Monter à 2 % du PIB les dépenses en Défense rapportera 10,5 milliards d'euros à la société belge
La Défense a remis une note chiffrée aux négociateurs de la future coalition "Arizona". Si le seuil "Otan" de 2 % était atteint pour la fin de la législature, la Belgique bénéficierait directement et indirectement de 86,5 % des budgets dépensés.

- Publié le 05-12-2024 à 19h00

Les questions relatives à la Défense devraient représenter une partie importante du futur accord de gouvernement fédéral. Si la Vivaldi avait déjà décidé de relancer les investissements dans ce département, la majorité "Arizona" voudrait amplifier et accélérer le mouvement. On le sait, les budgets militaires des États européens vont être scrutés par l'administration Trump… Deux scénarios se trouvent sur la table de Bart De Wever, comme La Libre l'a récemment révélé. Soit la Belgique atteint la "norme" Otan de dépenses en Défense équivalentes à 2 % du PIB pour la fin de la prochaine législature, soit ce pourcentage est relevé à 2,5 % pour 2035. Les deux pistes de travail évoquées par les négociateurs représentent des milliards d'euros en plus d'effort budgétaire.
Comment payer la facture ? Outre la possibilité de créer un fonds spécial dédié aux dépenses militaires, financé par la vente d'actifs fédéraux, il faut envisager également les "effets retour" des budgets débloqués. Sur ce point, la Défense a remis cet été une note détaillée aux négociateurs fédéraux. Dans ce document, les experts du département analysent l'impact positif que représenterait pour la société belge une nette augmentation des dépenses militaires au sens large. Cette estimation repose sur le scénario des 2 % de PIB pour 2029 (le scénario de 2,5 % est venu plus tard dans les discussions "arizoniennes").
Si l'on en croit la Défense, il faudrait ajouter un total de 12,139 milliards d'euros à la trajectoire budgétaire actuelle pour atteindre les 2 % en 2030. "Ces 12,139 milliards d'euros ne sont pas uniquement destinés à couvrir des investissements mais aussi des besoins en fonctionnement (munitions, stocks, personnel actif et réservistes, infrastructures)", détaille le document dont La Libre a pu prendre connaissance.
Un retour de 86,5 %
Alors que le prochain gouvernement doit dénicher 25 milliards d'euros au cours de la législature pour sauver les finances publiques, ces dépenses supplémentaires tombent mal. Toutefois, aux yeux de la Défense, il faut tenir compte d'un coefficient très élevé de réintroduction de cet argent dans le "circuit" national : "Des 12,139 milliards d'augmentation budgétaire au cours de la période 2025-2030 nécessaires à la Défense, au minimum 10,5 milliards, soit 86,5 %, seront réinjectés dans l'économie belge."
Comment arrive-t-on à ce résultat mirobolant ? "Cette estimation se fonde sur le facturier de l'année 2023. Il apparaît que globalement 73 % des dépenses de la Défense se font directement au niveau de l'économie belge (pensions des militaires, dépenses d'infrastructure, payement des salaires et dépenses vers des sociétés belges). On peut extrapoler sur cette base que des 12,139 milliards d'euros supplémentaires […], 8,861 milliards seront directement réinjectés dans l'économie belge."
À ce retour sur investissement immédiat, il convient d'ajouter un impact indirect : sur la base des dépenses militaires effectuées auprès de gouvernements étrangers et/ou d'entreprises qui ne sont pas situées en Belgique, un retour de 50 % des sommes investies est envisagé sur la base des expériences passées. "Il en découle un montant de 1,639 milliard qui retourne à l'industrie belge." D'où les 10,5 milliards d'effets retour évoqués.
Maximiser les retombées économiques
Mais le calcul portant sur les effets indirects est jugé conservateur par la Défense elle-même. La feuille de route remise aux "arizoniens" explique, qu'en réalité, les bénéfices retirés par la Belgique des achats effectués auprès d'autres pays et de sociétés basées à étranger pourraient être plus élevés (on dépasserait donc les 10,5 milliards d'effets retour). Dans ce but, le document insiste sur l'intérêt d'appliquer plus systématiquement la norme IES dans l'attribution des investissements. Les "intérêts essentiels de sécurité" (ou IES) consistent en un mécanisme qui a été notamment appliqué pour l'achat des chasseurs F-35. Pour faire (très) simple, ces IES autorisent une dérogation aux règles européennes de marchés publics et permettent ainsi de négocier pour les entreprises belges des retombées socio-économiques importantes lors d'achats militaires à l'étranger.
