Dans les coulisses d'un match sous haute tension : "Lukaku et De Bruyne apprécient ce que j'ai fait"
Chaque week-end, c'est sur les pelouses de Pro League que les projecteurs sont braqués. En coulisses, pourtant, un autre match se joue, tout aussi important. Le temps d'une rencontre, La Libre s'est plongée au coeur du stade Maurice Dufrasne, pour vous raconter l'envers du décor.
- Publié le 10-05-2026 à 11h59
- Mis à jour le 25-05-2026 à 18h03

En cette fin de semaine, le soleil brille en bord de Meuse. Une météo douce, parfaite pour lancer le week-end, ainsi que le rendez-vous qui attend la cité ardente. Ce soir, le Standard accueille Louvain, dans un match capital de play-off Europe. Si les Rouches veulent confirmer le bon résultat de la semaine passée (0-5 face à l'Antwerp), une victoire est essentielle pour tenter de remporter le seul ticket européen en jeu.
À 18h30, de nombreux groupes de maillots rouges commencent à affluer dans les rues de Sclessin. Tous se dirigent vers l'imposante structure en tôle rouge qui jouxte la Meuse, face aux usines Cockerill, théâtre de l'affrontement de ce soir : le stade Maurice Dufrasne.
Pour le moment, les tribunes de l'enceinte sont encore vides. S'en dégage une atmosphère étrange, silencieuse et calme… Seulement en apparence. Car en coulisses, techniciens, journalistes et stewards s'affairent depuis plusieurs heures, pour que tout soit prêt pour l'ouverture.
Une aventure humaine
Si le match ne commence pas avant un petit moment, l'équipe DAZN, chargée d'assurer les commentaires ainsi que la couverture médiatique de la rencontre, se prépare déjà en salle de presse. Ce vendredi, Jérémy Baise sera épaulé par Frédéric Waseige en tant que consultant, tandis que Max Lohest assurera les interviews en bord de terrain.
"Quand on arrive plus tôt, ce qui est intéressant, c'est de discuter avec les coaches et certains joueurs, pour avoir déjà un peu le ressenti", me décrit le commentateur. "Puis les compositions arrivent, les interviews d'avant match, l'excitation aussi…. Pouvoir faire ce melting-pot tous ensemble, c'est un vrai programme, une aventure humaine, à chaque fois". Un ressenti que valident les deux collègues et qui, sur place, se confirme rapidement. Face à l'imprévisibilité de l'événement, ainsi qu'aux nombreuses variables inconnues, les équipes sont en communication constante, journalistes comme producteurs.
Confiance et sécurité
Vers 19 heures, première vraie animation : les joueurs du Standard arrivent en groupe. Si le stade est encore peu rempli, plusieurs stewards sont pourtant mobilisés pour assurer leur accompagnement et leur sécurité. Militaire de formation, supporter des Rouches depuis toujours, Claude est chargé de la protection de l'effectif. "On veille à ce que tout se passe bien. Quand l'atmosphère est plus chaude, on les raccompagne."
Un rôle essentiel, central au bon déroulement de la soirée, pour une relation forte qui se tisse avec les joueurs, comme en témoignent les sourires, accolades et poignes de main qu'accordent Matthieu Epolo, Lucas Pirard et Ibe Hautekiet au steward, pilier de la famille sportive liégeoise.
Les effectifs désormais dans les vestiaires, les interviews de prématch se succèdent. L'occasion de préfacer la rencontre, mais surtout de lancer les hostilités, pour un programme qui s'annonce chargé. Les rythmes s'accélèrent. "Je fais le lien entre toutes les personnes qui travaillent autour du match. On ne se rend pas compte, mais il y a une trentaine de personnes qui travaillent, entre les ingé-son, les caméramans, la réalisation", énumère le floor manager Laurent Légère. "Plus avec le personnel de chaque club, ainsi que la presse".
Chef d'orchestre de la fourmilière du bord de terrain, Laurent ne tient pas en place. Fortement sollicité, c'est via lui que tout transite, avant, pendant, ainsi qu'après le match. "Lors de la rencontre, je suis derrière le quatrième arbitre. J'annonce les changements pour la personne qui se charge des graphiques".
"En post-match, c'est là que c'est le plus compliqué", confesse-t-il. "C'est un peu tendu car il faut gérer les joueurs, les interviews flash". Le tout, avec des timings serrés pour la télévision, tandis que les joueurs s'arrêtent souvent pour saluer les fans et discuter.

