La nouvelle stratégie du MR bruxellois inquiète certains élus libéraux : "Attention à ne pas céder au communautarisme"
David Leisterh, président du MR bruxellois, déploie sa stratégie dans la capitale : aller chercher de nouveaux électeurs issus de la diversité qui, pour certains, votent pour le PS.

- Publié le 04-11-2023 à 07h00

Le MR se porte bien à Bruxelles, à en croire les sondages.
La liste bruxelloise pour le fédéral, qu'emmènera Sophie Wilmès, sera très solide.
La liste régionale, a priori dévolue à David Leisterh, ne peut par contre pas compter sur une telle locomotive.
L'actuel président du MR bruxellois, David Leisterh, a donc choisi une autre stratégie que celle de son prédécesseur, Didier Reynders : compenser son manque de notoriété par une présence accrue dans les communes du nord de Bruxelles (Molenbeek, Koekelberg ou Anderlecht). La méthode, assumée, est spécifique au MR bruxellois : recruter des candidats issus de la diversité pour aller chercher de nouveaux électeurs qui, pour certains, votent pour le PS.
Un malaise s'est toutefois installé dans certaines sections locales. Celui-ci s'accroît alors que les listes régionales sont en cours de conception.
Les premiers remous ont en fait vu le jour lorsque Hadja Lahbib, alors étiquetée à gauche, a été préférée à Alexia Bertrand comme ministre des Affaires étrangères.
Certains, sur le terrain local notamment, craignent de connaître le même sort que l'ancienne cheffe de file bruxelloise. Et de se voir préférer en bout de course un candidat d'ouverture issu de la diversité. D'autant plus que, par le passé, ces candidats n'ont pas toujours connu le succès sur les listes libérales…
Le cas de Rachid Azaoum recruté chez les Engagés en février est symptomatique. Cet administrateur à Beci (la voix des entreprises à Bruxelles) et gérant de plusieurs établissements de fast-food est pressenti pour une place éligible sur la liste régionale. Le MR éprouve par contre des difficultés à trouver un point de chute communal à ce Berchemois. Une piste existe à Koekelberg, mais le parachutage déplaît à la section locale. "Des entretiens ont eu lieu. Rachid Azaoum sera le bienvenu sur la liste mais pas à la première place… Il ne faut pas que des arrivées se fassent au détriment de ceux qui ont travaillé pour la liste", tranche Jean-Pierre Cornelissen, chef de file du MR à Koekelberg.
Les communautés marocaines et turques dans le viseur
La séquence a débuté en 2020 lorsque le MR a subtilisé aux Engagés Bertin Mampaka, très populaire au sein de la communauté africaine. Le parti de Georges-Louis Bouchez a ensuite déployé son énergie pour séduire la communauté marocaine, recrutant l'Anderlechtois Amin El Boujdaini en tant que courroie de transmission. C'est dans cette logique que quatre députés MR se sont rendus au Sahara occidental.
Les libéraux visent également la communauté turque. Le MR a ainsi "braqué" le député bruxellois Sadiq Koksal à Défi, qui avait pourtant voté contre l'obligation d'étourdir.
"On peut se poser la question de la fiabilité politique de candidats qui passent d'un parti à l'autre. Le risque de cette ouverture, c'est aussi d'avoir une ligne floue. Sur le conflit au Moyen-Orient, quelle sera la ligne de candidats qui viennent de communautés et de lignes politiques différentes ?", se demande une figure historique du MR.
Le dernier congrès du MR a donné un avant-goût de ces difficultés. Comme l'a révélé la DH, Safa Akyol, bras droit d'Emir Kir, a été photographié à cette occasion aux côtés d'Amin El Boujdaini, et de Rachid Azaoum.
En 2015, cet ex-conseiller à Saint-Josse qui avait quitté le PS alors qu'il était menacé d'exclusion, avait participé à une manifestation contre la reconnaissance du génocide arménien.

"La présence de M. Akyol à notre congrès m'a inquiété. J'espère que les personnes qui arrivent chez nous ont intégré notre position, très claire sur le génocide des Arméniens, de même que sur la neutralité", souligne Viviane Teitelbaum (MR), députée bruxelloise.
La présence de ce nouveau sympathisant, qui ne dispose pas encore de sa carte de parti, a réveillé certaines craintes.
"C'est positif que le MR s'ouvre à différentes personnes. Mais on doit rester vigilants par rapport au fait que les valeurs libérales ne soient pas marchandées, torturées et ne se perdent pas en chemin. On est dans le bon chemin. Mais faisons attention à ne pas céder aux sirènes du communautarisme, avec des adhérents dont on ne connaît pas les motivations ni le parcours", pointe Cédric Pierre-De Permentier, chef de groupe MR au conseil communal de Forest.
"Je suis favorable à ce qu'on valorise les militants libéraux engagés issus de la diversité mais pas à des débauchages tous azimuts sans cohérence idéologique", abonde Gauthier Calomne, chef de file du MR à Ixelles et ancien député fédéral.
"Certains supputent qu'il y a de l'opportunisme, car le MR pourrait être le premier parti bruxellois en 2024. Mais David Leisterh n'est pas dans une logique d'attrape-voix. La stratégie est la bonne", tempère Stéphane Obeid, Premier échevin à Ganshoren.
"Le MR doit tenir compte d'une sociologie qui évolue. Si on ne s'y adapte pas, on va finir à 10 %..."
Malgré certaines réticences, la stratégie de David Leisterh est soutenue par son président Georges-Louis Bouchez, ainsi que, largement, par les députés bruxellois, tels Françoise Schepmans, Vincent De Wolf ou Clémentine Barzin.
"Le MR doit tenir compte d'une sociologie qui évolue. Si on ne s'y adapte pas, on va finir à 10 %…", souligne Gaëtan Van Goidsenhoven, ancien bourgmestre d'Anderlecht.
Ce nouveau positionnement libéral irrite les partis de gauche. Les socialistes restent toutefois confiants.
Le communautarisme du MR bruxellois ?
Les prises de position du MR contre la désignation d'une échevine voilée à Molenbeek, mais aussi le positionnement plutôt pro-Israël laisseront des "traces irréparables", dit-on au PS qui accuse également le MR de dénoncer un prétendu communautarisme de la gauche, tout en adoptant les mêmes pratiques.
La politologue Emilie Van Haute (ULB) réfute le terme. "Au fond, chaque parti cherche à adresser des segments d'électeur. Les partis néerlandophones de Bruxelles aussi visent une communauté."
"Le communautarisme, c'est prendre des positions qui flattent l'une ou l'autre communauté. Ce n'est pas notre cas, se défend David Leisterh. Safa Akyol n'est qu'une des nombreuses personnes qui nous a rejoints. Et ce, malgré le fait que nous n'avons pas changé nos visions sur l'abattage rituel, la neutralité, etc. Et c'est justement ça qui ennuie le PS, Écolo et le PTB. Cela les rend malades qu'on leur prenne des parts de marché dans ce qui était leur chasse gardée. Et malgré tout, au lendemain des élections, si nous perdons, ils seront les premiers à dire que c'est parce qu'on est 'un peu racistes' et qu'on ne parle pas à tout le monde."