Entre politiques divisés et riverains inquiets, le chantier d'Oosterweel à l'arrêt
Lydia Peeters, la ministre des Travaux publics, a décidé de suspendre les travaux en attendant le rapport d'expertise.

- Publié le 30-06-2021 à 18h30
- Mis à jour le 01-07-2021 à 11h03

Ce jeudi, le chantier Oosterweel devait entrer dans une nouvelle phase avec abattage d'arbres et nivellement du sol, "sans contact direct avec la terre polluée", semble-t-il. Coup de théâtre mercredi, lorsque la ministre flamande des Travaux publics Lydia Peeters (Open VLD) arrête provisoirement les travaux de construction de la liaison routière sur les terrains les plus pollués. La ministre a convenu avec le maître d'ouvrage Lantis d'attendre le rapport d'expertise du Earth Resistance Committee. Un premier document est attendu pour le 15 juillet. Cette suspension concerne la seule zone de Zwijndrecht, sur la rive gauche de l'Escaut, où une pollution au PFOS a été découverte aux abords de l'usine 3M. Le chantier prévu pour le tunnel de l'Escaut côté rive gauche ne pourra redémarrer qu'après un feu vert.
Mouvements citoyens
De nombreux riverains à Zwijndrecht sont inquiets : le sous-sol est-il pollué ou non ? Fait-on courir un risque aux habitants aux abords de l'usine chimique 3M qui a produit le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) jusqu'en 2002 ? Cette incertitude avait déjà incité Joachim Coens, le président du CD&V, à proposer de suspendre les travaux en attendant les conclusions des experts.
Depuis plusieurs jours, les mouvements citoyens Ademloos, Ringland et stRaten-generaal ont fourni à la commission d'enquête se penchant sur la contamination au PROS autour de l'usine 3M, une chronologie pour établir quelles informations ils ont reçues à quel moment. Ils ont souligné une nouvelle fois que ce produit chimique n'a presque jamais déclenché l'alarme et que les normes et connaissances scientifiques étaient bien moindres il y a quelques années. Les mouvements citoyens avaient déjà déclaré leur opposition à l'arrêt des travaux du méga projet de liaison Oosterweel, envisagé par certains après la découverte de la pollution. Pour les organisations, le chantier garantirait justement que les sols contaminés disparaissent et soient emballés de manière protectrice alors qu'un assainissement à grande échelle serait presque impossible. Selon elles, l'arrêt des travaux laissera les sols pollués, ce qui ne ferait qu'aggraver le problème. Les mouvements avaient aussi défendu leur rôle dans ce dossier, alors que Manu Claeys, de stRaten-generaal, se trouve au conseil d'administration du maître d'ouvrage de la liaison Oosterweel, Lantis.
L'entreprise américaine 3M affirmait mardi soir prendre au sérieux sa responsabilité envers ses employés, ses clients et la communauté dans laquelle elle opère, via notamment des études de la pollution du sol. La commission parlementaire a entendu mardi soir Rebecca Teeters, vice-présidente de 3M. La responsable soulignait qu'il n'y a à ce stade "aucune preuve que le PFOS soit à l'origine de troubles sanitaires chez l'homme". L'entreprise souligne avoir réalisé une étude de pollution des sols en 2006, qui a débouché sur un projet d'assainissement approuvé en 2009 par l'Ovam, l'agence flamande responsable de la politique des déchets et de l'assainissement des sols.
Quant au bourgmestre de Zwijndrecht André Van de Vyver (Groen), il a réaffirmé qu'il ne souhaite pas que les travaux soient interrompus mais il pose des conditions à la poursuite de ceux-ci. Pour le maïeur, un monitoring est indispensable afin d'éviter tout risque de contamination. La députée Mieke Schauvliege (Groen) demande à Lantis d'être transparent et de faire connaître sans tarder les résultats de leurs investigations.
Calvaire flamand
Quant à Bart De Wever, il estime que l'arrêt des travaux serait néfaste pour l'environnement puisque le chantier en cours implique précisément la dépollution des eaux souterraines. Tom Meeuws, son échevin de l'Environnement (Vooruit) à Anvers, est du même avis. Il estime que les travaux doivent se poursuivre sans être interrompus. "Quand on opère à cœur ouvert, on ne s'arrête pas à mi-chemin", souligne l'échevin socialiste.
Le dossier du PFOS et ses nombreuses retombées médiatiques sont un vrai calvaire pour le gouvernement flamand. Affaibli, le ministre-Président, Jan Jambon, semble avoir du mal à y voir clair. La crédibilité de son équipe est mise à rude épreuve. On a parfois l'image d'un gouvernement qui se soucie plus des enjeux économiques que de la santé des gens. Où est passée la résilience flamande ? Chacun ouvre son parapluie au moment où il faut assumer ses responsabilités.
