La coalition "Arizona" va probablement faire sauter le tabou sur les drones armés
Un sous-groupe de travail "armes autonomes" a été créé au sein de l'équipe de négociateurs du chapitre "Défense" du futur accord de gouvernement fédéral. Il est probable qu'il prône l'armement de drones, ce que le gouvernement De Croo avait refusé.

- Publié le 18-09-2024 à 06h38
- Mis à jour le 18-09-2024 à 10h07

L'invasion de l'Ukraine par les troupes du Kremlin l'a démontré : les drones peuvent faire la différence sur le champ de bataille. Ces appareils ont le double mérite d'être en général peu coûteux et, bien sûr, de ne pas embarquer de pilotes à leur bord. Ces engins participent à ce que l'on appelle la "guerre asymétrique" : peu de risques et peu de moyens engagés pour des dégâts potentiellement colossaux provoqués chez l'adversaire.
Encore faut-il que ces drones puissent être armés… Le gouvernement De Croo – la Vivaldi – avait rejeté cette option. Un accord existait au sein de l'équipe actuellement en affaires courantes pour éviter ce scénario plutôt militariste. Toutefois, à quelques jours des élections de juin, une majorité alternative à la Chambre, alliant pour la circonstance la N-VA, le MR, l'Open VLD, le CD&V, Les Engagés (mais aussi le Vlaams Belang), a failli passer en force afin de déverrouiller ce dossier. Il avait finalement été jugé plus prudent de renvoyer la patate chaude à l'exécutif qui s'imposerait après les élections du 9 juin.
Et, justement, le point figure au menu des négociateurs "arizoniens". Au sein du groupe de travail consacré à la Défense, présidé par Theo Francken (N-VA), un sous-groupe a été créé spécialement afin d'aborder la question délicate des armes autonomes et des armes dites "intelligentes". Ce jeudi, une réunion est d'ailleurs prévue. Il semble déjà acquis que les cinq partis de la coalition "Arizona" (N-VA, MR, CD&V, Engagés et Vooruit) veuillent avancer. "Vooruit (socialistes flamands) a évolué sur ce point", assure un négociateur.
Des SkyGuardian achetés par la "suédoise"
Plus particulièrement, il s'agirait de doter d'armes les drones SkyGuardian achetés par la Belgique. Plusieurs exemplaires avaient été commandés par le gouvernement de Charles Michel (la "suédoise") en octobre 2018. À l'époque, le ministre de la Défense était un N-VA : Steven Vandeput. Il avait alors été prévu que les SkyGuardian belges seraient armables mais provisoirement utilisés pour de simples missions de reconnaissance. Un nouvel accord politique était nécessaire afin de permettre à ces appareils de haute technologie de mener des frappes. Comme écrit plus haut, le gouvernement De Croo n'avait pas voulu franchir ce pas.
Au sein de l'"Arizona", certaines sources pointent une forme d'hypocrisie sous la Vivaldi : "La gauche a empêché toute décision concernant les SkyGuardian alors que la Belgique participe comme observatrice à la conception de l'avion de combat de la sixième génération (programme Scaf, mené par la France, l'Allemagne et l'Espagne). Or, cet avion devrait disposer de drones armés… On est pourtant resté associé au programme !"
Attention, ces drones SkyGuardian, armés ou non, ne sont pas destinés à être totalement autonomes. L'intervention humaine reste requise. Sous la précédente législature, la N-VA, dans l'opposition au fédéral, insistait sur ce point afin de critiquer les tergiversations du gouvernement De Croo : ces drones, une fois armés, ne deviennent pas pour autant des "drones tueurs" qui sélectionnent et attaquent leurs cibles sur la base de l'intelligence artificielle.
Et les armes "intelligentes" ?
Les négociateurs "arizoniens" vont toutefois se pencher sur l'utilisation de l'intelligence artificielle. Des experts devraient être entendus bientôt à ce sujet au sein du sous-groupe "armes autonomes". L'armée belge pourra-t-elle à l'avenir y recourir ou bien, pour des raisons éthiques, rejeter toute possibilité d'un tir qui n'aurait pas été validé préalablement par un opérateur humain ? "C'est une grande question, reconnaît une source fédérale proche des discussions actuelles. La Belgique peut-elle se permettre d'être hors-jeu et de continuer à tirer avec des arbalètes ? Certaines armes à intelligence artificielle sont déjà utilisées sur le front ukrainien. Et ce n'est pas parce qu'on autoriserait l'usage d'armes intelligentes que l'on ne doit pas en même temps agir pour freiner de manière globale la course à l'armement."
La Belgique peut-elle se permettre d'être hors-jeu et de continuer à tirer avec des arbalètes ? Certaines armes à intelligence artificielle sont déjà utilisées sur le front ukrainien."
