Des premières années contrastées pour Preud'homme à Bruges et au Standard
La première saison de Michel Preud'homme dans un club est souvent celle où il impose ses principes pour en récolter les fruits lors de l'exercice suivant.
- Publié le 15-05-2019 à 12h03
- Mis à jour le 15-05-2019 à 12h04

La première saison de Michel Preud'homme dans un club est souvent celle où il impose ses principes pour en récolter les fruits lors de l'exercice suivant. À Bruges, cette première année avait été plus facile que celle qu'il vit au Standard actuellement.
À Bruges, le terreau fut d'emblée favorable pour Michel Preud'homme...
Michel Preud'homme a très vite pu travailler exactement comme il l'entendait. " La mission qu'on a assignée à Michel Preud'homme est claire : il doit refaire du Club Bruges un top club ! "
C'est le défi qu'avait lancé Vincent Mannaert à Michel Preud'homme en lui proposant la succession de Juan Carlos Garrido, limogé à la mi-septembre 2013, dix mois après avoir été engagé.
Le Liégeois venait tout juste d'être libéré par Al Shabab.
Adulé par le public, il a œuvré à Bruges jusqu'en mai 2017 et y a laissé une trace positive indélébile qui a fait dire à son président, Bart Verhaeghe : "Preud'homme s'inscrit dans la lignée des plus grands entraîneurs du Club : il nous a offert une Coupe, un titre, une Supercoupe et nous a hissés en quart de finale de l'Europa League."
On l'a laissé faire
Bénéficiant d'emblée de la confiance totale de ses dirigeants, qui n'ont jamais interféré dans son action progressive, le Liégeois a très vite fait épouser sa philosophie et a imposé ses méthodes de travail exigeantes, auxquelles il n'a jamais dérogé. Il a eu la chance de baigner dans un terreau favorable : "Je connais le style de Bruges et les attentes de son public" , avouait-il à l'époque. "À cet égard, ce dernier n'est pas très différent de celui du Standard : il veut des travailleurs, des joueurs qui mouillent leur maillot et qui vont vers l'avant sans perdre trop de temps derrière. J'ai découvert à Bruges une armée déjà structurée, disciplinée, professionnelle."
Michel Preud'homme est un bâtisseur qui n'a rien d'un météore. Il aime œuvrer dans le long terme. La première année, il a bâti la charpente de son action. À Bruges, les joueurs ont adhéré à ses préceptes, même si, toujours vigilant, il a parfois dû réveiller l'esprit de conquête de certains d'entre eux. "Ce qui nous manquait, c'était la grinta", expliquait Thomas Meunier. "La volonté de faire bloc, défensivement et offensivement. Le Liégeois nous l'a progressivement réinculquée."
Offensif ? Mais oui…
Michel Preud'homme n'a pas agi en despote, même si, intransigeant dans ce domaine, il attendait de ses joueurs la méticulosité, la rigueur et la minutie qu'il s'imposait à lui-même. Il a aussi voulu tout imposer et tout contrôler dans un environnement déjà bien structuré qu'il a encore affermi. Dans cette première année, un peu tronquée, de plein exercice, il n'a pas été confronté à la moindre rébellion, même larvée, de son groupe. L'esprit de fronde n'est pas inscrit dans la mentalité brugeoise. Jamais non plus le Liégeois ne s'est plaint de n'avoir pas pu fignoler le groupe, lui qui est adepte des longues préparations. "Le Club m'avait demandé d'instiller une identité à l'équipe, de lui inculquer des principes aptes à la faire progresser. Mon style a souvent été mal compris parce que, pendant un certain temps, au Standard, on a développé un jeu direct. Mais à Twente, je jouais différemment. À La Gantoise aussi. Je suis un entraîneur offensif. J'aime qu'on joue vers l'avant, ce qui ne veut pas dire jouer long en permanence. Cela signifie se déplacer dans les espaces et faire progresser le ballon en augmentant la vitesse d'exécution de l'équipe."
