Liaison Oosterweel : le "chantier du siècle" émaillé par 20 années de conflits et de blocages
Le bouclage du ring d'Anvers, projet pharaonique, saga écologique, drame humain et gouffre financier.

- Publié le 30-06-2021 à 18h24
- Mis à jour le 01-07-2021 à 06h38

Vingt années de conflits. Hésitations, blocages, redémarrages. Tout cela pour tenter de résoudre les embarras de la circulation sur le ring d'Anvers, deuxième port d'Europe. Mobilité quand tu nous tiens… En 2010, les véhicules perdaient près de 11 000 heures par jour dans les files à Anvers. Neuf ans plus tard, la barre des 20 000 heures a été dépassée, aujourd'hui ce chiffre est encore bien plus élevé. Comment résorber ces embouteillages qui paralysent la Métropole, son ring et son port ? Une solution serait de relier l'autoroute E34 au ring périphérique d'Anvers à hauteur du Sportpaleis à Merksem. Elle comprenait alors la construction d'un tunnel payant sous l'Escaut et d'un viaduc à deux étages supporté par deux piliers rive droite surplombant les docks du port. La liaison tient son nom de l'ancien village d'Oosterweel (autrefois on disait Austruweel), rayé de la carte (en même temps que Oorderen et Wilmarsdonk) lors des grands travaux d'agrandissement du port dans les années soixante.

Baptisé "le chantier du siècle", la facture du projet dépassera certainement les cinq milliards d'euros. Le chantier de l'Oosterweel est aussi un immense laboratoire d'idées où mouvements citoyens et politiques rivalisent de créativité. Une méthode de travail qui prend beaucoup de temps mais dont l'efficacité est prouvée. Elle est inspirée du Poldermodel hollandais qui pourrait faire école pour les futurs travaux du ring de Bruxelles.
Pétition et mobilisation
Il faut faire un bond dans le temps pour comprendre les tenants et aboutissants de ce chantier emblématique. En octobre 2009, le plan du gouvernement flamand est de boucler le ring dans le nord d'Anvers avec un viaduc, appelé "Lange Wapper" en référence à un légendaire géant anversois. Mais certains disent qu'il augmenterait encore le nombre de véhicules sur le ring alors que cela sent déjà la chimie à plein nez aux abords du port d'Anvers et de ses usines pétrochimiques. La situation est bloquée et l'idée d'une pétition émerge à la suite de l'enquête publique. Le 18 octobre 2009, les Anversois sont convoqués à la plus grande consultation populaire organisée en Belgique depuis la Question royale en 1950. Quelque 134 861 personnes répondent à l'appel. Le résultat est clair : 59 % des participants rejettent le Lange Wapper, le projet choisi par les autorités flamandes en 1999. C'est l'impasse. Même si les résultats du référendum ne sont pas contraignants, le gouvernement flamand rejette définitivement le projet de pont.
Conseil d'État
Quatre ans plus tard, le nouveau gouvernement dirigé par Geert Bourgeois (N-VA) opte pour le tracé Bam et la liaison Oosterweel, avec un tunnel cette fois à la place du viaduc. En même temps, la contestation augmente. Deux riverains de Zwijndrecht et une habitante d'Anvers déposent une requête au Conseil d'État contre le plan régional d'aménagement du territoire qui permettrait la construction de ce tunnel d'Oosterweel. Au pied du mur, le gouvernement accepte de lancer une procédure pour trouver un candidat médiateur. Sa mission est de mettre les différents acteurs autour de la table afin de trouver un compromis pour recouvrir le ring anversois. En janvier 2017, le Conseil d'État publie un avis, il n'a pas encore pris de décision sur le fond, mais si l'avis était suivi, l'ensemble du projet Bam serait compromis.
Le 15 mars 2017, au parlement flamand, ministres, bourgmestre, échevins, intendant, représentants des mouvements citoyens signent le Toekomstverbond (Pacte pour l'avenir) du chantier d'Oosterweel. Ce qui était au départ un simple tunnel autoroutier est finalement devenu un plan de mobilité durable basé sur cinq piliers : l'achèvement du ring d'Anvers avec la liaison Oosterweel ; la couverture totale du ring ; un investissement dans les transports publics, les infrastructures pour les marcheurs ou cyclistes afin de limiter les trajets en voiture à 50 % d'ici à 2030 ; la construction d'un axe routier pour le trafic lié au port dans le nord d'Anvers ; et la poursuite du processus de collaboration entre mouvements citoyens, autorités et experts.
En échange d'un budget pour recouvrir le ring, les mouvements citoyens ont accepté la construction de la liaison Oosterweel en version light, avec moins de bandes de circulation et une meilleure intégration dans le tissu urbain que dans le projet initial. Ils ont aussi promis de renoncer à leurs droits dans la procédure devant le Conseil d'État et de n'entamer aucune nouvelle procédure.
Chantier onéreux
D'un point de vue électoral, l'accord de fin 2017 entre mouvements citoyens et politiques tombe à pic pour la N-VA, au pouvoir en Flandre et à Anvers. Le bourgmestre Bart De Wever, qui se présentait aux élections communales de 2018, détenait et revendiquait la solution à un dossier bloqué depuis plus de vingt ans… Les nationalistes ont pu annoncer avoir réussi là où le parti socialiste a toujours échoué. Dans la foulée, le nouveau gouvernement Jambon confirme son engagement dans la poursuite du projet Oosterweel et promet d'atteindre l'équilibre budgétaire d'ici à 2021. Mais les coûts de la liaison Oosterweel (cinq milliards d'euros) sont maintenus hors des objectifs budgétaires.