Négociations "Arizona" : la Belgique pourrait relever ses dépenses dans la Défense à 2,5 % du PIB
Menace russe, exigences "trumpiennes" au sein de l'Otan… Les Européens doivent réinvestir dans leurs armées. Le futur gouvernement De Wever compte investir davantage et plus rapidement que le schéma décidé par le gouvernement De Croo en 2022.

- Publié le 29-11-2024 à 16h31

Les négociateurs de la majorité "Arizona" se perdent en de nombreuses chamailles. Mais ils sont au moins d'accord sur une chose : ils veulent marquer une rupture avec le gouvernement De Croo sur plusieurs thèmes centraux. Parmi ces thèmes, on trouve la Défense. Ce département, mis souvent de côté tant que l'Occident pouvait compter sur les "dividendes de la paix", devrait bénéficier de financements supplémentaires. Sur son site web jeudi soir, La Libre a notamment révélé le projet "arizonien" consistant à créer un fonds d'investissement dans la Défense via la vente des "bijoux de famille" de l'État fédéral (les participations dans Belfius, Ethias, BNP, etc.).
Mais les "arizoniens" ne vont pas s'arrêter là. Ce fonds s'inscrirait dans la volonté plus large d'accélérer l'augmentation du budget Défense au regard de la "norme" Otan de 2 % du PIB. Pour rappel, la Vivaldi avait décidé en 2022 de tendre vers ce pourcentage à l'horizon 2035. Depuis lors, la menace géostratégique sur l'Occident n'a fait que croître. Les pays européens s'alarment de plus en plus des rumeurs d'une guerre avec la Russie qui dépasserait le territoire ukrainien. Aux États-Unis, le retour de Donald Trump à la présidence va accentuer encore un peu plus la pression. Il semble que les États européens soient condamnés à retrouver une certaine puissance militaire pour assurer leur propre sécurité.
Deux scénarios sur la table
Selon nos informations, deux scénarios figurent sur la table des négociateurs fédéraux. Soit la coalition "Arizona" fixe à 2,5 % du PIB le montant annuel des dépenses en Défense dès 2035, soit ils accélèrent le tempo et visent les 2 % "otanesques" durant cette législature déjà, c'est-à-dire pour 2029 au plus tard. Cette seconde piste permettrait de responsabiliser le futur exécutif : "À chaque fois, par le passé, les investissements pour la Défense étaient étalés sur 10 à 15 ans, critique une source. Cette manière de procéder engage les futurs gouvernements et a donc un côté incertain."
Au-delà de la bonne volonté militaire des partis autour de la table fédérale, de nouvelles exigences sont attendues au sein même de l'Otan. Lors d'un prochain sommet atlantique, la norme de 2 % pourrait de toute façon être relevée à 2,5 %, entend-on. "Les dépenses belges sont déjà en décalage vis-à-vis de nombreux pays de l'alliance – Pologne, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni… –, et cela est en train de s'aggraver", constate également notre informateur.
En attendant le conclave….
Et pourquoi la Belgique ne fixerait-elle pas son objectif à 2,5 % durant cette législature ? L'effort financier, dans un contexte déjà très difficile (25 milliards doivent être trouvés), est jugé irréaliste. Ces hypothèses (2 % en 2029 ou 2,5 % en 2035) dépendent ainsi des négociations budgétaires globales de l'" Arizona". On devrait y voir un peu plus clair à partir de ce dimanche : un conclave est annoncé sur la confection du budget 2025 et sur la trajectoire financière de la Belgique.
Nos stocks de munitions sont au plus bas : en cas de guerre, on devra passer aux lance-pierres après trois heures de combat !"
"J'espère qu'on est en train de se réveiller sur le plan militaire, note un négociateur soucieux. Il faut prendre acte de l'accélération de l'histoire et du fait que notre sort est entre nos mains. Je m'inquiète de voir que les débats concernent surtout les questions de politique intérieure. Notre propre sécurité est en jeu : des bateaux russes se baladent en mer du Nord, on n'a aucune capacité antiaérienne, on n'a pas de blindés lourds. Et je ne vous parle même pas de l'absence d'abri antiatomique en suffisance pour notre population… Nos stocks de munitions sont au plus bas : en cas de guerre, on devra passer aux lance-pierres après trois heures de combat ! Il y a une incapacité à prendre au sérieux la menace que représente Poutine."