Travaillant sur le long terme, Michel Preud'homme, qui privilégiait le 4-3-3, n'attendait pas un résultat immédiat. Ses dirigeants non plus. Cette saison-là, le Club a terminé troisième. Les années suivantes, Bruges a recueilli les fruits du travail d'un entraîneur qui, épuisé physiquement et nerveusement en mai 2017, avait avoué : "Si j'avais eu dix ans de moins, je n'aurais pas quitté le Club…"

Au Standard, il faudra encore du temps pour être stable
La méthode Preud'homme a parfois eu du mal à passer avec le groupe actuel.
En extirpant Michel Preud'homme de son année sabbatique, Bruno Venanzi caressait le même doux rêve que Bart Verhaege, six ans avant lui : ramener le titre à Sclessin. Après une saison tumultueuse, bien que réussie avec un titre de vice-champion et une Coupe dans l'escarcelle, le président liégeois voulait apporter une touche de stabilité à un club qui venait de compter six coachs en l'espace de trois saisons. "Si j'ai fait appel à Michel, c'est pour le long terme (NdlR : quatre ans) . Je suis convaincu que nous avons la meilleure équipe possible pour poursuivre notre projet" , assurait, tout sourire, le président à l'aube de cette campagne qui doit, puisque c'est l'objectif avoué, mener le Standard sur le podium.
Rapidement, Preud'homme impose son style, ses préceptes de jeu mais aussi son équipe. Très vite confronté aux résultats de son prédécesseur, Ricardo Sa Pinto, MPH annonce la couleur : "On ne veut pas faire un one shot, on veut stabiliser le club au top. Jetez un œil aux résultats de Bruges ces dernières saisons."
À Sclessin, on se remet à rêver à la faveur du retour de celui qui, dix ans plus tôt, chassait 25 ans de frustration. Mais la réalité de 2018 n'est pas celle de 2008. Les temps ont changé et les mentalités aussi. Les méthodes de MPH, elles, sont intactes bien qu'empreintes d'une touche de modernité. Contrairement à sa période brugeoise, Michel Preud'homme a pu préparer sereinement son retour. Durant de longues semaines, avec son adjoint, il a analysé et décortiqué cette équipe liégeoise tout en dessinant les contours de son futur noyau.
Preud'homme se réjouira même de la levée de l'option du prêt de Mehdi Carcela. "On espère faire la même chose avec Edmilson Junior. À Bruges, Izquierdo voulait partir mais on l'a obligé à rester et, après un gros travail avec lui, il est devenu Soulier d'or."
L'histoire ne repassera pas les plats et Edmilson Junior pliera bagage, direction le Qatar, quelques semaines plus tard.
Quant à Mehdi Carcela, la relation qu'il entretiendra avec le staff liégeois n'aura rien d'un long fleuve tranquille et les deux parties n'accorderont véritablement jamais leurs violons, laissant place à quelques fausses notes tout au long de la saison.
Si à Bruges, la méthode Preud'homme a rapidement été intégrée, à Liège, ce n'est pas aussi simple. Confronté à un groupe qui a forgé ses résultats passés sur son insouciance, sa ferveur et sa grinta, Michel Preud'homme et son côté très analytique se heurte parfois à un mur.
Les joueurs peinent à rentrer dans le moule et certains n'y parviendront pas. Proche de Genk en début de playoffs 1, le Standard s'est effondré après avoir vu les Limbourgeois lui donner une véritable leçon à Sclessin. Depuis, le ressort semble cassé et on évoque davantage l'avenir avec le départ déjà acté de Marin et la venue d'Amallah. Les rumeurs de transfert vont bon train et semblent également pourrir l'ambiance en interne tout comme les nombreuses blessures à répétition qui obligent Preud'homme à jouer les MacGyver pour composer son onze de base.
C'est pourquoi, alors que le club espère encore accrocher la 3e marche du podium, on s'attend aux grandes manœuvres cet été en bord de Meuse. "Chez papa, en Belgique, la 2e saison est toujours la meilleure" , nous assurait Guillian Preud'homme.
Que ce soit au Standard pour son premier passage (titre), à Gand (Coupe) et à Bruges (Coupe), Preud'homme a toujours remporté un titre lors de sa 2e saison. Rendez-vous en mai 2020 ?