Bart De Wever a confié une délicate mission au député nationaliste Sander Loones
Le président de la N-VA, nommé formateur par le Roi, a lancé plusieurs groupes de travail afin de permettre la mise en place d'une majorité "Arizona" au fédéral. Parmi les thèmes stratégiques : l'institutionnel. Bart De Wever a choisi une valeur sûre au sein de sa formation pour mener des rencontres qui s'annoncent délicates avec les partenaires potentiels des nationalistes flamands.

- Publié le 19-07-2024 à 06h51

Un peu avant les élections, le député Sander Loones avait été clair : son parti, la N-VA, exigera une nouvelle réforme de l'État en cas de retour au pouvoir au fédéral. Que la future coalition soit de gauche ou de droite, qu'elle intègre le PS ou non. "La N-VA veut une politique de centre-droit mais surtout un rééquilibrage du système institutionnel et le confédéralisme. Une "suédoise bis" sans aucun projet communautaire, c'est impossible pour nous", confiait-il dans un entretien publié dans La Libre, fin mai. Traduction : la mise au frigo des dossiers communautaires qui avait permis, il y a dix ans, l'avènement du gouvernement Michel – la majorité "suédoise" – n'a pas vocation à être reproduite.
Un redoutable député
Sander Loones maintiendra-t-il ce cap nationaliste ? Au sein de l'équipe de négociateurs N-VA dirigée par Jan Jambon, il a obtenu la confiance du formateur Bart De Wever pour animer le groupe de travail consacré à la prochaine réforme de l'État. Il est vrai qu'il a des qualités. Durant la législature passée, sous le gouvernement De Croo, Sander Loones a pris de l'épaisseur politique. Comme parlementaire, il a contribué par son travail d'opposition à la chute de la secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker (Open VLD) et de la secrétaire d'État à l'Égalité des Chances, Sarah Schlitz (Écolo).
Avant cette ascension, mis à part son passage éclair comme ministre de la Défense (27 jours... jusqu'au départ de la N-VA de la "suédoise" en décembre 2018), son image était plutôt celle d'une "éminence grise". Homme de dossiers, il travaille dans l'ombre sans se plaindre. Sander Loones a d'ailleurs dirigé le centre d'études de la N-VA et l'avait développé à la demande de Bart De Wever, qui voulait rivaliser avec l'Institut Emile Vandervelde (IEV) des socialistes francophones.
Désormais en charge du volet institutionnel des discussions "Arizona" (N-VA, MR, Engagés, CD&V et Vooruit), il devra tâter le terrain dans les prochains jours. La partie n'est pas gagnée. Les nationalistes flamands, par essence, défendront l'option maximaliste dans la réforme de l'État mais ils se heurteront à deux écueils. Tout d'abord, deux tiers des voix au parlement sont nécessaires aux grands changements de la structure étatique. Ensuite, les autres partis "arizoniens" risquent de rechigner à l'idée d'un "Grand Soir" confédéraliste.
Tiédeur institutionnelle des "arizoniens"
À l'égard de ce second blocage, le MR a ouvert une petite porte en faveur de la responsabilisation financière des entités fédérées en matière de chômage. Pour le président libéral Georges-Louis Bouchez, les Régions qui n'atteindraient pas certains objectifs de réinsertion professionnelle devraient alors contribuer au budget fédéral dont dépend le paiement des allocations de chômage.
Du côté du CD&V, même tonalité prudente. Sammy Mahdi l'avait d'ailleurs confié dans La Libre après les élections : les chrétiens-démocrates sont prêts à certains ajustements institutionnels en matière d'emploi mais estiment que la coalition "Arizona" ouvre une autre voie : "Nous avons une opportunité incroyable pour mener des réformes socio-économiques. Ce serait vraiment stupide de la gâcher. Sans le PS et Écolo, qui protègent davantage ceux qui ne travaillent pas que ceux qui travaillent, une rupture est possible", expliquait-il fin juin.
Pour le président des turquoises, Maxime Prévot, le confédéralisme à la sauce N-VA, "ça ne se fera jamais avec les Engagés", avait-il déclaré sur LN24. Même Conner Rousseau, pourtant réputé proche de Bart De Wever, avait estimé que Vooruit, dont il a récupéré la présidence ce jeudi, pourrait accepter un gouvernement "Arizona", mais uniquement pour faire de la "relance socio-économique".
La N-VA cédera-t-elle ?
Quatre partis contre un, en résumé… Toutefois, les nationalistes flamands ne se laissent pas démonter. La semaine dernière, à l'occasion d'un discours précédant la fête de la Communauté flamande, Jan Jambon, en tant que ministre-Président sortant, avait diplomatiquement invité les autres négociateurs fédéraux à laisser tomber "tabous et vétos" afin de "simplifier" la structure de l'État belge.
Expert en droit administratif et ancien avocat, Sander Loones en est convaincu : avec un peu d'inventivité juridique, il est possible de conférer plus d'autonomie aux entités fédérées sans s'encombrer des lourdes procédures de révision de la Constitution et des lois spéciales. "On pourrait immédiatement créer des réalités différentes sans toucher à la Constitution", estimait-il dans nos colonnes.
Sa tâche ne sera pas facile, vu la tiédeur institutionnelle des "arizoniens". À moins que la N-VA ne revoit ses exigences à la baisse en faisant sienne cette phrase de Didier Reynders, prononcée lors de la mise en place de la "suédoise" en 2014 : "Un gouvernement sans le PS, c'est déjà une réforme en soi"…

