Au PS, on ne veut pas effrayer le bourgeois

Les socialistes, réunis en congrès, slaloment entre le PTB et le centrisme. Une analyse de Frédéric Chardon.

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Au PS, on ne veut pas effrayer le bourgeois
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La mécanique Magnette commence à être bien huilée. Ce dimanche encore, lors du congrès de rentrée du PS à Charleroi, même dialectique : le président du premier parti francophone donne un coup de barre à gauche après que les ministres PS à tous les niveaux de pouvoir ont fini de répéter que, s’ils n’étaient pas aux manettes, les formations "de droite" également au pouvoir auraient ratiboisé le secteur public, la Sécu, etc., sur l’autel de l’orthodoxie budgétaire.

Quelles formations "de droite" au juste ? Le PS évite d’être trop spécifique. Il pourrait prendre, par exemple, clairement pour cible le MR ou bien l’Open VLD. Mais à part l’une ou l’autre petite flèche décochée contre les réformateurs, le PS a évité les charges frontales. La prudence est de mise vis-à-vis des alliés du moment au fédéral et qui resteront peut-être des partenaires de majorité dans un prochain gouvernement.

D’ailleurs, hier, le Premier ministre Elio Di Rupo était au premier rang dans la salle, il a écouté les discours sans broncher et surtout sans intervenir personnellement dans la succession de tribuns PS. Difficile d’imaginer une exécution en règle et ad hominem des ministres MR du "numero uno" fédéral devant ce dernier… La fragile coalition fédérale vacillerait bien dangereusement.

Pour en revenir à la stratégie de Paul Magnette, on sent une double logique dans son positionnement politique. D’une part, les socialistes musclent leur discours en vue des élections de 2014 et reviennent aux idéaux de base; au moins dans leur discours, ils dénoncent l’évolution du "libéralo-capitalisme". Exemple : Paul Magnette est d’accord pour que les pouvoirs publics aident les entreprises, mais seulement celles qui renvoient l’ascenseur à la société en créant de l’emploi, en formant les travailleurs, etc. Sur un plan de strict marketing politique, c’est un gage donné à la gauche de l’électorat francophone évidemment : il s’agit de diffuser l’idée que le PS représente toujours la "vraie" gauche, de rassurer le militant PS, de boucher au maximum l’appel d’air créé par le discours anticapitaliste du PTB.

Ne pas effrayer le bon bourgeois

D’autre part, autre élément de la logique actuelle du parti : le PS veut aussi "ratisser" et se mettre dans la poche les classes moyennes au sens large. C’est-à-dire, la majeure partie de l’électorat, le vivier à voix centriste que toutes les formations politiques convoitent… Il ne faut donc pas effrayer le bourgeois : "Si ceux qui demandent qu’on fasse davantage contribuer le capital pour baisser la fiscalité du travail sont des bolcheviques, alors 80 % des Belges sont des bolcheviques", balance le président du PS.

Autrement dit, le message subliminal envoyé ici aux autres partis, du Nord comme du Sud, c’est que les socialistes "collent" à l’opinion générale et restent des modérés. Et sont surtout des gestionnaires avec lesquels il y aura moyen de négocier les prochains accords de gouvernement (au fédéral, à la Communauté, dans les Régions) en 2014.

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