-gueules d'hier et faire peu à peu fureur.

Chacun affirme, comme de juste, que le dernier cri est en même temps le nec le plus ultra, le fin du fin, le superlativement délectable.

Et les grincheux eux-mêmes qui ronchonnent contre l'intrusion de la mode en semblable matière, sacrifient au modèle nouveau, enviant, sans vouloir l'imiter, le mendigot qui passe, une pipe en terre plantée dans la barbe.»

Georges Sim

"La pipe fait un tabac " au Musée de la Vie Wallonne, du 17 mai au 17 août.

© La Libre Belgique 2003