Le parti d'extrême droite "Chez Nous" réalise un carton inattendu sur les réseaux sociaux : voici les raisons de son succès
Le bureau de consultance Gosselin&de Walque a développé un outil numérique, Mozaiiq, qui permet d'évaluer l'impact des politiques sur les réseaux sociaux. "Chez Nous" performe, alors que le résultat du PTB, à l'extrême gauche, est en demi-teinte.

- Publié le 14-03-2024 à 17h55
- Mis à jour le 14-03-2024 à 21h05

L'extrême droite francophone n'est pas morte. Elle a beau avoir disparu des parlements depuis quelques années, elle reste très présente sur les réseaux sociaux (RS). Et avec un réel succès.
Le bureau de consultance en communication Gosselin&de Walque a développé une nouvelle plateforme numérique (payante), baptisée Mozaiiq, permettant d'analyser "le vrai impact des politiques sur les réseaux sociaux". Pour ce faire, l'intelligence artificielle de Mozaiiq ne regarde pas le nombre de fois qu'un message est vu par les gens, mais le nombre de réactions, commentaires et partages.
Près de 30 millions de messages publiés sur les comptes des partis politiques, de leurs mandataires et des institutions publiques ont été passés au crible dans les catégories "politiques" et "actualités générales" ces trois derniers mois (du 11 décembre au 10 mars). Les RS retenus sont Facebook, Instagram, YouTube, X (ex-Twitter) et LinkedIn. Tik Tok devrait être intégré prochainement à l'outil.
L'effet des algorithmes des réseaux sociaux
Qu'en retenir ? Côté francophone, les deux "noms" de personnalités politiques ou partis qui ont eu le plus d'impact sur les RS au cours des trois derniers mois sont ceux du président du PS, Paul Magnette, et de son homologue du MR, Georges-Louis Bouchez, au coude-à-coude. En troisième position, énorme surprise : le parti d'extrême droite francophone Chez Nous.
Ce succès se comprend, d'une part, "par la bulle digitale créée par les algorithmes des réseaux sociaux", selon Loïc Quertenmont, en charge du développement technologique de Mozaiiq. En effet, les algorithmes enferment les gens dans une bulle de pensée qui les confronte à un point de vue unique plutôt qu'à des opinions divergentes et les fait réagir.
D'autre part, le succès de Chez Nous tient à la teneur de ses messages. Les publications exprimant "une indignation ou une opposition", très utilisées par Chez Nous, fonctionnent bien sur les RS, selon les concepteurs de Mozaiiq. De même que celles relayant "une position forte et facilement compréhensible".

Chez Nous a plus d'impact que Défi
Le succès du parti d'extrême droite est inattendu dans la mesure où il est né il y a deux ans et demi à peine, qu'il n'a aucun élu et que les sondages n'ont pas mis en évidence des mouvements laissant penser que l'extrême droite francophone retrouverait des couleurs (il faut dire que Chez Nous n'est pas testé dans les sondages d'opinion).
Mozaiiq a aussi établi un classement de l'impact des partis de manière globale, c'est-à-dire en additionnant les comptes des partis et de leurs mandataires (à l'exclusion des mandataires locaux, sauf les principaux bourgmestres). À ce petit jeu, Chez Nous recule en sixième position, mais cela reste un très bon résultat pour un parti qui ne peut compter que sur les comptes du parti lui-même, voire ceux de son président, Jérôme Munier. Il fait mieux que Défi qui possède pourtant un ministre et une série de députés.
Une idée née à l'époque des Gilets Jaunes
Il est important de souligner que l'influence des publications peut être positive ou négative et n'est pas synonyme d'adhésion. En outre, ces résultats n'ont aucune valeur prédictive quant aux élections du mois de juin. Rien ne dit que Chez Nous parviendra à décrocher des élus. Mais, explique Guillaume de Walque, cofondateur du bureau Gosselin&de Walque, Mozaiiq a pour ambition "de faire remonter des choses qui ne peuvent pas être vues à l'œil nu en raison de la masse des publications sur les réseaux sociaux".
L'idée de la plateforme a émergé à l'époque des "Gilets jaunes", mouvement de contestation populaire né en France fin 2018. "On s'est dit que si les politiques avaient eu un outil tel que celui-là, ils auraient peut-être mieux senti ce qui se passait dans la population", selon Ermeline Gosselin, cofondatrice.
À l'inverse de Chez Nous, l'influence du PTB est plutôt mitigée sur les RS en regard de son poids politique et de l'argent dépensé sur les réseaux. Si ses messages apparaissent autant sur les flux des RS, c'est justement parce que le PTB paie pour cela, mais cela ne signifie pas qu'ils sont percutants. En plus, les mandataires du PTB ont globalement peu d'impact, à l'exception du président Raoul Hedebouw.