Qatargate : Marie Arena inculpée pour "organisation criminelle"... mais pas pour corruption et pour blanchiment
Le nom de Marie Arena apparait depuis le début du scandale de corruption présumée au sein du Parlement européen. "On reconnait enfin que je ne suis pas corrompue", explique-t-elle dans un entretien accordé exclusivement à La Libre.

- Publié le 18-01-2025 à 07h01

Si le dossier du Qatargate, scandale de corruption présumé au sein du Parlement européen, s'enlise dans une succession de procédures juridiques, la juge d'instruction Aurélie Dejaiffe (qui quitte ses fonctions dans quelques jours) a pris le temps d'auditionner Marie Arena, ce jeudi 16 janvier.
Le nom de la socialiste belge a été évoqué à de très nombreuses reprises dans cette affaire, sans pour autant qu'elle soit inquiétée par la justice. Marie Arena a été entendue comme suspect à plusieurs reprises début 2024 par la police. Et puis ? Plus rien.
La défense de Marie Arena réclamait pourtant depuis le début de l'enquête que leur cliente soit entendue par le juge d'instruction, et qu'elle puisse avoir accès au dossier. Ce qui sera désormais le cas, puisqu'après son audition, Marie Arena a été inculpée par le juge, mais pas pour corruption ni blanchiment. Elle s'explique exclusivement à La Libre.
"Je ne suis pas inculpée pour corruption. Je ne suis pas inculpée pour blanchiment. Je suis uniquement inculpée parce que je serais membre d'une 'organisation criminelle'. Pendant deux années, j'ai vu mon nom sali et balancé dans la presse avec des accusations évoquant des cadeaux que j'aurais prétendument reçus en échange de faveurs – puisque c'est ça, la corruption – et finalement, la juge n'a rien retenu de tout cela."
Une "inculpation à bas bruit"
"J'ai enfin été entendue. Je ne suis pas inculpée pour corruption. Je ne suis pas inculpée pour blanchiment. Je suis uniquement inculpée parce que je serais membre d'une 'organisation criminelle', entame-t-elle. Pendant deux années, j'ai vu mon nom sali et balancé dans la presse avec des accusations évoquant des cadeaux que j'aurais prétendument reçus en échange de faveurs – puisque c'est ça, la corruption – et finalement, la juge n'a rien retenu de tout cela. Pas de corruption en ce qui me concerne. On m'inculpe pour une pseudo-infraction pour tenter de couvrir deux ans de laisser-aller de la part de la justice, après deux ans de lynchage juridico-médiatique."
Marie Arena semble presque soulagée par la situation. N'est-ce pas paradoxal puisqu'il y a, malgré tout, une inculpation en bout de course ?
"On ne m'a fourni aucune preuve, ni même des indices qui justifient cette inculpation. En réalité, il n'y a rien à me reprocher, pose Marie Arena. La juge d'instruction a acté que je n'étais pas corrompue, que je ne blanchissais pas d'argent dans une affaire où tout tourne autour de cela. En fait, je suis inculpée parce que je connais d'autres personnes qui sont, elles, inculpées pour des faits de corruption. Pour être liée à une organisation criminelle, il faut avoir connaissance d'activités criminelles et je vous jure que c'était totalement impensable pour moi. Il est là, le paradoxe."
Et Michèle Hirsch et Morgan Bonneure, les conseils de Marie Arena, d'ajouter : "C'est une inculpation a minima, à bas bruit. Si notre cliente avait été entendue il y a deux ans, comme nous le réclamions, il n'y aurait probablement pas eu d'inculpation du tout. Aujourd'hui, nous allons enfin prendre connaissance du dossier et nous allons nous battre pour un procès public qui débouchera sur l'acquittement pur et simple de Marie Arena".
"C'est une inculpation a minima, à bas bruit. Si notre cliente avait été entendue il y a deux ans, comme nous le réclamions, il n'y aurait probablement pas eu d'inculpation du tout. Aujourd'hui, nous allons enfin prendre connaissance du dossier et nous allons nous battre pour un procès public qui débouchera sur l'acquittement pur et simple de Marie Arena".
"Non, je n'ai rien reçu"
Pour rappel, le nom de Marie Arena figure dans le dossier du Qatargate depuis le départ. De nombreuses interrogations se posaient quant au fait qu'elle était abondamment citée, sans être ni entendue, ni poursuivie, ni inculpée.
Pourtant, dans des documents que La Libre avait pu consulter, les enquêteurs avaient compilé des extraits de communication entre Antonio Panzeri, cerveau présumé de l'affaire, et Marie Arena. On pouvait notamment lire que "d'après la Sûreté de l'État, Marie Arena semble avoir reçu des autorités qataries une Rolex et un collier".
Quid de ces éléments, interroge-t-on ? "Non, je n'ai reçu ni montre, ni bijou, ni rien du tout, jamais, martèle Marie Arena. Si je ne suis pas inculpée de corruption, ce n'est pas par politesse à mon égard, mais parce que je n'ai rien fait. Les informations fournies par la Sûreté de l'État étaient donc erronées."
Selon Marie Arena et sa défense, les informations qui parviennent au juge d'instruction sont partielles : "La Sûreté de l'État a trié et interprété les informations transmises à la police. Et les enquêteurs ont trié et sélectionné les informations transmises à la juge d'instruction. Dans certains enregistrements, il était question de "elle", et on a considéré, sans preuve, que "elle", c'était Marie Arena".
"Non, je n'ai reçu ni montre, ni bijou, ni rien du tout, jamais. Si je ne suis pas inculpée de corruption, ce n'est pas par politesse à mon égard, mais parce que je n'ai rien fait. Les informations fournies par la Sûreté de l'État étaient donc erronées."
Dans quel intérêt les autorités policières auraient agi ainsi, demande-t-on. "Je ne sais pas, mais je peux vous dire que depuis le début de cette enquête, ma personne a été visée par erreur et mon nom est devenu un trophée", lance Marie Arena. Et d'ajouter : "J'en veux à la justice et je m'interroge sur les fuites organisées à mon égard pendant deux ans".
"Je ne vais pas fuir la justice"
Marie Arena était également citée pour un dossier concernant son fils. Pour rappel, des enquêteurs avaient retrouvé 280 000 euros en liquide dans l'appartement de son fils. Où en est ce dossier, interroge-t-on. "Ceci ne me concerne pas, et je n'ai donc aucune réponse à fournir. Ce que je peux vous dire, c'est que mes empreintes ont été prises lors de mon audition à la police. L'objectif était sans doute de voir si elles apparaissaient quelque part. Ce n'est manifestement pas le cas."
Et de conclure : "Concernant mon inculpation, je ne vais pas fuir la justice, parce que je suis confiante et je n'ai rien à me reprocher. J'espère sincèrement qu'un procès se tiendra. Je ne veux pas qu'on évite un procès à cause de problèmes de procédure, je veux que mon innocence soit reconnue et je ne me gênerai pas pour dénoncer les nombreux dysfonctionnements de l'enquête".
