La thèse du déblocage des négociations bruxelloises après l'accord sur l'Arizona a du plomb dans l'aile: "Les tensions seront encore plus fortes…"
Les négociations bruxelloises à l'arrêt depuis un mois devaient se décanter après l'accord au fédéral, espéraient certains. Pour David Leisterh (MR), formateur bruxellois, cela pourra avoir l'effet inverse…

- Publié le 29-01-2025 à 06h36

Les négociateurs fédéraux ont entamé cette semaine leur sprint final vers la formation d'un gouvernement fédéral, espéré pour ce 31 janvier.
En cas de succès de l'Arizona, les regards se tourneront rapidement vers la Région bruxelloise, qui restera (avec la commune de Schaerbeek), le dernier point de blocage politique majeur du pays.
Les discussions entre négociateurs, malgré la gravité de la situation budgétaire de la Région, sont pratiquement à l'arrêt depuis la fin décembre, et l'échec de l'appel du pied du MR et des Engagés à Écolo.
"Le MR et le PS ont, à plusieurs moments des discussions bruxelloises, évoqué le fait que tout resterait difficile dans les discussions bruxelloises tant qu'il n'y a pas de gouvernement au fédéral, observe une personnalité politique qui a participé aux négociations bruxelloises. Avec cette idée, en filigrane, que l'attention du sommet des partis politiques serait, après la formation de l'Arizona, de nouveau disponible pour Bruxelles. Et que cela les libérerait de leur peur de fragiliser certains équilibres ultra-fragiles du fédéral."
Les négociateurs bruxellois doivent-ils compter sur l'accord fédéral pour espérer sortir de leur paralysie ?
Le formateur bruxellois, David Leisterh (MR) ne le pense pas. "Les tensions politiques seront encore plus fortes après la formation fédérale : le PS, dans l'opposition, va tirer à boulets rouges sur la N-VA, mais aussi sur Vooruit, le MR et les Engagés. Un climat de confiance deviendra encore plus difficile à créer", confie-t-il à La Libre.
Les dernières notes qui ont fuité dans la presse, et ce qui concerne Bruxelles en particulier, ont en effet déjà donné du grain à moudre au PS.
Ce mardi, Karine Lalieux (PS) s'est ainsi alarmée des discussions en cours sur Beliris (un fonds fédéral finançant des projets à Bruxelles), pour lequel des économies de 50 millions d'euros par an ont été évoquées dans les discussions fédérales.
"Les Engagés et le MR s'effacent face à Bart De Wever et la N-VA, sacrifiant Bruxelles sur l'autel du nationalisme flamand", a dénoncé la ministre socialiste en charge de Beliris, estimant notamment que cette économie rendrait "hypothétique tout développement du métro à Bruxelles".
Ahmed Laaouej sous pression ?
Le refus du PS de négocier avec la N-VA à Bruxelles reste donc entier. Mais les pressions pour qu'il revoit sa position s'accentuent. Après celles de Charles Picqué et de Rachid Madrane, de nouvelles déclarations issues de la galaxie socialiste ont encore accentué la pression sur Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois.
La cheffe de file des socialistes bruxellois Ans Persoons (Vooruit) a ainsi proposé de réunir le PS et la N-VA autour d'un café, tandis que la boss de la FGTB bruxelloise, Florence Lepoivre, a dit dans Le Soir n'avoir "pas de problème fondamental" par rapport à un gouvernement bruxellois avec la N-VA.
Mais le parti reste inflexible. "On ne va pas changer d'opinion, ni la ligne, à cause de petites phrases", tranche un socialiste bruxellois.
Tandis que PS ne veut pas gouverner Bruxelles avec la N-VA (mais bien avec le CD&V), le MR n'envisage pas de la faire sans la N-VA.
C'est qu'à la table fédérale, selon plusieurs sources, la participation à la majorité bruxelloise a déjà été discutée entre Bart De Wever (N-VA), Georges-Louis Bouchez (MR) et d'autres présidents de partis.
Le MR ne trahira pas De Wever
"Pour Bart De Wever, comme futur Premier ministre, c'est important que la N-VA soit représentée dans chaque Région. Trahir le locataire du 16, rue de la Loi et homme fort de la Flandre en lui préférant le CD&V à Bruxelles n'est pas l'option la plus intelligente", estime un libéral.
Reste que si le PS persiste à évoquer cette piste du CD&V, qu'il est le seul à défendre, c'est en grande partie à cause… du CD&V lui-même.
En refusant de dire clairement qu'il ne veut pas monter dans le gouvernement bruxellois (ou qu'il veut y aller), Benjamin Dalle, chef de file du CD&V bruxellois, permet au PS de maintenir le statu quo. Pourquoi dès lors ne pas prendre une position claire et tranchée ?
"C'est aux formateurs de décider quelles initiatives ils envisagent. Je n'ai reçu aucune question de leur part."
"Cette formation prend déjà tellement de temps, à cause des nombreux veto et des déclarations radicales… Je ne veux pas jeter encore plus d'huile sur le feu", s'était justifié Benjamin Dalle, début décembre, dans La Libre. "Ma réponse reste la même aujourd'hui, confirme le député bruxellois ce mardi. C'est aux formateurs de décider quelles initiatives ils envisagent. Je n'ai reçu aucune question de leur part."
L'équation semble insoluble. Certains, pourtant, entrevoient un espoir.
Le PS espère que le CD&V prendra le risque de lâcher la N-VA après la formation de l'Arizona.
"Pour Bart De Wever, avoir un ministre à Bruxelles, c'est l'équivalent d'un échevin à Anvers, et c'est moins important que d'entrer dans la majorité à Gand (NdlR : que la N-VA a échoué à intégrer. Il ne fera pas sauter l'Arizona pour cela", abonde un élu néerlandophone.
Les autres espèrent voir, au moins, la situation se clarifier.
"Une fois l'Arizona sur les rails, le CD&V pourra peut-être s'exprimer plus clairement sur la situation à Bruxelles, sans risquer de s'affaiblir dans la négociation avec Bart De Wever, espère une autre source ayant participé aux négociations bruxelloises. Si le CD&V dit clairement qu'il ne veut pas y aller, cela signifie que la N-VA est incontournable à Bruxelles. Cela forcerait le PS à dire 'On négocie avec la N-VA, ou alors, le gouvernement se fera définitivement sans nous'."