Un moment de gloire
S'il est régulièrement envahi par techniciens, ingénieurs et managers, le bord du terrain reste avant tout le terrain de chasse des photographes, postés comme des sentinelles le long des panneaux publicitaires, objectif à la main. Si la plupart sont là pour le compte de la Pro League ou de DAZN, certains répondent à des demandes plus particulières.
"J'ai été appelé spécialement pour le match de Matthieu Epolo, pour lui faire des photos. Aujourd'hui, je me concentre uniquement sur lui", explique Yvan, photographe privé. Il n'est pas rare que les joueurs fassent appel à des photographes externes, le temps d'un match, parfois plus. L'objectif est clair : des photos du gardien, actuel capitaine du Standard, pour ses réseaux et autres projets personnels.
Pour d'autres, comme Bruno Fahy, c'est avant tout le collectif qui compte. "J'aime bien arriver deux heures avant le match, pour être cool", souligne le photographe, à Sclessin pour Belga en ce vendredi, qui résume son travail en bord de terrain en quelques mots : "Raconter l'histoire du match." Une passion, non sans pression. "Pendant le match, il faut envoyer les photos, toutes les trois ou quatre minutes". Sur mille déclenchements, le photographe ne garde, en général, qu'une soixantaine de photos.
Si l'objectif parle le plus souvent pour eux, certains photographes, comme Bruno Fahy, connaissent pourtant parfois des moments de gloire. En 2014, lors de sa première Coupe du Monde au Brésil, il se retrouve en bord de terrain lors de l'interminable Belgique-USA (victoire des Diables 2-1). Alors que la Belgique retient son souffle, Lukaku et De Bruyne viennent libérer tout un pays avec un but et un assist chacun. S'en suit une célébration entre les deux, qui devient iconique… grâce à la photo de Bruno Fahy. "J'assiste à cette scène de joie, je suis bien placé… C'est un coup de chance", résume humblement l'intéressé.

La chance frappe pourtant une deuxième fois à sa porte, puisqu'en 2024, lors de l'Euro en Allemagne, c'est toujours lui qui immortalise la célébration, aujourd'hui leur signature. "Lukaku et De Bruyne connaissent la photo, ils apprécient ce que j'ai fait. C'est cool !".
Des "spotters" en tribune
Bien que la plupart de l'activité se concentre au bord du terrain, de nombreuses mains discrètes, presque invisibles, peuplent aussi les tribunes, afin d'assurer la sécurité de tous et relayer ce que les caméras ne peuvent pas toujours voir. Dimitri, match delegate à la RBFA, s'assure chaque week-end de l'organisation sécuritaire des matches en Pro League et en Challenger Pro League.
"J'effectue des rondes, j'observe les stewards, les fouilles, les tribunes. Dépendant des incidents, je relate le tout à la fédération. L'idée, c'est justement de pouvoir avoir des oreilles au moment où on arrive dans différents clubs issus de différents régimes linguistiques." Pour l'aider dans cette tâche, le match delegate peut également compter sur des spotters, des policiers en civil, discrètement placés dans les tribunes observées, censés intervenir en cas de besoin.
Une fois révélé, impossible de l'ignorer : le dispositif mis en place, en tribune comme au bord du terrain, pour assurer le bon déroulement de la rencontre, est impressionnant. Du steward au spotter, en passant par le commentateur et les photographes : les rôles se multiplient et se complètent, dans une chorégraphie savamment exécutée, qui se répète inlassablement chaque week-end.
Ce vendredi, les hommes de Vincent Euvrard l'emportent face à Felice Mazzù (2-1), avec un splendide but du Danois Casper Nielsen, à vingt minutes du coup de sifflet final. En post-match, c'est avec son fils de trois ans que le buteur du jour se présente à l'interview… juste après un bref échange avec le coach de l'OHL, son ancien mentor au temps de l'Union.
Une accolade, quelques sourires, en souvenir du bon vieux temps. "Comment as-tu sorti un tel but?", lui demande en rigolant Mazzù, toujours sportif, avant de se diriger à l'interview. Sur le terrain, comme en coulisses, certaines choses ne changent pas.

