"Les gens n'ont pas conscience du risque qu'ils prennent en embarquant dans un taxi pirate"
- Publié le 20-04-2018 à 22h02
- Mis à jour le 20-04-2018 à 22h17

A Liège, les taxis pirates ont fait leur apparition autour de la gare des Guillemins il y a quelques années. Ils pratiquent des prix cassés et racolent les clients ouvertement.
Ils sont excédés, les taximen liégeois. Par la concurrence déloyale des taxis pirates, qui représenterait "un tiers des problèmes que nous rencontrons" mais pas que. Il y a aussi les tarifs légaux pour les courses, fixés par la Région wallonne, que les chauffeurs indépendants jugent beaucoup trop élevés et qui découragent certains clients. "Le taxi, c'est un produit de luxe ici et, en plus, les clients marchandent presque toujours, même pour des courses à six euros", nous dit-on. "Nous avons déjà contacté la Région, fait des réunions pour faire baisser les tarifs mais cela n'a servi à rien. En plus, la Wallonie fait la promotion du covoiturage."
Ceux qui travaillent à la gare de Guillemins se plaignent d'un emplacement "très peu visible et difficile d'accès". La direction à prendre pour trouver le site où les taxis sont stationnés n'est que très peu mentionnée dans la gare; l'emplacement est mal éclairé, bordé en partie d'une allée caillouteuse et quasiment invisible de la sortie de la gare. Selon les chauffeurs, "aucun de la dizaine d'emplacements taxis de la ville ne ressemble à un emplacement".
Racolage dans la gare pendant les grèves Dims et Pino (prénoms d'emprunt) sont taximen à Liège depuis deux ans pour le premier et de longues années pour le second. Ils affirment voir les taxis pirates autour de la gare "de manière quotidienne depuis environ trois ans, voire même depuis la construction de la nouvelle gare (inaugurée en 2009 après neuf ans de travaux, NdlR)". "Ils sont présents toute l'année mais davantage en période des fêtes. Et quand il y a grève des trains : ils racolent carrément les clients dans la gare", signale Pino. Les deux chauffeurs craignent que le phénomène s'aggrave.
"J'en ai chassé un, un jour, de l'emplacement des taxis de la gare. L'été dernier, des chauffeurs racolaient et je me suis fait passer pour un client qui voulait aller à Bruxelles. Puis j'ai dit qui j'étais", ajoute Dims. "Il y a déjà eu des accrochages entre des taximen et des chauffeurs illégaux. Ces derniers ne sont pas à l'aise; ils ne font pas leur loi", expliquent les deux hommes.
Dims n'hésite pas à traquer sur Internet et à dénoncer ceux qui font leur publicité. "J'en ai déjà signalé une dizaine aux gestionnaires de sites mais il faut deux ou trois interpellations avant que les annonces soient retirées."
40 euros par personne pour aller à Bruxelles Les tarifs proposés par les chauffeurs pirates défient toute concurrence : cinq euros pour une course n'importe où à Liège ou 40 euros par personne pour aller à Bruxelles, en chargeant un maximum de clients dans la voiture. "Liège-Bruxelles, au taximètre, c'est 300 euros", précise Pino. "Malheureusement, les gens ne voient que l'économie qu'ils réalisent mais ils n'ont pas conscience du risque qu'ils prennent en embarquant dans une voiture pirate. Ces chauffeurs n'ont pas d'assurance comme la nôtre qui couvre les passagers à 100 % en cas d'accident. Il faut ouvrir les yeux des gens : ne prenez pas ce type de transport !" , lancent nos témoins.
Ils épinglent enfin la difficulté pour la police d'éradiquer le phénomène. "Il y a peu de contrôles ou alors, ils sont déplacés. Les policiers doivent prendre les chauffeurs en flagrant délit et, même s'ils y arrivent, les chauffeurs disent que le client est un copain et le client ne dit pas le contraire."
Le gouvernement wallon fixe un prix maximum
Les taximen indépendants liégeois se plaignent des tarifs élevés pour les courses et affirment que la Région, qui les fixe, ne veut pas les abaisser. Contacté, le cabinet du ministre wallon des Transports, Carlo Di Antonio (CDH), précise ceci. "Le gouvernement wallon fixe bien une limite de prix mais une limite maximale. Il n'est pas question d'imposer des tarifs minimums. Les transporteurs appliquent les prix qui leur conviennent avec donc un plafond à ne pas dépasser. Chaque année, cette limite est réévaluée et ce dans une logique de protection des clients mais aussi de viabilité économique du secteur."