"Nous sommes les yeux et les oreilles de la Stib"
Plongée au cœur du système de sécurité de la Stib, où 600 hommes et plus de 15 000 caméras veillent, dans le cadre de notre dossier "Dans le secret des lieux".

- Publié le 13-02-2022 à 12h00

Le 14 janvier, presque 20 heures. Une femme est poussée sur les rails d'une station de métro du centre-ville de Bruxelles. Le conducteur freine à quelques centimètres de la victime, le drame est évité de justesse. L'auteur des faits, lui, prend la fuite. Mais il ne faudra que quelques minutes aux forces de l'ordre pour l'appréhender dans une station de métro voisine. Pour cela, la police a pu compter sur la collaboration de la Stib et sur son dispositif de sécurité.
Avec près de 600 personnes qui travaillent dans les différents pôles sécurité et plus de 15 000 caméras en service, le système de sécurité du réseau bruxellois des transports en commun est d'ailleurs l'un des plus étoffés du pays. Du pain bénit pour les polices locales et fédérale, "mais aussi et surtout pour les utilisateurs des métros, trams et bus du réseau, puisque la sécurité de nos clients est fondamentale pour nous", explique Françoise Ledune, porte-parole de la Stib.
Cette dernière nous donne rendez-vous à deux pas du siège central de la Stib, au centre de Bruxelles-ville, dans un lieu fermé au public : le centre de contrôle.
C'est là qu'une poignée d'agents gardent un œil attentif sur les 69 stations et 2 200 arrêts du réseau "stibien", long de près de 650 km.
Un avant et un après attentats
Ils sont là 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Les yeux rivés sur leurs écrans, ils sont prêts à dégainer leur téléphone pour tout signalement. Dans cette grande salle, on retrouve trois services. Un service dédié aux métros, un autre aux trams et un troisième aux bus. Avec les images en temps réel qui défilent sur leurs écrans, rien n'échappe aux agents en poste ce matin-là.
Du plus petit incident aux agressions violentes, tout est visible. Au besoin, les agents peuvent solliciter un soutien direct sur le terrain, ou faire appel à la police. "La collaboration avec les services de police est très étroite , explique Mourad Douidi, directeur de la sécurité à la Stib. Nous tenons des réunions de coordination régulièrement, sorte de mise au point qui nous permet de cibler les points à améliorer ou les incidents sur lesquels il faut davantage intervenir. Parallèlement à cela, nous avons des demandes quotidiennes, presque une dizaine par jour, de la part de la police, sans compter les demandes internes. Dans certains cas, nous soumettons, de notre propre initiative, des images aux forces de l'ordre pour une enquête. Par exemple après une agression violente. Mais il arrive également que la police fasse une demande avec un réquisitoire ou sur demande du parquet. Bien évidemment, tout cela est régi selon les règles RGPD. Il n'est pas question de jouer avec les données des utilisateurs, nous ne sommes pas au-dessus des lois."
Le responsable, engagé à la Stib depuis près de 25 ans, a vu la question sécuritaire évoluer au fil des années. Il admet que, depuis les attentats du 22 mars 2016, le sujet a pris une place encore plus considérable. "Outre la collaboration plus accrue avec la police, il y a eu également des changements internes, avec plus de moyens humains et plus d'outils technologiques", poursuit Mourad Douidi.
Françoise Ledune précise ainsi qu'après les attentats la Stib a renforcé ses dispositifs de technoprévention et ses systèmes de détection, que le nombre d'alarmes a augmenté, et qu'il y a eu une accélération du déploiement de caméras supplémentaires avec, depuis 2016, l'ajout de plus de 2 500 appareils en station. Des dispositifs anti-intrusion ont également été ajoutés à l'entrée des tunnels.
Les yeux et les oreilles de la Stib
Sur le terrain, la Stib peut compter sur 324 agents certifiés Vigilis (avec un pouvoir de rétention, notamment en usant des menottes si nécessaire, et l'autorisation de demander un document d'identité) et des agents multimodaux qui n'ont pas de pouvoir de rétention, mais qui circulent sur l'ensemble du réseau pour aiguiller les clients, signaler les problèmes humains ou techniques. "Nous sommes les yeux et les oreilles de la Stib", explique Redouane, agent multimodal.
L'homme discute avec Ali et Bilal, agents certifiés, appelés à la station De Brouckere pour une mission d'intervention à laquelle participent également la police locale et un agent de la brigade canine. "Il s'agit d'une opération assez banale, mais habituellement nous sommes appelés en cas de gros pépins", expliquent les deux hommes.

En l'occurrence, lorsque des bagarres éclatent, qu'une agression violente est signalée ou lorsqu'il y a mort d'homme. "C'est formidable d'être présent pour assurer la sécurité des utilisateurs, mais parfois c'est dur, surtout quand on vous appelle parce que quelqu'un s'est donné la mort. Mais on est là aussi lors de manifestations, après un match de foot, un concert, un festival, pour contenir la foule après une sortie tardive un samedi soir d'été. En fait, un peu comme les transports de la Stib, on est présents pour tous les événements de la vie", poursuivent-ils en souriant.
Plus de 900 agressions en 2021
À quelques mètres, des collègues contrôlent les titres de transport des passagers. Les usagers qui tentent subtilement d'éviter le contrôle sont rattrapés par la police, qui veille également. "Quand les gens nous aperçoivent, c'est rare qu'un sourire soit partagé, il nous arrive même d'être insultés", explique l'un des contrôleurs. En 2021, les agents ont subi 763 cas d'agressions, dont 111 physiques et 652 verbales. Les usagers de la Stib sont également ciblés par des attaques, 982 dont 698 physiques et 284 verbales.

Avec des stations plus compliquées que d'autres ? "Là où il y a beaucoup de trafic, il y a toujours plus de complications. Il y a d'ailleurs des agents placés en permanence dans certaines stations. Mais nous ne pouvons pas dire lesquelles précisément. Depuis les attentats de 2016, la vigilance est de mise. Nous ne pouvons pas communiquer tous les détails de notre dispositif, mais c'est pour le bien de tous", sourit Mourad Douidi, avant de s'en aller avec ses collègues.
La radio crépite. Elle émet un appel d'urgence pour un incident quelque part près de la station Louise. Les équipes se mettent en place et filent à toute vitesse. "C'est comme ça tous les jours, et parfois quelques nuits, c'est ça, la vie à Bruxelles", lance Bilal avant de s'éclipser.