Le néerlandais obligatoire en Wallonie ? Le gouvernement de la FWB a évacué le débat, en toute discrétion
Les Wallons doivent-ils apprendre une langue nationale avant l'anglais ? Le gouvernement renonce à lancer la discussion avec le terrain.

- Publié le 20-09-2022 à 06h46
- Mis à jour le 29-09-2022 à 12h03

Faut-il imposer une des langues nationales comme première langue moderne étudiée dans les écoles ? Autrement dit, faut-il obliger les petits Wallons à apprendre d'abord le néerlandais ou l'allemand, avant de toucher à l'anglais ? La déclaration de politique communautaire prévoyait en tout cas que la question fasse l'objet d'un vaste débat.
Rappelons d'abord la situation d'aujourd'hui. À Bruxelles, l'apprentissage de la première langue moderne commence en 3e primaire et c'est déjà obligatoirement le néerlandais. C'est le cas également dans les communes wallonnes de la frontière linguistique (Comines-Warneton, Mouscron, Flobecq et Enghien). Ailleurs en Wallonie, ce cours apparaît actuellement en 5e primaire (il débutera en 3e et 4e l'année prochaine), et il porte sur le néerlandais, l'anglais ou l'allemand, au choix des élèves et des écoles. Il y a cinq exceptions : dans les communes de Malmedy, Waimes, Baelen, Plombières et Welkenraedt, la première langue moderne doit être l'allemand ou le néerlandais. Enfin, en Flandre, tous les élèves apprennent d'abord le français, à partir de la 5e primaire (dès la 3e, en option, et même la 1re primaire à Bruxelles).
Autre réalité : pour la première fois, il y a un an, l'anglais est passé devant le néerlandais comme premier choix des élèves du premier degré secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. L'année passée, la préférence pour le néerlandais au début du secondaire dans les écoles wallonnes ne concernait plus que 32 % des élèves.
La Flandre croule sous les offres d'emploi
À quelques jours de la troisième Journée du multilinguisme, le ministre bruxellois de tutelle, Sven Gatz (Open VLD), a rappelé l'importance des langues dans la recherche d'emploi . À Bruxelles, près de 56 % des offres d'emploi réclament la connaissance du néerlandais et du français. La Flandre croule sous les offres d'emploi qui ne trouvent pas preneur. Et au deuxième trimestre 2022, le taux de chômage s'établissait, selon Statbel, à 3,1 % en Flandre, 8,6 % en Wallonie et 12 % à Bruxelles.
Voilà le contexte dans lequel était attendu, en Fédération Wallonie-Bruxelles, le débat sur l'opportunité d'imposer en priorité à l'école l'apprentissage d'une des langues nationales. Pas spécialement une décision, juste une discussion. "Était" , car ce débat n'aura finalement pas lieu. Ainsi en a décidé le gouvernement francophone en toute discrétion.
Interrogée au Parlement, en mai dernier, la ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS), en a expliqué les deux raisons. "Premièrement, le contexte de la pandémie ne se prêtait pas à un tel exercice. Deuxièmement, il nous a semblé qu'un rapport de l'administration serait utile pour éclairer la décision politique." Ce premier rapport a été bouclé. "Nous avons tenu un premier débat sur le sujet, a encore rapporté la ministre. De nombreuses autres questions ont alors immédiatement surgi, méritant des approfondissements."
Le gouvernement a donc demandé un rapport complémentaire à l'administration. Parmi les précisions attendues figurent les effets sur les filières d'immersion linguistique, sur la pénurie d'enseignants ou sur la situation des professeurs de langues.
Par ailleurs, il faut aussi tenir compte de questions d'organisation. "En Wallonie, a aussi rappelé Caroline Désir, certains pouvoirs organisateurs ont fait le choix de développer une offre pédagogique avec une filière d'immersion en anglais. Les équipes éducatives auront besoin de temps, le cas échéant, pour s'organiser."
"En quoi cela empêche-t-il le débat ?"
Au sein du gouvernement, on s'en réfère à la position exprimée il y a quatre mois et passée totalement inaperçue.
Du côté de l'opposition, on s'étonne. "On attend un deuxième rapport, d'accord, mais en quoi cela empêche-t-il le débat ? demande Marie-Martine Schyns (Les Engagés). Cette promesse gouvernementale non tenue montre, selon moi, la réticence du gouvernement à organiser de vrais processus participatifs."