Pourquoi le Vlaams Belang fait de l'indépendance de la Flandre un enjeu électoral de premier plan
Le politologue Bart Maddens estime qu'il faut tenir compte de la possibilité d'un vote massif pour l'extrême-droite. Une paralysie institutionnelle pourrait s'ensuivre.

- Publié le 14-06-2023 à 08h11
- Mis à jour le 14-06-2023 à 10h49

En tête dans les sondages, le parti ultranationaliste Vlaams Belang (VB) a rappelé, en présence des membres du parti réunis en congrès dimanche dernier, que l'indépendance de la Flandre reste une priorité pour le parti. Tom Van Grieken, son président, en avait même fait carrément le sujet phare de la journée montrant bien sa détermination et sa pugnacité. Le boss de l'extrême-droite flamande avait choisi, à un an du scrutin, à rendre publique les détails de son plan visant la mise en œuvre, pas à pas, de l'indépendance de la Flandre. Il a rappelé qu'une alliance avec la N-VA s'avérait indispensable. Tom van Grieken a évoqué une alliance des nationalistes flamands en respectant la spécificité de chaque parti. Il mise sur le Parlement flamand pour l'obtenir. Quel est son plan ? En cas de victoire électorale massive, une déclaration de souveraineté de la Flandre pourrait être votée. Il faudra ensuite négocier avec la Wallonie. Selon le député européen Vlaams Belang Gerolf Annemans, il y aurait un traité de scission, suivi d'une déclaration d'indépendance et d'une Constitution flamande, comme ce fut le cas lors du divorce tchécoslovaque.
Levier pour faire plier les Wallons
Mais l'électeur flamand souhaite-t-il la scission du pays ? La N-VA veut scinder la Belgique en négociant avec le fédéral, le Vlaams Belang estime avoir déjà été très patient. Il veut mettre le turbo pour obtenir une avancée majeure. Sans les francophones s'il le faut. Pour le Belang, la coupe est pleine, il faut agir et le moment est propice. L'eurodéputé VB Gerolf Annemans estime que financièrement, les francophones sont dans de sales draps et qu'ils vivent au crochet de la Flandre. Le Belang croit savoir qu'après les élections du 9 juin 2024, la Wallonie demandera que soit modifiée la loi de financement qui régule les dotations des Régions et des Communautés. Il affirme que la Flandre dispose alors d'un puissant levier pour, enfin, faire plier la Wallonie et entamer des négociations sur la scission de la Belgique. Ce scénario impliquerait que la frontière linguistique se métamorphoserait en frontière nationale et que la Région bruxelloise serait absorbée par la nouvelle entité flamande.
Bart De Wever, le président de la N-VA, se moque du scénario qui consiste à proclamer l'indépendance de la Flandre qu'il a qualifiée, à plusieurs reprises déjà, de "peu sérieux et contre-productif". Alors, comment décoder cette sortie très cartes sur table du parti extrémiste, devenu le premier parti flamand, à en croire les sondages ?
Prise en mains de la souveraineté flamande
Bart Maddens, professeur et politologue à la KU Leuven, rappelle qu'il n'y a rien de vraiment nouveau sous le soleil sauf que la communication du Belang s'avère être aujourd'hui plus explicite. "Le communautaire reste une priorité absolue pour le parti. La droite radicale refuse d'être uniquement étiquetée parti identitaire qui veut limiter le nombre de migrants sur son territoire. Il remet sur la table un sujet qui ne passionne peut-être pas la majorité des Flamands. Sur ce point, le parti fait preuve d'une grande transparence et d'une grande ouverture, je trouve que c'est positif." Le politologue flamand rappelle aussi que l'idée d'une prise en main, sous certaines conditions, de la souveraineté flamande en cas de blocage au fédéral, n'est pas neuve. Il précise qu'elle avait été évoquée une première fois en 2006 par le constitutionnaliste et fédéraliste convaincu Robert Senelle (1918-2013).
Que se passera-t-il en cas de nette victoire du Vlaams Belang au lendemain du 9 juin 2024 ? Un score écrasant de l'extrême-droite pourrait-il enfin pousser Bart De Wever à conclure une alliance avec son puissant rival ? "Si, après le scrutin, un gouvernement Vivaldi II est formé et que N-VA et Vlaams Belang sont les deux gagnants en Flandre, il sera très difficile pour Bart De Wever de ne pas envisager de former une majorité avec la droite radicale avec toutes les conséquences qui s'ensuivent, observe Bart Maddens.
