Témoignage émouvant au procès Falzone : "Ce jour-là, il m'a tout pris"
Pasqualina, la compagne de Frédéric Cicero, apporte un témoignage émouvant devant la cour. Elle a flirté avec la mort avant d'apprendre le décès de son homme. Leur fils, âgé de sept ans, a été sa bouée de secours.
- Publié le 19-05-2026 à 10h48
- Mis à jour le 19-05-2026 à 18h03
La cour d'assises a poursuivi, mardi, l'audition des témoins dans le procès de Paolo et Antonino Falzone, jugés à la suite du drame survenu le 20 mars 2022, rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies. Ce matin-là, une BMW conduite par Paolo Falzone avait percuté à vive allure un cortège carnavalesque occupé au ramassage des gilles. Sept personnes avaient perdu la vie.
À la barre, Pasqualina, compagne de Frédéric Cicero, l'une des victimes décédées, est revenue avec émotion sur cette journée tragique dont elle conserve peu de souvenirs. Pasqualina se souvient s'être levée tôt ce 20 mars 2022 avant de rejoindre le cortège. "Je me rappelle que Salvatore nous avait présenté sa compagne. Il y avait des amis, des parents et des enfants du football", raconte-t-elle. Après avoir pris un café, elle s'était mise en route. "Mon dernier souvenir est d'avoir vu Fred rejoindre sa voiture. Je me suis réveillée une semaine plus tard."
À son réveil, l'absence de Frédéric lui paraît incompréhensible. "Je demandais après lui. Je voyais tout le monde sauf lui. Je pensais qu'il était encore au football. Ma belle-sœur m'a finalement annoncé sa mort. J'étais dans le déni."
Lourdes blessures
Les blessures de Pasqualina sont lourdes : fractures du nez et du pied gauche, lésions cervicales, problèmes de déglutition… "Après trois jours, j'ai compris que Fred n'était plus là. Je pensais aussi à mes patients qui m'attendaient. Je croyais que je ne remarcherais plus jamais. Ce jour-là, il m'a tout pris : mon compagnon, mon travail, mon rôle de femme et mon rôle de mère", a-t-elle déclaré.
Après sa sortie de l'hôpital, l'ancienne infirmière à domicile a été hébergée chez sa sœur, tandis que son fils était pris en charge par la famille. "Mon petit garçon a été ma bouée de secours alors que je voulais mourir", confie-t-elle. Aujourd'hui encore, l'enfant demande quotidiennement après son père et interroge sa mère sur la fierté qu'il aurait ressentie à son égard. Traumatisé, il s'inquiète à chaque sortie de sa maman et espère "que le gouverneur aura prévu des barrières".
Pasqualina évoque également les nombreux moments perdus durant sa semaine de coma, notamment la grossesse de sa sœur. "Quand je me suis réveillée, j'ai choisi d'accepter ce qui m'était arrivé. Mon objectif était de me relever et de reprendre le travail", explique-t-elle, tout en affirmant avoir parfois "l'impression de jouer dans un film qu'elle n'a jamais voulu vivre". Les problèmes de santé se sont compliqués : opération, risque d'amputation d'une jambe après une greffe osseuse, longue période en chaise roulante…
La terrible absence
Et puis, il manquait Fred, son amour, celui qui prenait une très grande place dans sa vie. "Frédéric était quelqu'un d'intelligent, de travailleur, de profondément aimé et apprécié de tous", a-t-elle confié. Passionné de football, il avait d'abord été entraîneur avant de devenir directeur technique et formateur au sein de l'ACFF. Son ambition était de devenir directeur d'école. Frédéric Cicero encadrait près de 300 enfants au club de Manage et travaillait également auprès de centaines d'élèves à Frameries. Son décès a laissé un vide immense. En sa mémoire, un "Challenge Fred Cicero" a été créé pour honorer celui que tous décrivent comme un passionné de football.
Décrit comme "un couteau suisse", habile de ses mains et toujours prêt à aider, Frédéric Cicero était aussi, selon sa compagne, "un bon papa". Bien qu'il n'ait pas eu d'enfant biologique avec elle au départ, il avait élevé les deux enfants de Pasqualina comme les siens. Ensemble, ils avaient eu un garçon, aujourd'hui âgé de sept ans, "l'enfant miracle".
Il était fier de son fils
L'enfant, pas présent cette nuit-là, vit un véritable traumatisme. "C'est compliqué pour notre fils, qui s'est réveillé un matin en apprenant que son papa n'était plus là, tout en vivant dans la peur de perdre sa maman plongée dans le coma", a-t-elle expliqué. Il était très fier de son fils. Ce dernier a émis le souhait de rencontrer plus tard, celui qui lui a pris son papa, pour lui expliquer ce qu'il a sur le cœur. "C'est à moi de le protéger, d'en faire quelqu'un de bien", répond sa maman, impressionnée par l'intelligence de cet enfant.
Les deux aînés ont également traversé une épreuve douloureuse en enterrant leur beau-père sans la présence de leur mère. Aujourd'hui, Pasqualina verse ses larmes devant une pierre tombale. "Pourquoi est-il parti ? Pourquoi pas moi ?". Elle raconte que Mattia Imperiale l'a conduit, alors qu'elle était en chaise roulante, sur la tombe de son papa, de sa tante et de son oncle. Elle en avait besoin.
Si ce drame a souvent été comparé à un attentat, la différence réside dans le fait que toutes les victimes se connaissaient. Il y avait des liens familiaux, amicaux. Aujourd'hui, ils sont tous unis dans la douleur, avec dignité. "Tout ça à cause de quelqu'un qui souhaitait alimenter ses réseaux. Il a réussi, tout le monde parle de lui".
Elle espère que le film va se terminer, avec une fin… correcte. "Je pense pouvoir vous dire, sans choquer personne, que vous êtes un modèle de courage", a déclaré la présidente. Me Mayence, son avocat, est d'accord.
Le témoin demande à Paolo Falzone ce qu'il fait en rentrant chez lui. Paolo Falzone craque, incapable de répondre. En larmes, il dit seulement qu'il admire son courage et qu'il lui présente ses plus sincères excuses.
