Au jour 4, Benoît Lutgen est toujours seul à table

Au jour 4, Benoît Lutgen est toujours seul à table
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Colleyn Mathieu

Olivier Chastel a été clair à l’issue de la première entrevue avec son homologue CDH : le MR n’est pas encore entré en négociation pour chercher une ou des nouvelle(s) coalition(s) francophone(s). Les libéraux font montre d’une "prudence de Sioux", entend-on dans leurs rangs, alors qu’il ne reste que deux ans de législature et que le CDH "n’est pas le partenaire le plus fiable du monde". Dans les autres partis, on ne voit là qu’une posture, persuadé que CDH et MR avaient, bien avant l’annonce fracassante de Benoît Lutgen, conclu un accord de mariage. Cela ne semble pas être le cas.

Pourtant, une union sera vraisemblablement célébrée en Wallonie d’abord, puisque les deux partenaires peuvent y jouir d’une (courte) majorité. Ce n’est ni le cas en Fédération Wallonie-Bruxelles ni en Région bruxelloise, où l’appoint d’Ecolo ou, surtout, de Défi est nécessaire à une majorité excluant le PS. Ces deux entités attendront.

Le temps est compté

"L’enjeu pour Lutgen maintenant, c’est de mettre les partis autour de la table , résume un libéral. Car une fois qu’on y est, il est difficile de la quitter." Au CDH en effet, on est quasi certain que Défi et son président Olivier Maingain ne pourront indéfiniment fermer la porte au dialogue. Sous peine d’apparaître scotché au PS devenu infréquentable depuis le scandale du Samusocial. Le hic, c’est qu’il ne faut pas traîner. Les institutions sont paralysées par la crise. Mais pour les uns, le temps joue contre Lutgen. Pour les autres, contre Maingain.

Lundi, le bureau du MR a exclu toute alliance avec le PS, confirme-t-on chez Olivier Chastel. Les libéraux ne souhaitent naturellement pas s’associer à un parti laminé par les affaires et, ce faisant, "nourrir un courant macroniste dans la société qui pourrait être récupéré par Défi ou le CDH", analyse un libéral. Une alliance PS-MR ne pourra se faire qu’après une très longue crise…" Du reste, au PS, une alliance avec le MR semble également peu probable compte tenu de la poussée du PTB.

Impardonnable ?

Pour l’heure, les exigences posées par Ecolo et Défi témoignent sans doute d’une faible volonté de convoler avec le MR et le CDH à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles. L’attitude de Benoît Lutgen était jugée "impardonnable" par Olivier Maingain hier sur Twitter. Et Défi de rester sur sa ligne, celle d’une révolution éthique qui doit conduire les PS, MR et CDH à exclure leurs membres impliqués dans les affaires. Visés : Armand De Decker au MR, Joëlle Milquet au CDH, Yvan Mayeur et Pascale Peraita au PS. Et le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, dont le bal du bourgmestre à Evere est l’objet d’une enquête ? "Pas d’exception, assure-t-on à la présidence de Défi. Si les faits sont avérés et qu’on ne parle pas que de bruits." "Nous, on ne parle pas de couper des têtes, mais d’un programme de gouvernance", dit la députée bruxelloise Zoé Genot pour Ecolo.

CDH et MR ont pris acte des revendications des verts. Pas de celles d’Olivier Maingain. Ce jeudi, Benoît Lutgen reçoit Ecolo pour un premier contact. Mais il n’a pas encore entamé de véritable négociation.Mathieu Colleyn