Une seconde âme
Un édito de Francis Van de Woestyne.

- Publié le 20-09-2022 à 06h36
- Mis à jour le 20-09-2022 à 06h47

Dans un bel élan de pragmatisme, d'ouverture, d'exigence, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s'était engagé à ouvrir un débat consacré à l'obligation d'apprendre le néerlandais ou l'allemand comme deuxième langue. Discrètement, ce débat a été reporté. Regrettable.
Il suffit de consulter les offres d'emploi disponibles au nord du pays et à Bruxelles pour se faire une idée du marché. La Flandre recrute massivement dans tous les domaines et ne parvient pas à combler les places vacantes. La maîtrise du néerlandais ou le bilinguisme est évidemment obligatoire pour chaque poste à pourvoir en Flandre. La situation n'est pas la même dans le sud du pays : le chômage reste élevé.
Or les petits Wallons ne sont pas obligés de choisir le néerlandais comme deuxième langue, ils peuvent opter pour l'anglais. Qui domine, d'ailleurs. À Bruxelles, le néerlandais est obligatoirement la deuxième langue. Paradoxe : les Flamands doivent, eux, choisir le français comme deuxième langue.
L'argument des francophones est connu : l'anglais, langue universelle, permet un accès au monde. Il est donc plus utile que le néerlandais. L'anglais est une langue plus aisée à maîtriser. Quand notre esprit est habitué à manier une deuxième langue, le néerlandais en l'occurrence, l'anglais s'y glisse plus facilement. D'autant que beaucoup de jeunes regardent des séries en anglais. Il y a, il est vrai, une différence de sensibilité : les Flamands osent parler une langue étrangère même s'ils la maîtrisent mal. Les Wallons sont plus perfectionnistes. Ou plus timides. Pourtant, il est démontré que les emplois multilingues sont mieux rémunérés : 18 % de plus en moyenne.
Depuis des années, patrons, syndicats et recruteurs supplient les autorités politiques d'encourager l'apprentissage des langues. Mais pour des raisons qui semblent administratives et financières - il faudrait engager des professeurs, revoir le système d'immersion - l'exigence du néerlandais comme deuxième langue a été repoussée. Aux calendes grecques.
Croire que Google Translate remplacera l'apprentissage d'une autre langue est un leurre. Comme l'a dit ce sacré Charlemagne, qui était multilingue : "Connaître une autre langue, c'est posséder une seconde âme."