Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau, une rivalité qui pourrait plomber la coalition "Arizona"
Le président du MR et le président de Vooruit ont souvent été en opposition ces dernières années. Les socialistes flamands critiquaient le comportement de Georges-Louis Bouchez à l'égard du gouvernement De Croo et de la majorité Vivaldi. Ces tensions pourraient perdurer si le gouvernement De Wever devait voir le jour. Mais, entre le MR et Vooruit, les rôles se sont inversés depuis la dernière législature…

- Publié le 19-08-2024 à 19h25

Si la majorité "Arizona" devait voir le jour, ses pôles politiques sont déjà clairement identifiés : le MR et Vooruit occupent des points opposés parmi les partenaires putatifs de la coalition que Bart De Wever veut ériger. Les convictions des libéraux francophones télescopent celles des socialistes flamands qui ne peuvent plus compter sur l'appui de leur parti frère, le PS.
Le président de Vooruit, Conner Rousseau, comme seul représentant de la gauche à bord de la future majorité fédérale digère mal les accents plus "droitiers" des différentes versions de la "super note" socio-économique de Bart De Wever et réclame des trophées en compensation. Une fiscalité qui s'attaquerait davantage aux contribuables les plus aisés est notamment demandée par Vooruit. Cette attitude des socialistes flamands les isole du reste des négociateurs. Dans le langage de la rue de la Loi, Vooruit a hérité du Valet noir, du Zwarte Piet : la responsabilité de la paralysie actuelle de la formation gouvernementale pèse sur ses épaules.
Des rancœurs vivaldiennes
Conner Rousseau étant dans une situation délicate, Georges-Louis Bouchez ne lui fait d'ailleurs pas de cadeau. On connaît le caractère intraitable du président du MR dans toute négociation mais, avec Vooruit, il a en outre un oignon à peler. Sous le règne de la Vivaldi, c'est le MR qui souvent passait pour le partenaire félon. Conner Rousseau avait pu à plusieurs reprises décocher quelques flèches dans la presse contre le patron des bleus. "Je suis frappé par le fait que quelqu'un de si jeune puisse faire de la politique d'une manière tellement dépassée, avait-il déclaré en 2021 au sujet de "GLB". Torpiller ses partenaires de majorité, torpiller tout le monde… Je trouve que ce gouvernement fait du bon travail. Si à chaque fois, il a des critiques à formuler, il doit se demander s'il veut encore en faire partie."
Désormais, les rôles sont inversés. Georges-Louis Bouchez sent que la formule arizonienne (N-VA, CD&V, Engagés, MR, Vooruit) représente une opportunité historique lui permettant de mettre en œuvre plusieurs chapitres du programme libéral. Il veut que la formation gouvernementale aboutisse et s'astreint avec les journalistes à une grande discrétion sur le contenu des discussions. Il s'autorise même à dénoncer sur les réseaux sociaux certaines fuites dans les médias. D'élément perturbateur du gouvernement De Croo, le patron libéral semble avoir évolué vers la loyauté au projet arizonien et à celui qui le porte actuellement, Bart De Wever. Au contraire, Conner Rousseau se comporte davantage comme un affranchi.
Tensions passées et à venir
Ce renversement des rôles d'une législature à l'autre entre le MR et Vooruit pourrait électriser la vie du futur gouvernement De Wever. Georges-Louis Bouchez reste la bête noire des rouges flamands. Quelques jours après les élections du 9 juin, Melissa Depraetere, alors encore présidente du parti socialiste du nord du pays, avait éperonné le leader libéral. "Georges-Louis Bouchez n'est pas fiable, il serait préférable qu'il devienne ministre-Président de la Wallonie. Ainsi nous serons débarrassés de lui", avait-elle lancé, confirmant des propos similaires tenus par Conner Rousseau (qui, depuis, a récupéré la présidence de Vooruit). Osons une prédiction : les relations entre Vooruit et le MR vont plomber la vie de la majorité "Arizona".
Toutefois, les circonstances sous cette législature ont profondément changé en faveur du MR. Aux dernières élections, Georges-Louis Bouchez a offert une victoire éclatante à son parti. La contestation interne qui l'avait parfois mis en difficulté ces dernières années est désormais aphone. Si, après un kern houleux, Conner Rousseau décidait d'attaquer le président du MR dans les médias, il est à parier que les libéraux ne sourcilleraient pas et resteraient groupés derrière leur chef. Georges-Louis Bouchez ne pourra plus être facilement déstabilisé.
Rousseau en mode mineur
Inversement, Conner Rousseau reste fragile. S'il a récemment obtenu la confiance de la base de Vooruit afin de reprendre la tête de la formation qu'il avait dû quitter, son image progressiste est durablement écornée. Il y a un an, sous l'emprise de l'alcool, il avait proféré des injures racistes contre des Roms et avait invité des policiers à tabasser "toutes ces racailles basanées". Difficile de jouer au directeur de conscience ou au redresseur de torts après de tels propos… À tout moment, en cas de conflit frontal avec le MR, Georges-Louis Bouchez aura beau jeu de lui rappeler le poids de sa faute.
